« Maya »

Volume 2: « L'origine des especes »

Chapitre 20


La journée s’est passée dans une activité fiévreuse. Une fois l’assaut du dévouement terminée – tout aussi soudainement comme elle avait démarré – au début il y a eu une accalmie – une accalmie dense, électrisée. Ensuite il y a eu l’envie d’agir – irrésistiblement, tout de suite, sans hésiter même une minute. Incroyable… en lisant des livres sur des anciens « éclairés », Tora n’arrêtait pas de s’étonner – pourquoi, si quelqu’un, s’étant positionné comme « un éclairé », ne manquait pas de faire semblant que la vie mondaine l’intéressait peu ? Rester assis en posture de lotus et ne rien foutre – c’était considéré comme un critère d’une véritable illumination. Et bien, parfois ils pouvaient aussi se promener dans un jardin et discuter de manière désinvolte avec « des élèves ». Encore une autre caractéristique de ces « éclairés » était la manifestation obligatoire du contentement et d’une bienveillance douçâtre. Quel idiot a eu l’idée que le détachement c’est l’oisiveté ? Que la félicité se manifeste dans des sourires douçâtres ? Car cela veut dire que « ces éclairés » n’ont jamais éprouvé de perceptions illuminées, sinon ils auraient immédiatement compris que les PI appellent à la vie une soif ardente d’activité, d’apprentissage, d’expérimentation. Ils ont inventé l’épouvantail - « l’attachement ». Soi-disant si un individu a un tas de désirs, il a alors « l’attachement » vis-à-vis de la vie, et il n’est donc pas éclairé, mais assombri. Est-ce que c’était si difficile de remarquer que les désirs joyeux n’ont rien en commun avec cet ensemble d’émotions négatives, d’habitudes mécaniques, d’affirmations dogmatiques, qui représentent en effet l’attachement ? Quoi que – il y avait des exceptions. Ramakrishna parlait aux gens

jours et nuits. A l’époque il ne disposait pas de l’internet, pas de possibilité d’imprimer rapidement et distribuer des livres, et même il n’y avait presque personne dans son entourage pour les lire – peu de gens savaient lire à cette époque – il faisait donc ce qu’il était possible de faire – parler aux dizaines, centaines, milliers de personnes. Vivekananda menait aussi une vie extrêmement active – il est allé en Amérique, il donnait des séminaires, construisait des temples, qui, à l’époque, étaient l’un des moyens de diffuser les enseignements. Une autre chose – je ne comprends pas pourquoi ils n’analysaient pas les résultats de leur activité,

pourquoi ils ne se rendaient pas compte du fait que l’efficacité de leurs actions était minime…

D’abord Tora a contacté Pourna. La conversation était impulsive, froissée, elles s’interrompaient l’une l’autre et elles-mêmes, s’empêtraient dans leurs projets, et finalement, une heure plus tard, épuisées, elles se sont déconnectées, ayant pris une pause pour réfléchir de tout ça. En éteignant le grand écran, en lequel l’un mes murs de cottage a été transformé, Tora a senti un désir irrépressible de baiser quelqu’un avec une grosse queue. Elle s’est rappelé la nuit précédente quand dans le noir, endormie, elle avait été trainée du hamac sur le sol par une dizaine de mains de petits gars, pelotée voluptueusement, serrée, on lui avait écarté les jambes pour « violer un peu » - un petit gars était assis sur son chaque bras, ses jambes levées avaient été retenues par deux autres, pour qu’elle « ne puisse pas » se débattre. Elle avait été terriblement excitée par le remue-ménage qu’ils avaient créé autour d’elle – ils se bousculaient, murmuraient les uns aux autres, un par un, ils enfonçaient leurs bites dans sa chatte. Ce qui avait été excitant c’était que quelqu’un avait une petite bite, et un autre – assez grande. Ce qui excitait c’était qu’ils se préoccupaient peu en la mettant – où la bite allait tomber – dans la chatte ou dans le cul. C’était excitant le fait qu’ils n’avaient pas de patience d’attendre leurs tours – finalement, ils l’avaient mise sur ses genoux, en faisait s’asseoir sur l’un d’eux avec sa chatte, en même temps que les autres la baisaient tour à tour dans le cul et la bouche. A un moment donné elle avait été baisée par cinq simultanément – dans la chatte, le cul, la bouche, et en plus elle tenait dans les poignées serrés une bite gigotante dans chaque main. En même temps quelqu’un léchait ses gambettes, un autre pelotait ses seins, tantôt en les pressant, tantôt en serrant les petits mamelons. Si elle ne s’était pas entrainée aussi studieusement de se retenir à la limite de l’orgasme, elle aurait joui déjà une dizaine de fois. Sur tout son corps – à partir des jambes, en passant par la chatte et le cul, en remontant le long de la colonne vertébrale – des vagues de plaisir déferlaient, tel un courant doux. L’excitation avait atteint son apogée, il s’était avéré que les gars étaient plus que dix, et comme ils n’en avaient pas assez tous en même temps – où mettre et quoi peloter, ils avaient parcouru tout le cottage, avaient ramené la fille et l’un des gars, les avaient placés là, à côté de Tora, pour leur mettre dans tous les orifices. En profitant d’une liberté relative, Tora avait rampé tout près du gars pour mater – comment les petits gars le baisaient tour à tour dans le cul. Ensuite le gars avait chopé l’un d’entre eux, l’avait attiré vers lui pour la lui mettre à son tour, quelqu’un s’était mis à baiser le gars qui baisait l’autre – la vue de quatre gars, agenouillés, baisant l’un l’autre avait tellement excité Tora qu’elle avait dû détourner le regard de temps en temps.

Ensuite, le tas s’est dissipé par deux trois dans chaque groupe, les petits gars avaient commencé à baiser non seulement eux trois, mais les uns les autres, jouir, l’odeur de sperme avait apparu, quelqu’un avait joui dans la bouche à Tora… les souvenirs n’ont pas du tout calmé son excitation, et Tora a bondi pour filer chercher au moins quelqu’un pour se faire sauter. Il n’y avait plus personne dans le cottage, en sortant alors dehors, Tora s’est pendue sur le premier mec qui passait, a ôté son short, et une demi-minute plus tard elle frémissait avec abnégation sous les coups de bite dans la chatte.

La question principale que Tora a réussi à éclairer dans la conversation avec Pourna c’était que cette dernière était ravie par la possibilité de devenir diver. Il s’est avéré qu’elle n’avait jamais pensé à une telle possibilité, puisque lors de son stage chez commandos (qui avait été pour elle un évènement aussi inattendu que pour Tora) il a été révélé qu’elle avait des difficultés considérables dans la plongée. En les prenant pour un obstacle insurmontable, elle avait finalement quitté le camp d’entrainement. Mais là, après avoir raconté la nature de ses difficultés, après des contestations orageuses et des accusations impulsives d’être indécise, défaitiste et impuissante, elle n’était plus aussi sûre que ces obstacles étaient vraiment insurmontables. Finalement, elle était d’accord avec le fait qu’elle n’avait pas appliqué assez d’efforts, et s’étant contaminée de l’enthousiasme de Tora, elle lui a juré sur toutes les planètes du système solaire qu’elle allait se mettre le jour même à la structuration du projet des travaux. Le problème étant que Pourna, ayant réussi à apprendre seulement en un mois à contrôler l’entrée dans les rêves conscients, n’arrivait pas à y fixer sa conscience et retournait très vite dans les rêves ordinaires. Pendant encore un mois elle avait essayé de résoudre le problème de telle ou telle façon, mais, apparemment, le problème avait un caractère de nature fondamentale, c’est-à-dire qu’un mécontentement qu’elle n’arrivait pas à identifier rendait impossible la fixation durable. Pourna comptait sur le fait qu’au bout de toutes ces pratiques qu’elle avait accomplies dans le camp, ce mécontentement serait éliminé ou, au moins, affaibli, mais aucun progrès ne s’était produit. En fin de compte, Pourna avait abandonné le camp, après y être passé trois mois. D’ailleurs, Tora était étonnée par ce que Pourna a dit, comme quoi Mingues était l’un de ceux qui l’avait enseignée elle et d’autres stagiaires – ce qui voulait dire qu’il était commandos ? Ce n’était tout simplement pas possible – puisque Mingues, vu l’information dont Tora disposait, avait fait une formation chez commandos pendant seulement un an, après quoi il était retourné dans sa base et avait continué les recherches. C’était bizarre… il faudrait se renseigner. En effet, une personne qui n’a pas réussi sa formation chez commandos ne pouvait pas apprendre aux autres ce qu’elle n’avait pas réussi elle-même…

Tora était excitée par son absence apparente de participation dans le coït – elle était allongée en pensant à ses affaires, pourtant son corps s’y donnait voluptueusement, avec plaisir.

Avant l’expérimentation – 32 heures. C’était clair concernant le progressisme, Thomas présentait ce côté. Au moins… Il fallait à ce moment-là aller rencontrer et parler à ceux qui étaient le plus intéressés par la réponse à la question – en réalité, le contact conscient avec des animaux était-il vraiment possible ? Leur évolution a-t-elle réellement avancé par un moyen extraordinaire quelconque, de sorte que personne ne s’en est rendu compte ? Peut-être nous avions vécu tout ce temps-là à leurs côtés sans remarquer qu’ils n’étaient pas tout simplement des peluches rigolotes ? Qui pourrait s’occuper de cette question ? Je voudrais passer au « Centre » pour me renseigner.

Au moment où cette idée lui est passé par la tête, elle était à quatre pattes sur ses genoux et bougeait en cadence avec la bite qui la baisait. En sursautant tout simplement, sans jeter un regard en arrière, elle a filé sur le sentier. Dans le courant général d’information il n’y avait pas d’indications concernant les participants de l’expérience. Il fallait s’y attendre… On va essayer de joindre au moins quelqu’un… Thomas – pas de connexion. Fossa – non plus. Tora a réfléchi quelques secondes – si c’était approprié de déranger Moran et Merk – elle ne ressentait pas à leur égard le même sentiment de partenariat qu’à l’égard de Thomas. Les deux étaient hors atteinte. Mingues… d’ailleurs, Mingues ? Mingues a répondu.

- Qui s’occupe des animaux ? – elle a lâché dès que la connexion a été établie. – Mingues était assis sur la véranda, et, apparemment, pas tout seul. Derrière son dos on voyait Ama Dablam.

- Quels animaux, - Il a écarquillé les yeux, surpris.

- Des dauphins et des tigres.

- Des dauphins – tu parles de ceux-là ? Tu sais bien – Chok et ses gars. Le tigre…

- Non, je veux dire - qui, parmi ceux qui vont participer à l’expérience, sera le plus intéressé à éclaircir cette question.

- Quelle question ? – Mingues avait l’air tranquille, pourtant un léger sourire s’esquissait sur son visage. – Il parait que tu as une vie mouvementée par-là ?

- Et oui, - Tora a ri, - mouvementée. Thomas m’a proposé d’organiser mon groupe – un groupe de divers, pour s’occuper de la création de la société de réfugiés chez les seyens, super, hein ?

- Super. – Mingues a consenti.

- Ecoute, - Tora a hésité un instant, ce qui n’a pas pu bien sûr échapper Sherlock Holmes, - comment as-tu pu enseigner aux stagiaires dans les centres de formation de commandos, si tu es toi-même… un échec, dans un sens ?

Mingues s’est rejeté légèrement en arrière sur sa chaise, et a jeté un coup d’œil pensif quelque part par-dessus de l’écran.

L’information que tu possèdes n’est pas complètement véridique.

C’est-à-dire ?

Je suis commandos.

Ha…

Du premier niveau.

??!!

Ainsi, tout ce temps-là il l’a  menée par le bout du nez, en se faisant passer pour un nul, qui n’avait même pas réussi à passer un cours standard… à quoi bon ? … Le premier niveau – il est donc l’un des leaders. L’un de ceux qui dirige l’affaire.

- Mais pourquoi tu m’as menée par le bout du nez, tu es un salaud après tout ça, zut.

Mingues a souri.

- Je ne voulais pas que tu me colles.

- Que je te colle ?

- Tu ne donnes pas l’impression d’être un guerrier – mais plutôt d’un fils à papa, je veux dire fille. Je ne sais pas à quoi Thomas pensait en te proposant de rassembler un groupe. Peut-être il a décidé de se débarrasser de toi ainsi. Il est clair que tu abandonneras à mi-chemin, même pas… à la centième du mi-chemin, pourquoi alors tu n’irais pas te distraire ainsi – dans les fantaisies floues et stériles – cela va bien pour passer les deux jours qui restent avant l’expérience.

- Je n’abandonnerai pas à mi-chemin.

- Si.

- Non, je n’abandonnerai pas. – Tora regardais Mingues direct dans les yeux. Son humeur amicale a disparu – en ce moment, devant elle, ce n’était pas le vieil ami Mingues, mais… commandos, merde, maintenant elle reconnaissait ses manières… imprévisible, qui ne laisse rien passer, impitoyable à 10, quoique souriant, mais sérieux à 10. Quelle idiote elle était… il lui a suffi de jouer un petit rôle devant elle, et elle a cru, et a repoussé entièrement tout ce qui contredisait cette légende débile. – Je n’abandonnerai pas.

Mingues la regardais en silence. C’est curieux - qui est à côté par là…

J’ai invité Pourna. Elle veut bien.

Elle est douce.

?

Douce, - Mingues s’est levé pour dégourdir les muscles. – Le temps qu’elle reste

aussi douce, rien ne lui promet- elle continuera à tomber et ressortir comme une flotte des rêves conscients.

Que faut-il changer ?

La confiance en soi. Elle doit devenir leader – au moins pour elle-même. Elle doit

apprendre à prendre des décisions rapidement et assurément. Pour ça il est judicieux que tu lui confies le plus possible de tâches et que tu te mêles le moins possible de leur accomplissement. – Mingues s’est adossé contre la chaise, en gardant le silence pendant quelques secondes. – Tu as l’intention de créer un groupe – très bien, qu’elle prenne sous son contrôle la création de la base. Ne prend pas ceux qui sont là – fais un nouveau groupe – c’est d’ailleurs très intéressant. En outre, comme tu le sais bien, il nous manque des bases. Il surgit des multitudes de questions purement ménagères, quotidiennes, il faudrait résoudre des centaines, des milliers de petites affaires – le plan de la maison, le plan de la nature environnante – prenez un lopin de terre sauvage.

Chouette. On fera ainsi. On construira une base… disons, au Japon – est-ce que

l’environnement est assez sauvage ? Là-bas tout est goudronné jusqu’au dernier centimètre – nos ancêtres japonais se sont appliqués… On créera le terrain la bas…

Je viens de te dire – qu’elle le fasse. Ne t’en mêle pas. Qu’elle choisisse l’endroit

elle-même, le projet de la maison, la décoration, quel terrain sera créé, quelle végétation sera restaurée, comment les lignes de la communication passeront – qu’elle décide elle-même. Fais-la bouger, ne la laisse pas stagner. Ne la laisse pas réfléchir plus qu’il faut pour la considération de tous les facteurs présents. Mets-lui de la pression – qu’elle prenne les décisions aussi rapidement qu’elle en a peur. Si elle fait des conneries – pas grave, elle refera. Elle doit devenir contremaitre, manager, manager du marketing…

- Manager du marketing ??

- Il n’y a pas de business bien sûr, mais il y a du marketing. Lorsque je propose à untel ou untel de participer à mon projet – je fais du marketing – je lui présente mon idée de sorte qu’elle l’intéresse, qu’elle prenne le dessus dans la compétition avec ses autres désirs. Donne-lui la tâche de trouver encore un ou deux membres de votre futur groupe. Non. Dis-lui plutôt d’embaucher chez vous quelqu’un de divers présents – qu’elle s’entraine de convaincre, de séduire, elle comprendra elle-même mieux en même temps – ce qu’elle veut…

- C’est intéressant, - Tora a senti son anticipation d’influencer Pourna grimper jusqu’à 7 et approcher ainsi la limite de son niveau extatique.

- Elle a assez de persévérance – elle n’a pas de détermination. Elle est TRES persévérante – mais indécise. Si ce déséquilibre n’est pas corrigé, rien ne lui sourira. Si elle réussit à surmonter cette anomalie - elle n’aura pas de prix.

- Elle n’aura pas de prix, Mingues, je te le promets. Je la pétrirai à ma guise, et je la forcerai de surmonter cette merdre.

- Bien. On verra. Mets-lui la pression autant que tu peux. L’aliénation, le ressentiment lui sont étrangers, donc tu peux y aller de toutes tes forces. Le défaitisme est une conséquence inévitable de l’indécision, ça oui, tu seras confrontée à ça. Mets-lui la pression. Apprenez à travailler ensemble, apprenez à faire équipe.

- Qui s’occupera des animaux ?

- Moi.

- Toi ?! Tu participes aussi ? Bien que… oui, maintenant je comprends…

- Pas que des animaux, comme tu le sais. Je m’intéresse au contact avec la Grande Fille – plus de tout – plus de dauphins, plus de tigres, plus de tout le reste. Alors, comme tu me connais plus que de vue, tu comprends à peu près – ce à quoi t’attendre de ma part. Il vaut mieux…

- Quoi ?

- Il vaut mieux aller voir Norton.

- Il est…

- Son truc –c’est l’évolution de l’homme. L’évolution à travers les perceptions illuminées extatiques. Je peux te dire très clairement que Norton est un fil à retordre. Donc, garde à l’esprit… non, ne me demande pas, - Il a interrompu Tora, en la voyant ouvrir la bouche pour poser une question, - vois-le toute seule. Je peux juste te dire qu’il fait la formation chez Bodhi.

- ? – Tora est restée la bouche bée. – FAIT la formation ? – Tu veux dire –il l’a FAITE ? Tout le monde sait que TU as fait la formation chez Bodhi, peu y croient, mais…

- Je veux dire ce que j’ai dit. Mais garde à l’esprit –il ne te le dira et si tu le lui demande –il n’avouera pas. Par conséquent – si quelqu’un peut vraiment intervenir pour amener l’expérience là où il voudra, ainsi que personne ne pourra lui faire une concurrence sérieuse –c’est lui. Je ne crois pas qu’il te rencontrera… même pas, je suis sûr qu’il ne voudra certainement pas te rencontrer, mais puisque tu fais partie de l’expérience, il ne peut pas te refuser – profite donc de l’occasion – il n’est pas exclu que ce serait la première et la dernière occasion.

En arrivant au cottage, Tora a découvert un message de Pourna. Et oui… on ne pourrait pas l’appeler impuissante pour l’instant – elle a déjà eu le temps de faire une plongée ! Alors, malgré le fait que la fixation dans les rêves conscients (RC) ne lui réussit pas, le processus d’entrée est travaillé à la perfection, apparemment elle n’avait pas abandonné pour rien chez commandos. Si même à présent – un ou deux ans plus tard – elle arrive avec une telle légèreté à parcourir toutes les étapes de l’entrée, cela veut dire quelque chose…

 

«  J’ai décidé de voir l’état des choses actuellement. Il n’y a pas de problème avec l’entrée – mais dans le reste – tout est comme avant –la conscience file, quoi que je fasse. Mais je vais me battre. Je ne sais pas pour l’instant comment –mais je vais me battre. J’ai joint le centre, on s’est mis d’accord que je viens chez eux demain, je veux plonger encore une fois dans cette ambiance, je ferai connaissance avec les novices, je trouverai peut-être quelqu’un d’intéressant. Lis – ce que j’ai réussi à faire aujourd’hui – et c’est comme ça tout le temps. Et encore – je ne t’avais pas dit… par le SDPI, bien sûr… le fait est que dans mes RC, je ne sais pourquoi, Bodhi apparait souvent. Peut-être c’était ça qui m’a définitivement plombée – il me semblait que tout le monde se moquait de moi – que j’étais si faible, que je ne savais rien faire, mais par contre une fois que j’ai des RC, dans lesquels je ne peux rien non plus, Bodhi ne manque pas de venir… il ne vient donc chez personne, seulement moi… bien sûr c’est une manifestation de l’insincérité – il est possible que je veuille me voir comme une personne importante, qui compte, qui intéresse Bodhi tellement qu’il vient la voir. D’ailleurs je crois à ce qu’il existe et toi ? Néanmoins – comme on va travailler ensemble avec toi, je ne veux rien cacher de toi. Garde à l’esprit – il est tout le temps dans mes RC – c’est-à-dire que je vais les décrire de sorte qu’il y apparaisse souvent. Même maintenant – de ce que je t’explique avec tant d’éloquence, on voit tout de suite – quel SDPI je ressens à ce propos. C’est peut-être encore une autre raison pourquoi je n’arrive pas à me fixer dans les RC ? Car si j’apprends à me fixer, je réussirais à joindre, et là, celui qui aurait le RC commun avec le mien, verra qu’il n’y a pas de Bodhi, que c’est seulement mes fantômes, ressuscités par le sentiment de ma propre importance. Et peut-être j’ai tout simplement peur de ça. Comme ça j’ai Bodhi – un fantôme, irréel, auquel je crois non comme en celui qui vient dans mes RC mais comme en celui qui existe réellement quelque part maintenant. Autrement, je devrais lui dire au revoir. Qui sait. En tout cas, je ne veux plus chérir cet abcès, je souhaite tellement faire du progressisme avec toi. Ensuite – ce qui s’est passé maintenant dans mes plongées. Une confusion terrible.

Cela avait l’air comme si je me suis allongée, me suis mise à accomplir les procédures de l’entrée, puis après être restée allongée peu de temps, je me suis levée, un peu endormie. J’ai commencé à arpenter la pièce, et tout à coup Bodh est sorti de la pièce avoisinante. La première seconde, quand je lui parlais, je me rendais vaguement compte. Je ne me serais pas rappelé que je dormais et que cet état de RC m’était agréable. J’ai dit : Bodh, je sais que je dors. A ce moment-là j’ai compris que c’était un RC, mais la compréhension était comme d’habitude – à 2-3, et j’étais comme soûle. Je me suis mise à pleurnicher, genre : Bodh, je n’arrive pas. Il se comportait comme si ça ne lui importait pas. Ensuite, quelque chose s’est passé – il parait que j’ai compris tout ça et la compréhension a apparu – à 10, comme si j’ai passé à travers un cocon transparent qui me séparait du monde. Immédiatement de fortes sensations physiques ont apparu – comme si on m’a injecté de l’agilité dans le corps, le corps s’est remplie de force jusqu’au bout. De vives PI ont vu le jour – je ne me souviens pas lesquelles exactement, mais j’ai pensé que je les ai apprises chez Bodh, car il n’est pas clair d’où cela pouvait venir dans cet endroit. Comme si avant j’avais été un cafard pitoyable, qui ne pouvait que pleurnicher, et puis cet être est devenu impitoyable envers soi-même – à 10, ayant de l’anticipation – à 7-10 : il y avait tant de mystères devant, j’avais envie de relever le nez au vent et filer à ses recherches. Je me sentais remplie de la certitude inébranlable qu’il n’y avait pas de telles circonstances dont je pouvais avoir peur. Le RC était assez long pour moi. Puis je me rappelle m’être retrouvée dans une pièce noire. Bodh me disait : cherche. Je fouillais des affaires, je lui ai dit que je ne voyais rien. Il n’y avait que des affaires ordinaires. Lui : cherche, salope. Moi : non, je ne vois pas.

Je ne savais pas ce que je cherchais. L’anticipation était à 10, et il y avait l’impression que ce n’était pas la première fois que je n’arrivais pas à passer par cette tâche. Au moment où j’ai eu la conscience distincte de moi –il s’est tourné vers moi. Ensuite il m’a poussée quelque part hors de la pièce après que je n’ai rien trouvé, et je me suis retrouvée en état de vol stationnaire, et à côté de différents paysages passaient, il y avait des rangées de cadres ou de tournage documentaire. Je ne peux pas décrire comment c’était disposé dans l’espace, je ne comprends pas comment une telle chose ait pu être créée. Voilà une description approximative : une montagne, dans laquelle sont placés des écrans dans des endroits différents.

Le temps que j’observais tout ça en planant, des sensations ont apparu – inconnues et intenses – à 10.

Encore une particularité de ce RC – je n’y étais pas Pourna, mais une autre fille que j’avais vue auparavant dans les RC. Il me semble que parfois je me rappelais des choses de ma vie comme étant données, mais les souvenirs principaux ne m’appartenaient pas. L’autre fille était moins encline au contentement, comme il m’a paru, elle n’avait pas de pitié envers elle-même, elle était plus sûre d’elle, plus tenace – il y avait une situation où Bodh m’envoyait chier. Il n’y apparaissait aucun signe de pitié envers moi-même, il y avait un état déterminée – je ne partirais pas tant que je n’aurai pas compris.

Les sensations semblaient apparaitre dans cet endroit et rigolaient, apparemment, sans mes efforts à moi ou à n’importe qui d’autre. Quand cela se passait je pensais que rien de plus grandiose ne pouvait m’arriver, que c’était tout ce que je souhaitais, et avec cette pensée la ténacité apparaissait aussi – à 10. Parfois ils étaient si intenses, qu’il me semblait que j’étais déchirée de par la tension, mais la peur n’apparaissait pas du tout – il y avait la confiance absolue à leurs égards. Les cadres, que je voyais, semblaient tous être autour d’un sujet – la destruction. Je me souviens de seulement un cadre en entier : une journée vive et ensoleillée dans les montagnes, un fragment de paysage, sur lequel on ne voyait qu’une pente abrupte et le début d’un pont en pierre. En haut une boule tombe – je ne sais pas de quoi elle est faite, peut-être de la pyrite, la boule est dorée, scintillante. Elle ralentit un peu, puis roule en bas et une énorme explosion a lieu – c’était une bombe. A ce moment-là je ne savais pas comment interpréter ça, mais j’étais sûre que ce n’était pas des images chaotiques, que ça signifiait quelque chose.

Ensuite un morceau dont je ne me souviens pas du tout, peut-être il y avait Bodh et la tendresse vive.

Je planais sous un dôme en verre, en dessous beaucoup de monde. Les sensations étaient présentes tout le long du RC. Il semblait qu’elles étaient comme du carburant – le RC était aussi long et vif à cause d’elles – il est possible que ce soit l’anticipation, que j’ai éprouvé après notre conversation, qui a joué son rôle. J’ai eu envie de sortir d’en dessous du dôme pour voir ce qui était là. Je me suis glissée à travers le verre, difficilement, à mon étonnement. Lorsque je m'en suis sortie, il m’a paru qu’une plaque en béton m’est tombée dessus. Je sentais qu’il faisait froid, mais je n’avais pas froid – je sentais une énorme pression qui pouvait me déchirer en morceaux, mais ça ne se passait pas. J’ai regardé autour et j’ai compris que j’étais sur une autre planète. « La plus belle que j’ai jamais vue… » - un paysage fantastique s’est déployé en dessous de moi – ressemblant à rien sur la Terre. Je ne l’ai pas mémorisé non plus, mais je l’ai interprété comme la manifestation de la sympathie de « ma » Terre (c’est-à-dire que c’était « la Terre qui m’y a envoyée »). Je matais tout ça, puis je me suis glissé de retour – à cause de la tension je ne pouvais presque pas bouger, je voulais revenir le plus vite possible dans mon état habituel. J’ai commencé à perdre le contrôle du RC, je me suis retrouvée dans la foule, tous ces gens me paraissaient agressifs et dangereux – comme les gens des siècles anciens. J’ai essayé de sortir du RC – un état rare pour moi – habituellement, c’est le contraire, je n’arrive pas à y rester. C’était très dur, comme lors de la perception hors du corps – tu agites les mains, mais rien ne se passe. Finalement, j’ai réussi à ouvrir mes yeux, et j’ai vu à mes côté cette fille des RC – j’ai attrapé un morceau du tissu noir accroché à ses hanches, je l’ai attirée vers moi et j’ai murmuré (j’avais envie de crier) : tu m’entends. Elle a semblé prêter l’oreille et a dit (j’étais étonnée que c’était si fort) : très mal encore. J’ai fait encore un effort et lui ai posé la question d’une voix normale. Je me suis levée et elle est allée se coucher. La même pièce où tout avait commencé. Je suis allée voir Bodh. Il y avait la lumière allumée chez lui, il se vautrait dans son lit – comme s’il dormait. Il y avait la tendresse à son égard et l’envie de tout raconter, noter. A ce moment-là je me rappelais plus d’évènements du RC. Je me suis mise à chercher le cahier – il n’y avait que le cahier à Bodh. Je lui ai dit que je prendrais le sien. Il a dit : si tu ne peux pas prévoir un cahier sous ta main pour noter les PI, je ne peux pas t’aider. Il n’y avait pas de pitié envers moi-même. Ensuite je suis ressortie hors du sommeil. »

Tora s’est levée et a fait un tour sur la véranda. Etrangement, malgré toute sa certitude qu’elle arriverait à ses fins, qu’elle créerait un groupe et ils feraient ce que les intéresserait le plus, néanmoins le premier pas pratique de Pourna a provoqué un léger embarras en elle – le lendemain déjà elle se rendrait dans l’un des centres, le lendemain même elle commencerait ses recherches de nouveaux arrivants intéressants ! Quand on y pense de loin, comme à quelque chose qu’on fera – c’est une chose, mais lorsqu’on commence à faire réellement – ça se trouve que c’est tout à fait autre chose… on dirait – c’est évident, mais les choses les plus évidentes semblent souvent évidentes jusqu’au moment où on y est confronté directement, et la vie réelle est toujours peinte avec une telle quantité de réactions imprévisibles, d’évènements, de détails, que tout devient pas si évident, puisqu’on est obligé à se comporter d’une certaine façon dans toutes ces situations, les évaluer d’une manière ou d’une autre, chercher des issues efficaces, prendre des décisions et y tenir – souvent l’impuissance complète devient flagrante, ainsi que l’infantilisme parfait dans des situations, apparemment, les plus simples. Tora a déjà eu une telle expérience, et ces souvenirs lui étaient plutôt désagréables. Et oui, plutôt désagréables ! C’était déjà ça qui l’a surprise – elle vivait en étant complètement sûre d’avoir réussi à éliminer parfaitement le sentiment écrasant de désespoir et de défaitisme. Donc – elle n’y est pas parvenue… Diable… après avoir quitté l’école, comme si elle se réveillait à plusieurs reprises, pour se rendre compte qu’elle glissait inévitablement, pas à pas, dans le manque d’attention, la négligence, la stupidité… Elle essayait spasmodiquement, par bonds, revenir dans cet état dans lequel elle avait été obligée, en fait, à vivre à l’école, mais cela lui réussissait que pour une demi-heure, une heure, deux heures, et progressivement, l’oubli est survenu, le fait même de cette glissade dans la turbidité s’est couvert de poussière. Et cela, même avec le fait que tout le mois dernier on leur apprenait justement ça – comment lutter efficacement contre le ressac qui surviendrait inévitablement une fois qu’ils resteraient confrontés à eux-mêmes, entourés de gens ordinaires, qui sont parfaitement satisfaits par le fond illuminé, des perceptions illuminées plus ou moins vives et seulement des éclats sporadiques de PI extatiques, ou même sans eux. On les avait préparés au fait que l’abrutissement surviendrait et qu’il y aurait des tentatives spasmodiques de revenir en arrière, et qu’ils subiraient la défaite, et comment s’en sortir tout de même. Mais on leur avait appris aussi que toutes les méthodes étudiées n’étaient qu’un outil qui ne valaient rien en tant que telles, avant d’arriver dans les mains de celui qui avait envie, justement envie de construire quelque chose à l’aide de cet outil. Et que, véritablement, la personne se montre non pas en école, subissant l’influence extrêmement intense, mais lorsqu’elle se retrouve toute seule – justement à ce moment-là la vraie sélection se passe – justement à ce moment il devient clair qui est tu – la personne, qui aspire ardemment et vivement à la sincérité, la lucidité, l’élimination des mécontentements, ou seulement un réfugié – celui qui est tout à fait satisfait d’un fond illuminé de force moyen. A l’époque ils étaient étonnés – il semblait qu’ils étaient presque candidats de devenir commandos - ils avaient terminé leurs études à l’école, ayant réussi à surmonter les crises d’aliénation vis-à-vis des éducateurs, et le sentiment d’impuissance du fait de ne pas pouvoir accomplir des super efforts, et ainsi de suite. Mais il s’est avéré que la sélection n’avait même pas commencé – la sélection aurait lieu plus tard – à vrai dire – personne ne savait quand – dans un certain avenir indéfini, une fois qu’ils auront….. quitté l’école et vivront par eux-mêmes. Au fur et à mesure que cette vie autonome prenait de l’ampleur, dans la mesure où son travail à l’institut avançait, la passion même d’être comme commandos s’assombrissait, se couvrait de poussière, revenait à l’esprit de plus en plus rarement. Ensuite il apparaissait les pensées que ce n’était probablement pas vraiment pour elle, que les perceptions éclairées extatiques peuvent être atteintes par des moyens plus progressifs et fluides. Parfois il survenait un désaccord farouche avec un tel compromis, et là Tora se transformait en un petit ouragan – elle attaquait ses collègues et tous qui survenaient sur son chemin, les accusait de manquer de sincérité, d’être stupide, elle remarquait de nombreuses manifestations de sottises quotidiennes, mais à un moment donné elle comprenait soudainement que toutes ces attaques aux autres étaient, premièrement, peu efficaces, si jamais efficaces, et deuxièmement, découlaient en plus grande partie de son incapacité, inaptitude de retourner toute cette aspiration à la sincérité vers elle-même. Une chose – condamner la mauvaise foi des autres, et tout à fait autre chose - se démonter sans pitié soi-même, la bien aimée. A ce moment-là, la sensation de la merde universelle, dans laquelle elle pataugeait, empoisonnait l’air même, qu’elle respirait, et là elle pouvait faire des pratiques formelles 16 heures par jour, faire des exercices physiques avec une détermination enragée et une anticipation débordante, mener des expériences une par une, surmonter sans compromis des habitudes parasites. Et ensuite – ensuite une lente descente quand même. Lorsqu’elle réfléchissait à quoi tout ça la mènerait – cette capacité périodique de mener des assauts – à la croissance progressive de l’intensité de la vie ou à la descente progressive, elle ne pouvait pas répondre à la question de façon sûre. Là – justement à ce moment-là, il lui est devenu clair qu’elle avait fait au moins une omission grave – elle avait détaché la pratique de son activité. Son travail à l’institut, et surtout son activité chez Mingues – tout ça paraissait comme quelque chose d’indépendant, ce qu’on pouvait faire, sans presque faire attention à – qui exactement le faisait – dans quel état elle était, si elle était la personne qu’elle voulait être. Et là lorsqu’elle a vu la possibilité de combiner les recherches, le changement d’elle-même avec l’activité le plus prosaïque ayant beaucoup d’aspects prosaïques – notamment la création d’une nouvelle base, justement là elle a senti comme une nouvelle naissance – comme si tout ce qui avait été progressivement supprimé et compacté a débordé – et la peur des changements, et l’embarras de confronter la possibilité de changer le monde soi-même autour de soi, et l’anticipation ardente, et de forts désirs joyeux, qui empêchaient même de dormir.

Ces souvenirs sont donc désagréables… bien – il est alors clair où est l’abcès, où éliminer, sur quoi travailler. Harvy nous a dit, et plus qu’une fois, que la personne qui se croit parfaite est sans espoir, puisque sa vie est dégoutante, et il n’a rien à changer – que peut-on changer en celui qui est parfait ? Pourtant, qui prenait ses paroles comme celles qui se réfèrent à lui-même ? Justement à ce moment-là Tora a compris, horrifiée, que Harvy ne disait pas tout simplement des vérités abstraites – il parlait d’eux, il parlait d’elle ! Par exemple, elle est sûre qu’elle a beaucoup de choses qui l’intéressent. Mais c’est quoi ces choses-là ? Si elle faisait la liste des choses qui l’intéressent – combien de points y-aura-t-il ? Avec quelle passion elle traite ces choses intéressantes ? Quand la dernière fois elle s’est posé cette question ? C’est tellement agréable de se prendre pour une personne avancée, ayant beaucoup de passions. Ainsi – de façon presque imperceptible pour elle-même, elle se prend pour une personne assez indépendante, capable de mener une activité pratique, d’où vient alors cet état de panique presque, après les premiers pas de Pourna ? D’où vient alors cette incroyable multitude de petites bêtises, de marasmes quotidiens, de rentrées dans les rails, qu’elle remarquait en soi sans effort lors des assauts ? Toujours – il est si agréable de se prendre pour quelqu’un concentré et ayant un bon sens. Par conséquent ? Par conséquent, ça y est – elle peut dire à haute voix tout ce qu’elle veut, elle peut même penser d’elle de façon critique autant qu’elle veut, néanmoins, elle vit en étant sûre et certaine qu’elle est parfaite. Donc, elle s’est cloisonnée dans un coin sans espoir, sans issu. La personne parfaite ne peut pas changer – elle ne peut que pourrir. Celui qui est sûr de son état parfait n’a pas d’issu. Ce qui est incroyable – à quel point les gens mécontents, stupides et dépendants peuvent vivre comme s’ils étaient parfaits. Elle vit exactement comme ça. Elle est presque morte ! Tora a frémi. Elle est presque morte et elle l’a remarqué à peine. Et si elle n’avait pas été prise chez Mingues ? Si elle n’avait pas été admise dans l’expérience ? Si on ne lui avait pas proposé de rassembler un groupe, et si Pourna s’était avérée plus molle ? Pourrait-il arriver qu’elle ait disparu peu à peu ? C’est impossible à imaginer. Et cependant, cela aurait pu se passer. Ou pas ? Diable le sait. En tout cas, la position où l’on croit que cela aurait pu arriver est plus efficace, car elle produit un effet dégrisant.

A l’époque, à l’école de commandos ils élaboraient les savoir-faire de l’action commune, du travail en équipe. Les cours étaient donnés par le même Harvy, et là Tora se rappelait sans effort les principes fondamentaux avec lesquels ils prévenaient chaque sortie « dans le champ », peu importe si c’était l’ascension à huit milles mètres ou la plongée à cent cinquante mètres avec l’air compressé, ou la participation à la restauration des sols, etc. – n’importe quel exercice pratique, lorsqu’ils étaient envoyés – le groupe de stagiaires – tous ensemble sur une mission quelconque, en les laissant décider indépendamment – comment s’organiser et comment structurer leurs activités de façon la plus efficace. En gros, tout se résumait dans le fait qu’une équipe qui travaille de façon efficace doit pouvoir combiner la démocratie et le leadership, la domination d’une personne vis-à-vis des autres, et même la tyrannie. Auparavant - des centaines d’années en arrière – on croyait que la démocratie était la voie de la réussite sociale. Ça allait jusqu’à l’absurdité complète. Par exemple, jusqu’à affirmer que n’importe quelle ménagère est capable de diriger un état. Rien d’étonnant que, en réalité, il ne pourrait rien en résulter de bien, c’est pourquoi la démocratie devenait seulement un carton, un camouflage de la tyrannie. Il en venait alors que là où l’on criait le plus la démocratie, la tyrannie et le totalitarisme triomphaient le plus. Par conséquent, étant déçu de la démocratie, le peuple tournait vers un leader fort – et retombait dans la même merde – rien de bien ne pouvait en résulter, lorsqu’une personne ou un groupe des personnes détenaient un énorme pouvoir entre ses mains. La cupidité et le désir de conserver ce pouvoir entre ses mains à tout prix, prendre de plus en plus, menait à u tel serrage des vis que finalement les masses de gens se révoltaient et le chaos survenait, c.-à-d. la même « démocratie ». Ainsi – d’une extrémité à une autre, d’un cauchemar à un autre – les gens vivaient jusqu’à ce que le monde ne se retourne. Une fois la Grande Guerre Enfantine terminée, et ceux, qui voient les perceptions éclairées comme une valeur fondamentale, sont arrivés au pouvoir et le reste est tout simplement mort - à cause des conflits armés ou de la simple vieillesse, donc de leurs propres émotions négatives, après ça l’ordre s’est établi dans le monde, qui a été mis au point assez rapidement par la méthode d’essaies et erreurs. A cette époque il n’y avait pas encore de certitude que les gens qui éprouvent des PI peuvent gérer efficacement non seulement eux-mêmes, mais toute la société, le monde entier – car ils n’avaient pas eu de telle expérience. Tora lisait les mémoires de ceux – les premiers qui étaient à l’avant-garde du nouvel ordre – il leur était propre aussi l’incertitude et les craintes, pourtant l’expérience a prouvé que les gens qui éprouvent les PI, qui aspirent à la sincérité et la lucidité, atteignent un meilleur résultat dans l’organisation de la sphère sociale cent et mille fois plus vite que les gens qui éprouvent les émotions négatives et vivent par les dogmes.

En effet, tout s’est avéré beaucoup plus simple, que cela se présentait au début, puisque les pratiquants avaient déjà accumulé une expérience considérable de vie dans des hameaux de museaux, comptant parfois quelques milliers d’habitants, et lorsque le monde entier s’est transformé au fond en un énorme hameau de museaux avec la population élargie, dont faisaient partie non seulement des pratiquants mais aussi ceux qui compatissaient à la pratique des PI et d’élimination des mécontentements, l’expérience acquise a pu être appliquée presque entièrement, en prenant pour la base ce qui avait été élaboré auparavant. La structure idéale de la société, la base idéale de toute activité commune était la combinaison des principes démocratiques et dictatoriaux : pour résoudre n’importe quel problème par la voie démocratique, c.-à-d. à l’aide du vote général codé, la décision a été prise quant au choix de la personne ou un groupe de personnes qui possédaient les pouvoirs élargis, parfois dictatoriaux dans tout ce qui concernait la question qui leur a été confiée. C’est curieux, avant la démocratie avait été perçu de façon si primitive qu’on ne faisait pas de distinction entre les gens ! Cela signifiait que la personne qui était restée toute sa vie à côté d’une plaque de cuisine, en toute stupidité, possédait la voix de la même importance que la personne qui s’entrainait, étudiait, évoluait. Une bêtise extraordinaire – comment l’humanité n’en est-elle pas arrivée à l‘extinction … Maintenait chaque voix avait son code - son coefficient multiplicateur. Tu veux cultiver des superstitions toute ta vie, ne rien apprendre, ne pas obtenir de savoir-faire ? Pas de problème, reste dans ton coin et pourris là. Ton code lors de vote sur n’importe quelle question sera égal à l’unité. Tu veux avoir de l’influence dans la société ? Parfait - lève ton cul et augmente ton code – apprends une langue étrangère, reste incarcéré dans une prison d’essai pendant une semaine, lis tels ou tels livres, éclaircis telle ou telle question, fais des études, etc. Il en va de soi que « la dictature » était aussi différente avant - seulement le mot est resté le même, sa signification a bien sûr changé radicalement, vu que le dictateur devenait une personne aspirant aux PI.

Tora s’est rappelé – comment tout ça a été travaillé pendant les entrainements. Comme parmi les participants dans le groupe il y avait eu des alpinistes pas très expérimentés, pour l’ascension d’essai on avait choisi un itinéraire assez facile au col sud de l’Everest, et Tora avait la possibilité de se concentrer complètement sur l’élaboration des actions de gestion. Le groupe avait été envoyé dans le hameau Lobuche, où ils avaient accompli la marche poussée au sommet de Lobuche Est (6119 mètres). Tora avait assez de force pour courir jusqu’à la crête de la falaise menant directement en haut, mais elle avait perdu le souffle assez vite une fois arrivée sur les cailloux. Après le faux sommet, trois personnes l’avaient dépassée, et Tora s’était rendu compte qu’elle était déçue – donc, il y avait eu une composante assombrie dans sa motivation. Elle s’était arrêtée encore une fois sur la montée rigide avant le sommet pour aider Yulka à faire un pansement sur sa plaie - cette dernière avait glissé sur une plaque de pierre en pente et avait déchiré sa hanche, encore deux personnes l’avaient doublée. A ce moment-là une faible AN avait apparu à leur égard pour avoir profité de la situation, et la fierté du fait que elle était une amie aussi bonne que ça – elle s’était arrêtée, avait aidé avec le pansement, avait éliminé l’AN à l’égard de ceux qui l’avaient doublée. Ayant éliminé cette fierté, Tora avait tout à coup remarqué que dans ces actes il y avait eu une composante assombrie aussi – c’était le souci de Yulka. Pourquoi en effet elle s’était précipitée pour l’assister à panser sa plaie ? Elle était dangereuse ou quoi ? Oui, il y avait beaucoup de sang, et cela produisait un effet assez impressionnant – peut-être c’était la vue du sang qui a mis Tora  hors d’elle, et elle avait marqué dans son carnet qu’il lui fallait l’entrainement de la vue du sang et des plaies. Yulka se serait débrouillée toute seule, c’était donc de la pure panique et souci. En distinguant tout ça, Tora a ressenti un éclat de triomphe et de plaisir, et elle a atteint le sommet dans un état d’ivresse extatique. En ôtant son short, sa culotte, le maillot et le top, elle se vautrait toute nue sur le sommet, couvert d’herbe sèche – la neige autour, et là – sur le sommet, c’était sec et chaud ! Elle n’avait même pas ouvert les yeux quand quelqu’un avait écarté ses jambes, s’était couché sur elle, nu et chaud. Le gland gros et dur essayait d’ouvrir sa chatte impatiemment, et cette impatience l’excitait fort, elle avait envie qu’on la viole. En serrant les hanches, elle s’était mise à repousser le gars, et à murmurer « non, s’il te plait » - ce « s’il te plait » a tout de suite dévoilé son intention – son envie de jouer au viol. Quelqu’un d’autre s’est assis sur son visage et a commencé à frotter ses couilles contre son nez, ses lèvres, ses joues, en serrant ses avant-bras contre le sol. En respirant l’odeur excitante et en continuant à serrer ses hanches, Tora se débattait, quoique le gland se soit heurté déjà contre la chatte. «  Ne me battez pas, s’il vous plait ! » - Tora a crié. L’excitation accroissait au fur et à mesure qu’elle criait de plus en plus fort – « il ne faut pas, les gars, ne me baisez pas, je vous sucerai, ne me battez pas, ne me baisez pas ! »

De forts gifles – une par une – ensuite des coups sur le cul, de nouveau des gifles – avec chaque coup l’excitation augmentait, et l’assaut renforçait. Finalement, les deux lui ont mis – l’un dans la chatte et l’autre dans la gorge, de sorte qu’elle ne pouvait que balbutier de toutes ses forces, en faisant semblant de se débattre farouchement. Les queues baisaient fort et profondément, et le plaisir envahissait le corps par vagues en partant des deux pour se rejoindre quelque part au milieu du ventre, ainsi quelques minutes plus tard de doux spasmes se sont déclenchés dans le ventre, le plaisir est devenu insupportable, et Tora a été emportée quelque part - même la vue, la mémoire et la distinction de sa personnalité ont disparu pour quelque secondes – simplement des vagues de plaisir, de joie, de la vive anticipation de l’inconnu. Elle s’est rappelée le jour où à l’école elle discutait avec des copines au sujet du cours sur le sexe – « les fantasmes de viol ». Elles avaient neuf ans. Pour elles toutes, c’était une découverte d’apprendre qu’elles rêvaient toutes des garçons ou hommes, ou mecs quelconques qui les coinceraient dans un petit coin noir, les traineraient dans un endroit sûr pour leur faire de petits trucs pervers. Et qu’ils soient nombreux, et qu’ils baisent malgré les supplications de les libérer. Ce cours était remarquable… comment distinguer la situation où la fille vraiment n’a pas envie et dit qu’elle « ne veut pas », et celle où elle joue. Comment au cours du jeu même se diriger l’un l’autre, sans sortir du scénario de viol. Comment une douleur légère peut contribuer à l’acuité du plaisir. Comment jouer des scénarios compliqués… - beaucoup de choses. Le jeu de viol est l’un des favoris chez toutes les filles, et les gars, d’ailleurs aussi – et lorsqu’ils violent et lorsqu’ils sont violés. Le viol des garçons est resté aussi l’une des situations des plus excitantes pour Tora – une bande de gars et de filles attrape un jeune paumé, ou au contraire – un groupe de jeunes attrape un mec … les jeunes le baisent tour à tour dans le cul, rapidement, voluptueusement, comme des lapins, et lui il fait semblant de se débattre, mais à un moment donné, sa queue gonflée ne se retient plus et se met à laisser… la première fois Tora a joui aussi ayant attrapé la queue d’un gars violé, dont de petites fontaines de sperme jaillissaient. Tenir dans la bouche une queue jouissive d’un gars en regardant directement comme l’autre lui jouit dans le cul en gémissant… qui se retiendrait ici de l’orgasme !

Et oui, à l’époque Tora distinguait ses perceptions beaucoup mieux que maintenant… en s’en rendant compte elle a ressenti soudainement une grande envie désespérée de revenir dans cet état de la sincérité aiguisée, dénudée, quand il paraissait que l’air même qu’elle respirait était rempli d’éclaboussures de l’eau de mer et d’ozone.

Lors de l’examen de la course elle a raconté ses perceptions, elle a écouté – de quoi ça avait l’air de l’extérieur. Après le remplissage de la carte de code par tous les participants, la carte comportait les données objectives sur l’état physique, les codes de vote pour eux tous ont été réalisés. Lors de la reconnaissance du parcours imminent à partir du camp de base, chacun exposait son point de vue sur le meilleur parcours de l’ascension en le justifiant. Une fois la discussion terminée, ils avaient voté, et un leader avait été choisi. Sur cette étape la démocratie prenait fin et « la dictature » prenait le relais – les votes de tous les participants de l’ascension se transformaient en voix consultatives, et la voix du leader était la seule décisive. Si tu étais 200% sûr de voir le parcours le plus efficace pour passer par cette partie du glacier Khumbu, et le leader a pris finalement une autre décision, il te fallait, lors du parcours, donner toutes tes forces de sorte comme si cette décision était la tienne – c’était exactement ça le principe essentiel du travail en commun. Maintenant Tora avait la possibilité d’appliquer les savoir-faire obtenus dans une affaire différente – la construction d’une nouvelle base et l’organisation d’un nouveau groupe de divers.

 



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