« Maya »

Volume 2: « L'origine des especes »

Chapitre 16


Le temps était excellent, et l’écranoplane a atterri directement sur la surface de l’océan entre Sipadan et Maboul. Tora avaient déjà vu ces endroits sur les photos, mais dans la réalité tout s’est avéré plus vif, immense et chaud. L’eau avait une telle température qu’il semblait qu’on pouvait y rester à nager pendant des journées entières. Le thermomètre montrait 37 degrés – incroyable ! L’eau d’une telle température pouvait seulement être dans une piscine chauffée, selon les idées à Tora.

Les deux garçons - compagnons du voyage - se sont tout de suite mis à plonger et barboter dans l’attente d’un canot à moteur. Dix minutes plus tard, un petit canot agile et gracieux, placé sur un coussin d’air, a amarré, sans aucun bruit, à l’écranoplane, et Tora a appris que les garçons allaient aussi à Sipadan. Ils ont déchargé l’équipement, apparemment, assez fragile, à en juger par les précautions, avec lesquelles les dispositifs ont a été transposés sur le canot.

Une fois arrivée sur l’ile, Tora a découvert que le nouvel équipement a intéressé les insulaires beaucoup plus que sa personne. A vrai dire, sa personne n’a suscité aucun intérêt, et puisque l’ile donnait l’impression d’être minuscule, elle a décidé de l’explorer, d’autant plus, que Trapp ne venait que le lendemain, et le début des expériences avait été fixé pour jeudi.

Effectivement, l’île s’est avérée minuscule – à peine cinq cents – six cents mètres de diamètre. La bande côtière, couverte de sable chaud, s’étendait sur une dizaine de mètres au fond de l’île, succédée par une palmeraie dense. Quelqu’un a réussi à y planter des pêchers, et Tora, ayant faim, a croqué plusieurs pêches, très douces, avant de partir pour faire le tour de l’île. De l’endroit où leur bateau a amarré, une bande de basses eaux partait à gauche, et Tora y est allée, les chevilles dans l’eau. Sous ses pieds, plein de bestioles précipitaient de tous les côtés – de petits crabes, des dizaines d’espèces de poissons multicolores, des crevettes et dieu sait quoi encore. L’eau était tout simplement chaude !

Quelques minutes plus tard, la bande côtière est devenue plus profonde, le sable du fond était jonché de coquillages de formes, couleurs et tailles les plus incroyables, à partir des petits de taille d’ongle jusqu’aux tridacnes dont les coquilles atteignaient un demi-mètre de longueur. Tora ne pouvait pas passer à côté de tels trésors, et pendant une bonne demi-heure elle scrutait, pelotait, tripotait ces créatures étonnantes, qui résonnaient si puissamment avec la sensation de beauté et de force. Des multitudes de petits coquillages étaient habités par des bernard-l’ermite, ainsi ils bougeaient lentement et sans arrêt – cela avait l’air très rigolo, une coquille « vide » se pressait, ensuite tout à coup il apparaissait une longue moustache, des pattes, et, à un moindre danger, tout ça s’enterrait dans le sable.

Plus loin il y avait des terrains rocheux – des morceaux de roches nus, aux formes plutôt bizarres, étaient bien aiguisés, Tora s’est rendue alors sur le sable. Ayant entendu du bruissement dans des buissons, elle a décidé d’examiner l’habitant des buissons – peut-être c’était un oiseau qui y avait construit son nid ? Peut-être il y avait même des poussins ? En écartant les branches, penchée vers la terre, pendant un certain moment, Tora essayait d’entrevoir l’habitant de la broussaille, et tout à coup… là un morceau de « terre » juste sous son nez a agité et s’est écarté en rampant ! Ayant bondi de côté, Tora a vu devant elle une créature qui lui a inspiré l’admiration et le plaisir – un énorme varan de deux mètres de long reculait prudemment dans les buissons, en écartant les pattes gauchement et en balançant largement sa queue, couverte d’aiguillons. Sa langue fourchue, comme celle d’un serpent, tâtait doucement l’air, en attrapant les moindres changements de températures et d’odeurs. L’animal puissant et dangereux, aux dents tranchant comme une lame de rasoir, était sur le point de disparaitre dans les buissons à tout moment. Tora ne voulait plus le déranger et en le contournant, elle est entrée dans la forêt épaisse.

La chaleur ne pénétrait pas jusqu’à là. Sous ses pieds, des lopins de terre dense succédaient à l’herbe touffue et aux tas de feuilles mortes. Apparemment, la forêt était bien peuplée, mais les chaumières étaient si habilement tissées dans le taillis qu’elles étaient presque invisibles, et on pouvait facilement s’imaginer dans une forêt vierge.

De temps en temps des gens se précipitaient sur les sentiers – des enfants et des adultes, chacun était préoccupé par ses affaires, et Tora ne voulait déranger personne. Au milieu même de l’île se trouvait la coupole du centre des recherches - en s’élevant seulement à deux mètres au-dessus du sol, elle cachait dans ses profondeurs, probablement, une dizaine de niveaux souterrains. Tora avait lu dans un résumé, que dans le niveau inférieur du centre, il y avait un passage, menant dans les grottes intérieures de l’île, dont la partie s’ouvrait dans l’océan à la profondeur de vingt jusqu’à cinquante mètres, les plongeurs prenaient alors tout leur plaisir ici – sur le Sipadan, les plongées était possibles partout – l’île était entourée par un anneau de récifs, pleins de vie. D’abord, il y avait un anneau intérieur de deux – quatre mètres de profondeur, grouillant, littéralement, de vie – le paradis pour ceux qui plongeaient équipés d’un masque, d’un tuba et de palmes. Des tortues aux carapaces allant jusqu’à deux mètres de diamètre nageaient par là en solitude, et en bancs, elles permettaient de les enfourcher et se sentaient très à l’aise dans une compagnie humaine. Des centaines, voire des milliers d’espèces de poissons vivaient dans ces espaces peu profonds. Ensuite, il se situait un anneau de récifs, jusqu’à trente mètres de profondeur. Là, demeuraient de plus gros poissons – maquereaux jusqu’à deux mètres de long, le thon de la même taille, et beaucoup de requins de deux – deux mètres et demi de long. Par la suite, Tora s’est assurée de leur caractère absolument pacifique et bienveillant. Parfois, des plongeurs arrivaient à s’approcher tout doucement d’un requin allongé au fond et même à toucher sa queue, mais tout de suite après, le requin laissait sa place et, avec de beaux et puissants mouvements de queue, en tordant tout son corps, s’éloignait.

Plus loin, il y avait un abysse, et le fond de l’océan partait à la profondeur de six cents mètres – l’île était d’origine volcanique. Là, les divers des eaux profondes trouvaient leur plaisir, et à tout moment de la journée on pouvait voir leur rendez-vous à cent mètres de profondeur - les gaz mélangés n’étaient pas utilisés, on plongeait seulement avec de l’air comprimé, il fallait donc une sérieuse acclimatation et l’expérience pour nager à de telles profondeurs. Quelque part par-là, le groupe de Chok s’était trouvé face à face aux dauphins - dans le sens propre et figuré.

Deux heures plus tard, Tora a décidé de trouver sa chambre et dormir un peu. Malgré le fait que sa peau était assez matte – le soleil de montagne l’avait transformée en une mulâtre – la peau sur les épaules et le dos se sentait tout de même légèrement brûlée. Dans le centre on lui a donné le numéro de son cottage et, bientôt, elle se balançait dans un hamac tendu entre deux énormes palmiers, l’ordinateur entre ses mains. Elle voulait surtout remettre en ordre les souvenirs de deux derniers jours.

La veille, Mingues, Trapp et Tora ont de nouveau rencontré Lou. Avant leur rencontre, Mingues avait dit que la première rencontre de Lou avec le tigre s’était passé deux semaines avant. Ils se voyaient une fois par deux jour à peu près, et la décision a été prise de ne pas intervenir dans leurs rencontres, car le tigre se comportait très prudemment, et Lou affirmait aussi que le tigre avait peur. Il était extrêmement difficile de dire quelque chose du contenu de leurs rencontres, si, en général, on pouvait parler d’un « contenu » dans ce cas-là, puisque Lou n’avait pas tout simplement d’expérience nécessaire pour décrire de manière adéquate les sensations aussi étranges, qu’elle éprouvait lors de leurs contacts. En possédant des savoir-faire rudimentaires en plongée et dans l’inhibition de sa propre identité, elle ne pouvait pas fournir des informations essentielles, malgré le fait que, à en juger des critères circonstanciels, elle entrait en un contact très profond avec l’animal. Parmi les descriptions qu’elle était en mesure de donner, il y en avait de très étranges, pourtant trop floues, pour pouvoir s’appuyer dessus. Mais il y en avait quelque chose de précis. Par exemple, on pouvait parler en toute confiance du fait de l’intégration des perceptions du tigre, car Lou a définitivement acquis des pratiques non appropriées pour les humains, mais, inhérentes, selon toute évidence, aux animaux. Plus qu’une fois elle démontrait la capacité de savoir à coup sûr – où se trouvait telle ou telle plante, où bien les caractéristiques du sol, et cette capacité augmentait nettement après les rencontres.

Il est possible que cette histoire n’ait pas attiré l’attention aussi grande des scientifiques, si ce n’était pas le fait que Lou venait assez souvent voir les divers pour passer du temps avec eux, en jouant ou en discutant, ou en restant tout simplement avec eux à écouter leurs conversations. Et, connaissant son attitude sérieuse et l’aversion envers des fantaisies non fondées, les divers ont pris au sérieux ses affirmations bizarres, comme quoi elle était sûre que le tigre était venu pour communiquer aux gens quelque chose de très important. Ensuite, les divers, qui faisaient des recherches actives au sujet des questions de l’intégration des perceptions des museaux de la Terre, se sont rendus compte qu’une perspective très intéressante s’ouvrait devant eux. Jusqu’à ce moment-là, les animaux avait été en dehors du champ de l’intérêt des divers, suite à leur forte mobilité – à la fois individuelle et physique. L’intégration des perceptions d’une montagne ou d’un ruisseau demandait un savoir-faire particulier de la part du diver, et seulement de sa part à lui, puisque la montagne ou le ruisseau était toujours sur place, sous la main, dans un état inchangé. Mais, puisque l’intégration des perceptions d’un tigre s’est avéré possible… pourquoi ne pas utiliser cette chance? C’est en partie pour ce but que Mingues a obtenu Tora – en tandem avec Lou, elles pouvaient essayer d’établir un contact intégral. Il fallait prendre en considération, cependant, le fait que, selon les expériences de divers, les voyages dans les mondes de la conscience pouvaient être non seulement excitants et extrêmement amusants, mais dangereux, on avait alors décidé de mieux protéger les participants.

Le contact inattendu avec le dauphin a amené un nouvel élan au projet – on pouvait essayer de combiner les deux expériences en une seule. Et justement la veille, la nouvelle idée à Norton a été approuvée lors du « zoo » - faire collaborer les deux des trois « dissidents », qui avaient pris la décision de ne pas rentrer de la plongée – Kvace et Magnus ont donné leur aval pour participer, puisque dans la position où ils se trouvaient à ce moment-là, ils pouvaient être utiles pour stabiliser le contact. Sans appartenir pour ce moment, proprement dit, à aucun des deux mondes, ils pouvaient posséder la mobilité indispensable pour assurer la sécurité.

Lors de cette rencontre avec Lou, Tora s’est assurée que la fillette était déjà une personnalité très sérieuse, malgré ses cinq ans – dévouée, impulsive, sincère. Elles se sont plus.

L’expérience finale a été projetée ainsi : Kvace et Magnus créeraient « le lieu de la rencontre » quelque part sur un territoire neutre dans la zone des mondes fessoniens. La proposition de la rencontre sur le territoire des mondes verticalement orientés a été rejetée presque unanimement, bien qu’il ait eu des raisons pour supposer que les animaux s’y sentiraient plus confortablement, suite à l’absence supposée d’un tel ensemble de perceptions chez eux, comme « la conscience de leur individualité ». Pour atténuer l’effet de la peur instinctive millénaire de l’homme chez les animaux, un nombre important de perceptions, intégrées chez les cailloux, montagnes, ruisseaux, l’herbe et les nuages, ferait partie de l’ensemble des états qui composeraient « l’ambiance » de cet endroit. En théorie, on pourrait saturer l’endroit de la rencontre avec ces perceptions à la densité aussi forte qu’on souhaiterait, Mingues et Tarden auraient facilement accompli la tâche, mais dans ce cas-là, la capacité de divers de « décoder » les événements par la suite sur le langage de la lucidité raisonnée et de se comporter consciemment lors de la rencontre se réduirait fortement. C’était l’équilibre qui était requis.

Ainsi, Kvace et Magnus créeraient l’endroit et le soutiendraient de façon dynamique, Mingues et Tarden le satureraient avec les perceptions des museaux de la Terre, Lou et Chok exécuteraient le contact de façon synchronisée – lui avec le dauphin et elle avec le tigre. Tora serait superviseur indépendant, témoin, enregistreur. En fait – une sorte d’enregistreur naturel. Sa mission était de percevoir, absorber avec tout son corps, en s’abstenant de la participation directe, pour se rendre par la suite dans les mains des experts, qui « déploieraient » et déchiffreraient ses perceptions. La participation du groupe à Fossa dans l’expérience inquiétait un peu Tora, dont la mission était l’assurance de la sécurité et la couverture. Dans le cas où la situation se développerait de façon inattendue et dangereuse, les membres de l’équipe de Fossa devraient clore l’expérience en accompagnant chaque membre sur « la surface » de la perception du monde humaine ordinaire. Apparemment, s’il y avait une chose que les divers pouvaient mettre en doute, ce n’était pas la capacité à Fossa et à ses gars d’accomplir leur tâche – la confiance dans leurs forces était absolue, et Tora était vivement préoccupée par la question – qui était ces gens ? Fossa et ses gars ont été impliqués dans l’expérience juste pour le cas où. Pour le cas où quelque chose ne fonctionnerait pas. Bien sûr, si Tora imaginait avoir besoin d’aide, ou que le danger lui menaçait, l’image de Fossa lui inspirait la confiance absolue. Elle était une personne bizarre… Et si Fossa interprétait mal la situation et l’opération de sauvetage aurait à commencer malgré les désirs des divers ? Les opérations de sauvetage actives ne pourraient-elles pas détruire complètement la perspective du contact ? Au fond d’elle, Tora a décidé de rencontrer Fossa pour lui parler – elles devraient apprendre à se comprendre pour coopérer efficacement.

Tout évoluait tellement rapidement… Récemment, Tora était engagée dans les recherches à l’institut, et rien ne laissait présager l’évolution rapide des événements. Ensuite – le saut dans l’Himalaya, les horaires chargés des études et de la pratique, et là – elle était sur la pointe même des évènements, parmi tant de personnes intéressantes, extraordinaires. Pourtant quelque chose l’inquiétait… En se rappelant des images, Tora a remarqué un éclat d’anxiété au moment où elle a atteint Fossa – elle l’inquiétait quand même plus qu’elle avait pensé au début… Le lendemain elles se parleraient, que Trapp les présente l’une à l’autre. Sur l’anxiété il s’appliquait l’agitation intérieure du contact étroit avec une personne aussi inhabituelle, extraordinaire, même comparée aux autres commandos. Par exemple, Tora connaissait déjà Chok et Norton de sa formation chez commandos – ils menaient certains cours et étaient très soigneux dans la communication. Bien sûr, dans le travail réel ils seraient plus ardents et rapides, c’était clair, pourtant ni Fossa, ni les garçons de son groupe n’enseignaient nulle part, dans aucune école. En fait, ils étaient si profondément isolés qu’ils ne se chevauchaient pas avec les divers classiques, le « zoo » en question était alors la seule exception. Il y avait quelque chose de troublant et de mystérieux et d’attirant. Le lendemain. Le lendemain Tora la secouerait.

Le soleil a réveillé Tora à huit heures déjà. Pendant la nuit elle s’était levée plusieurs fois – d’abord quand les gars sont venus dans le cottage. Quelqu’un avait passé sa main sur son dos dénudé, quelqu’un s’était mis à faire des bisous sur son derrière, il parait que c’était une fille… Ensuite elle s’était réveillée quand il faisait complètement noir. Quelque part à deux mètres d’elle une fille gémissait très fort, et de plus en plus fort, et tout à coup elle avait commencé à crier. A moitié endormie, Tora n’avait pas tout de suite compris de quoi il s’agissait, mais à en juger par des éclats de cries caractéristiques, elle avait deviné que la fille criait de plaisir – deux ou trois gars la sautaient en même temps, les claquements des corps s’entendaient très clairement. Une idée a apparu furtivement que Tora serait trop gênée de hurler comme ça, - sans aucun doute, des hurlements si forts s’entendaient très loin dans le silence de la nuit, jusqu’à aller aux cottages avoisinants. La fille criait, parfois elle commençait à hurler, et criait de nouveau. Un petit éclat de jalousie a piqué Tora : si la fille avait été en train de jouir, elle aurait crié un moment et aurait joui il y avait longtemps de ça, et si elle continuait à crier, ça voulait dire qu’elle ne jouissait pas, elle savait alors baiser de sorte d’éprouver un plaisir aussi fort et durable à la limite de l’orgasme. Puissant… je veux aussi comme ça ! Peut-être un tel relâchement, de pouvoir crier de toutes ses forces, procurait de telles sensations ? Tora avait eu une expérience similaire.

Le cottage était déjà désert. En tombant du lit, elle s’est approchée d’une énorme fenêtre qui occupait la moitié du mur. Quelque chose a collé à sa patte nue – une capote ! Trois capotes utilisées trainaient effrontément par terre – donc ils avaient été trois à baiser cette fille… la chatte a pulsé, elle a eu envie de la saisir par « le garrot », et là Tora a remarqué qu’une des capotes n’était pas vide. Du sperme ! Bon sang ! La fantaisie sexuelle était excitante en elle-même – baiser avec une capote, et là en plus, du sperme. Tora a serré la capote entre ses doigts, et le sperme reluisait doucement dedans. En dénouant prudemment le nœud, Tora s’est assise sur le lit, a écarté les jambes et, en pinçant ses livres charnues, elle a faufilé sa langue dans la capote et l’a tendue, doucement, de sorte que le bout de la langue a plongé dans le sperme. Ayant gigoté la langue dans le sperme, elle a soigneusement sorti la langue de la capote – une goutte est restée au bout. Juste une petite goutte du sperme, et le goût s’est vite répandu dans toute la bouche – incroyablement excitant, différent de tout…

La plage était animée. Des dizaines de personnes – quelqu’un mettait les palmes, en s’éclaboussant tout près du bord avec un scaphandre, d’autres essayaient seulement la BCD, et certains ne laissaient plus que des bulles. Le diving était le hobby commun dans ces endroits-là. Quinze minutes plus tard, Tora planait aussi au-dessus des coraux. Encore quelques minutes et voilà qu’en dessous d’elle, il y avait l’abysse noir du gouffre sous-marin, où les silhouettes des divers partaient, paire par paire. Sans acclimatation Tora ne ferait pas plus que cinquante mètres, il valait mieux examiner la grotte ! En saisissant le réservoir de sécurité et l’attachant à la ceinture, Tora a allumé la lampe frontale et est entrée dans la grotte. L’entrée large était succédée par des passages étroits menant à l’intérieur, ensuite des tunnels serpentaient, en se multipliaient et s’entremêlant. Tora nageait dans les passages latéraux, en naviguant dans le noir partant au loin, là où même deux divers ne pourraient pas se croiser, et dix minutes plus tard elle était désespérément perdue. Pendant encore dix minutes elle a essayé de trouver la sortie. Des squelettes d’énormes tortues rendaient le monde autour inquiétant ; la lumière de la lampe saisissait tantôt un banc de poissons rouges scintillants, peu ordinaires, tantôt des formations étranges de pierres, ou de petites flaques d’air, collées contre le plafond de la grotte, tel le mercure liquide. A un moment donné, Tora a tourné maladroitement et s’est heurté le front contre l’avant-toit surplombant. La lampe s’est éteinte. Dur à imaginer qu’il puisse faire aussi noir que CA ! En suspension dans l’obscurité de la grotte, complètement désorientée, Tora a fixé une pensée : « avant on mourrait comme ça ». Ayant profité des sensations étranges, Tora a serré le réservoir de sécurité sans regrets, et à cet instant-là toute la grotte s’est illuminée de l’intérieur, et les indicateurs clignotants montraient la voie vers la sortie. Et à la sortie même de la grotte, sur le sable, il y avait un énorme requin.

En relevant son nez, il s’est retiré de sa place avec un mouvement imperceptible et est parti.

Il s’est avéré que Trapp était déjà arrivé sur l’île. En arrachant son équipement, Tora a couru à sa recherche, une minute plus tard elle l’a vu se vautrant sur le sable, en train de discuter avec… mon dieu, c’était Fossa ! L’inquiétude a refait surface.

De près, le flanc gauche de Trapp donnait une lourde impression – aux nuances bleues, jaunes et noires, visibles même sur le fond de la peau bronzée. S’étant assise à côté, Tora s’est heurtée contre un regard direct de Fossa. Diable, c’était un regard particulier. D’une certaine manière, Tora a compris tout de suite –ce que Fossa pensait : si la présence à Tora était appropriée à leur discussion. Et Tora pouvait jurer que si Fossa décidait de la renvoyer, elle n’aurait pas eu assez de volonté pour s’y opposer. Mystique. D’où cette personne prenait tant de forces ? Et c’était quoi en général – « la force » ?

Le regard de Fossa a changé – d’un regard évaluant (renvoyer ou laisser,) il est devenu examinant. Il semblait que rien n’a changé, Fossa juste continuait à scruter Tora, pourtant c’était clair qu’elle l’examinait. Curieux - ce qu’elle pense de moi ?

Tu voulais me parler de quelque chose, c’est le bon moment. – Ayant prononcé cette phrase, dans l’attente, Fossa a fermé la bouche.

Oui, je voulais… je veux. – Tora cherchait ses mots lentement, mais elle avait un désir irrésistible de poser d’autres questions que celles auxquelles elle avait réfléchi la veille. – Pourquoi tu as l’air comme ça ? Comment tu y arrives ?

La sincérité. Exhaustive, sans compromis, observatrice. Ce ne sont pas des épithètes.

Pas des épithètes ? Dans quel sens ?

« Exhaustive » veut dire celle qui fixe tout ce que la conscience distinctive observe. Sans exception. Les exceptions veulent presque certainement dire des évincements, des illusions. Des exceptions sont seulement possibles après des essaies spéciaux du contrôle de soi. « Sans compromis » signifie celle qui évalue avec du calme impersonnel, comme si tu évaluais les manifestations d’une autre personne. « Observatrice » - c’est-à-dire celle qui tient dans l’esprit le même objectif, en pressentant des découvertes.

Donc – le niveau de la faiblesse de mon regard égale le niveau de mon insincérité ?

Fossa n’a pas répondu, il était clair qu’elle ne répondrait pas.

La question est peut-être stupide, mais j’ai envie de la poser… - et là, vu le regard à Fossa, Tora a compris à quel point ces préfaces étaient mal à propos. – Je sais que les commandos se tiennent dans l’isolement, et ton groupe – en particulier. Néanmoins – y a-t-il une possibilité de vivre avec vous pendant un moment?

Non, pas de telle possibilité.

Pas du tout ?

Maintenant tu n’as pas cette possibilité, et, en ce qui concerne « l’isolement », c’est discutable qui se tient isolé… Tu l’imagines comment – un tas de personnes sincères et actives s’impatientent de devenir commandos, et elles ne sont pas autorisées ? Comme ça ?

Je ne sais pas, je ne me suis pas posé la question… Fossa, c’est notre expérience qui m’inquiète. Tu nous protègeras, mais comment tu sauras que l’intervention est nécessaire ? Et comment définir la mesure de cette intervention ? Le temps 

Les montagnes ne connaissent pas la peur, les rivières ne peuvent pas être indécises.

Hein… Trapp, tu comprends ?

Je pense que oui. – Trapp parlait lentement, en trébuchant souvent à cause de la douleur, résultant même de petits mouvements brusques. – L’état dans lequel Fossa et son groupe se trouveront ne peut pas, en principe, être sujet à la peur, ni l’indécision. Ils auront une tâche devant eux – assurer la protection efficace des dangers inconnus pour le moment, et la distinction brillante leur permettra tout – l’évaluation de la situation, les moyens d’actions, etc. Ils agiront sans hésitation, sans se préoccuper de quoi que ce soit, à part de l’efficacité de leurs actes – ni même de l’évaluation de leurs actions par la suite, et elles seraient évaluées sans aucun doute après, et bien sûr chacun aura son opinion, mais eux, vers ce temps-là, ils seront déjà en train de faire autre chose, et ils ne s’intéresseront même pas – s’ils ont été évalués bien ou mal. Lorsque je réfléchis à tout ça, je peux penser ceci ou cela, je peux approuver des choses ou pas vraiment, conseiller ceci ou cela, être d’accord ou pas, mais lorsque la question se posera sans délai – qui assurera ma sécurité dans l’attente de l’inconnu…

Tu choisiras Fossa ?

Justement.

Fossa, en général, notre expérience est intéressante pour toi ?

Tout ce que je fais m’intéresse. Quant à l’expérience, je doute que nous obtenions un résultat qui mènera à une percée.

Pourquoi ?

Alors que nous avons affaire à des valeurs typiques, nous ne sortirons pas du cercle des phénomènes, limité par la nature même de ces phénomènes. Grosso modo, si une personne agressive fait une expérience quelconque, par conséquent, son agressivité changera la direction et le caractère de la manifestation, mais restera toujours de l’agressivité. Un employé agressif peut faire un chef agressif, il aura l’air et le comportement différents, pourtant il restera le même cadavre pourrissant. Pour obtenir un résultat intéressant, nous devons changer nous-mêmes – pas la façade, mais le contenu même des perceptions – il doit s’y manifester quelque chose de principalement nouveau, inconnu auparavant. L’homme doit cesser d’être homme pour devenir un être plus parfait et profond. Et ce n’est pas simplement du « nouveau » qui doit s’y manifester, mais ce qui naitrait à la suite du développement extrême de ses forces créatives, de ses aspirations joyeuses. Je ne dis pas que ce n’est pas possible, d’autant plus que cela s’est déjà produit dans l’histoire au moins deux fois, plutôt une multitude de fois, mais a-t-on des raisons pour supposer que cela se produira justement maintenant ?

Mais à part des percées…

Et oui, à part des percées, il existe un développement progressif tout simple, c’est intéressant et beau. Mais nous, - Fossa a prononcé le mot « nous » en l’accentuant, pour que cela devienne clair qu’il s’agit de son groupe, - nous aspirons uniquement à la percée – c’est la spécificité, c’est comme ça que nous sommes réunis ici.

Qu’est-ce que tu veux dire pas là, en disant que cela s’est déjà produit ?

Par exemple, - Trapp a intervenu, - c’est le changement de l’humanité qui s’est produit au tournant du premier millénaire avant JC. En analysant méticuleusement le matériel qui nous est parvenu, on voit facilement comment la notion de « l’amour » se formait durant ce millénaire, qui suivait, apparemment, les manifestations croissantes des perceptions désignées par ce mot. Et, plus on s’approche de notre époque, plus fortement la doctrine sur l’importance capitale de « l’amour » marque toute la culture – cela se voit, par exemple, du fait à quel point vite le christianisme s’était répandu dans le monde occidental, et comment le bouddhisme avait accompli la même chose à l’Orient. Et si la littérature des 19-20ièmes siècles exploite beaucoup ce sujet, on ne peut pas dire la même chose de la littérature du 17ième siècle, par exemple, et dans les chartes en écorce de bouleau, disons, il n’y a pas un mot sur des sentiments tendres, mais plutôt sur des devoirs et des événements sociaux. Il faut parcourir « l’Iliade » pour voir que sur des centaines d’actes d’agressivité, de cupidité, d’hostilité, il n’y a qu’une seule description même pas de l’amour, mais du désir de possession de l’objet d’attachement. Des exemples pullulent, dont provient l’hypothèse que de telles PI comme la sympathie, la tendresse étaient inconnues chez l’homme au début, mais dans le processus de son développement, lors de l’évolution de l’homme, ces perceptions ont apparu.

Et le deuxième exemple ?

L’apparition même des pratiquants de la pratique de la voie directe et l’expansion, quoique très lente, de la clarté quant à la valeur primordiale des PI. La sincérité, le dévouement et beaucoup d’autres PI sont devenus, seulement depuis le siècle dernier, pas la norme, mais en tout cas l’objectif, l’idéal.

Quoi peut-il apparaitre… euh, je ne pensais même pas que les PI n’est pas la fin de l’évolution de l’homme ! Une idée bizarre… -Tora a éclaté de rire. – Qu’est-ce qui est possible…

Nous ne savons pas, - Fossa s’est allongée sur le dos et a écarté les jambes. Tora regardait son corps avec curiosité – avant elle ne voyait pas Fossa comme justement une fille. – Mais si cela se produit, le chemin qui y mène, passe inexorablement par des PI extatiques – il n’y a pas de doutes la dessus.

Il m’arrive de les ressentir de temps en temps, - Tora s’est rappelé quelques épisodes récents. – Mais ça me paraissait … hors toute atteinte, disons, pour même rêver de les chercher délibérément.

Nous ne le considérons pas hors atteinte, - Fossa a dit fermement. – Nous travaillons sur ça.

Est-ce que l’intégration des perceptions des museaux de la Terre, ou de la planète Terre elle-même…

Je ne sais pas, - Fossa l’a interrompue. – Mais s’il y au moins une chance supplémentaire, nous ne la laisserons pas passer.

 

Sur son chemin au centre Tora est tombée sur un groupe d’enfants – ils ont attrapé un grand gecko, ils caressaient son ventre, tripotaient ses pattes tenaces, l’observaient et presqu’embrassaient.

Vous ne voulez pas toucher à un varan ?

- Euh, on ne peut pas le toucher, - l’un d’eux a exclamé, en tendant sa main pour la montrer – il y avait une cicatrice sur toute sa longueur, d’un bout à l’autre. – Voilà, je l’ai touché.

- Il t’a attaqué ? – Tora s’est étonné.

- Bien sûr que non, ils n’attaquent pas. J’ai juste voulu lui donner à manger de mes mains. Il y a eu tant de sang !

- Et d’hurlements… - une petite fille aux nattes drôles a fredonné.

- Voyons, je n’aurais pas l’air d’un héro non plus, si on m’avait croquée la main comme ça, - Tora a soutenu le gars. – Ça fait longtemps que vous êtes là ?

- Ça fera un an bientôt.

- Et vous faites quoi ?

- Des études, - un petit gars aux grands yeux et jambes musclées a scruté Tora. – Et toi, t’es qui ?

- Et on vous a appris quoi aujourd’hui ? – Tora a fait semblant de ne pas remarquer la question.

- Voilà, - la même fillette a pointé un bout de pansement sur la cuisse gauche, et là, Tora a vu que tous les cinq gosses avaient des pansements, collés de façon symétrique sur les deux cuisses.

- C’est aussi des varans qui t’ont piquée ? – Tora a rigolé.

- Premiers secours, - le gars avec la cicatrice a expliqué, - On scarifie les deux jambes, puis on lave la jambe gauche activement avec du plaisir, et la droite – non, et on regarde la différence. La plaie gauche se cicatrise en trois jours – c’est la norme, et la droite aura mal pendant dix jours, là, regarde, - le gars a détaché la moitié du pansement de la cuisse gauche.

La blessure avait l’air d’avoir commencé à cicatriser.

Et là c’est la droite.

La blessure droite était encore humide, enflammée sur les bords, la lymphe suintait. A la grande surprise à Tora, c’était justement « une blessure », pas une égratignure, ni même coupure. Profonde – probablement, un centimètre de profondeur.

Aujourd’hui, la troisième journée se termine, et le soir on enlèvera le pansement de la jambe gauche… même maintenant il n’y en a plus besoin, - avec un geste brusque il a enlevé le pansement pour l’envoyer dans les buissons.

Comment vous avez fait les incisions ?

Avec un couteau, naturellement.

Tous seuls ??

Bien sûr, avec qui d’autres ?

Et vous n’aviez pas peur ?

Si. On a étudié la théorie de la relativité aujourd’hui, en plus, - la fillette aux yeux bridés a clappé ses lèvres rêveusement. – Et moi, je sais tout ça déjà, ce qu’on nous a raconté aujourd’hui, j’aime la physique… et tu connais l’expérience mentale avec des montres de lumière dans un train en mouvement, d’où il résulte que sous la condition de l’invariabilité de la vitesse de la lumière, le temps ralentira dans le train en mouvement ?

Je me souviens de quelque chose comme ça,… mais je ne suis pas sûre que ce soit exactement la même chose que tu dis, en gros, on comprend que la vitesse constante de la lumière… un train en marche… donc, la distance parcourue par la lumière est plus grande, en plus, il faut considérer le fait que dans un cadre de référence se déplaçant sans accélération nous ne pouvons pas voir qu’on est en marche, le seul moyen donc de résoudre le paradoxe est de supposer que le temps ralentit, et par conséquent, la lumière parcourt une plus grande distance en un même laps de temps… de là, il est plus facile d’inventer l’expérience même, vrai ou pas ?

Tu veux que je te raconte comment je comprends ça ? – La fillette s’est accroupie pour ramasser un bâton et s’est préparée à dessiner sur le sol. Le derrière tout rond, tout nu ; les yeux brillant de l’impatience de tout raconter, de partager au plus vite – une fillette passionnée. Passionnée. Une telle fillette est capable de se lever au milieu de la nuit pour se mettre à lire un bouquin intéressant ou précipiter à un rendez-vous.

Vas-y, - en regardant cette poupée, Tora a tout à coup ressenti l’appel, le dévouement. On avait envie d’y rester à l’écouter, à absorber sa voix, à caresser son petit corps avec les yeux.

Regarde, - la petite s’est mise à dessiner vigoureusement avec une brindille. Les autres enfants se sont installés autour, assis et allongés. – Imaginons un écranoplane, volant à une vitesse régulière. Il y a un aquarium dedans, rempli d’un liquide visqueux. Au fond, au milieu, et sur le plafond, au milieu de l’aquarium il y a de petits ressorts qui battent un ballon. Donc, ce ballon bouge en haut et en bas. Pendant cinq secondes le ballon monte doucement et puis descend pendant la même période de temps. Maintenant, regardons de quoi ça a l’air pour un observateur sur la Terre, - elle s’est approchée de Tora et s’est mise à dessiner un nouveau schéma. – Pour celui qui observe sur la Terre, le ballon ne bouge pas tout simplement de haut en bas, mais en plus il vole horizontalement avec l’écranoplane, et en ces cinq secondes il parcourt, disons, un kilomètre.

Un écranoplane ancien…, - Tora a murmuré, - sur le point de tomber en lambeaux.

Quelqu’un a éclaté de rire. La fillette a levé la tête vers le ciel.

- Une minute- douze… une heure – sept cents vingt… et oui, il volera trois kilomètres et pas un. Mais là, tout est clair, puisque la vitesse verticale du ballon s’ajoute à la vitesse horizontale, rien d’étonnant donc, qu’à cette vitesse il parcourt cette distance de trois kilomètres. Et maintenant, - elle a jeté un coup d’œil à Tora, - admettons qu’à la place du ballon ce serait un photon, le quantum de lumière, qui se déplacerait çà et là. – Sa voix a rehaussé dramatiquement. – La vitesse du photon est une valeur constante, une constante, bien sûr, dans un vacuum, mais peu importe en ce moment. Elle égale à peu près 299792, 458 mètres par seconde. Le fait qu’elle est constante est facilement prouvable de façon expérimentale – l’expérience de Michelson – Morley, par exemple, et des tas d’autres expériences. Il en résulte donc, - et là, son discours a ralenti de façon conspiratrice, - que dans un écranoplane en marche la vitesse de photon NE s’ajoute PAS à la vitesse du vol de l’écranoplane, - des notes de triomphe se faisaient entendre dans la voix de la fillette. La vitesse du photon ne peut s’ajouter à rien – elle est comme elle est – toujours la même. Alors, le photon aura besoin d’un certain temps pour, du point de vue d’un observateur sur la Terre, sur une très longue ligne diagonale (puisque l’écranoplane vole), se déplacer du bas en haut de l’aquarium. Et avec tout ça à l’intérieur de l’écranoplane – tout va comme d’habitude, comme quand il ne volait pas mais restait immobile sur place, car du point de vue de la physique, le mouvement régulier est complètement équivalent au repos. L’écranoplane vole par rapports à la Terre, et par rapports à un autre écranoplane volant à côté – il est au repos. Et c’est là, l’essence du paradoxe. Du point de vue de la personne volant dans l’écranoplane, le photon ne parcourt que trente centimètres - la distance du bas en haut de l’aquarium. Et pour la personne sur la Terre, le même photon parcourt une distance beaucoup plus grande puisque l’écranoplane est en vol. Mais la vitesse du photon est – TOUJOURS LA MEME ! – la brindille a été rejetée par terre. – Donc, le seul moyen de résoudre ce paradoxe est de faire quelque chose avec le temps, car dans la formule «  la distance égal la vitesse multiplié par le temps » seulement le temps peut être modifié, puisque la distance et le temps sont définis concrètement. De là, on a construit l’hypothèse que dans un cadre en mouvement le temps ralentit par rapports à celle où il bouge. Puis, vers le moment où l’écranoplane aura parcouru une certaine distance, il se passera plus de temps sur la Terre, que dans l’écranoplane même – exactement le temps qu’il faut au photon pour parcourir la ligne diagonale. Pour moi c’est clair, et pour toi ?

- Oui, tout est correct ? – l’autre fillette a hoché la tête avec autorité.

- Tout est ABOLUMENT clair pour toi ?- la fillette insistait en regardant Tora.

- Oui, tout. Quoique…

La fillette a regardé Tora avec étonnement.

- Ce n’est pas clair ? A quel moment ? – la brindille a été reprise dans sa main.

- Tu as dit : «  Le seul moyen de résoudre le paradoxe ». Je ne crois pas. Supposer le ralentissement du temps est seulement une explication des plusieurs possibles. On peut supposer, avec le même succès, que dans un référentiel en mouvement l’espace change de façon quelconque, et nous savons, d’ailleurs, qu’il change en réalité – il rétrécit du moins dans le sens du mouvement, et pas seulement, peut-être. Ou bien la notion même de la « vitesse »…

- Attends, - la fillette l’a interrompue, - nous savons exactement que le temps ralentit sans systèmes en mouvement. C’est facile à prouver de façon expérimentale dans les expériences avec les particules élémentaires dans des accélérateurs.

- C’est autre chose, car je parle des explications possibles. En outre, - Tora a placé sa main sur le genou de la fillette, - la particule dans un accélérateur SE MONTRE de façon comme si elle était plus jeune que celle qui ne se déplaçait pas dans le cercle. Mais ce qui se passe EN REALITE, nous ne le savons pas. Il ne faut pas confondre la notion « se montre de façon qu’on peut exprimer avec les mots « le temps a ralenti » et la notion «  le temps a ralenti ». La différence peut s’avérer aussi grande qu’on veut. Qui sait, peut-être, la théorie des cordes nous mènerait plus tôt ou plus tard à ce que nous reconsidérerons les notions du temps et de l’espace, comme ce qui est arrivé au début du vingtième siècle, quand Einstein a créé sa théorie, et puis à la fin du même siècle, lorsque les bases de la théorie des cordes ont été élaborées, et comme ensuite au milieu du siècle passé, vingt-cinquième, lorsque dans la théorie des cordes une percée fondamentale a eu lieu, basée sur les résultats des expériences menées dans les chaines de vortex de l’accélérateur.

- La théorie des cordes… - le gars avec la cicatrice a poussé un soupir, - nous ne l’aurons pas bientôt, il faut connaitre la topologie, comme la table de multiplication. Crémer a dit qu’il nous faudrait plus que trois ans pour arriver à la théorie des cordes.

- A vrai dire, je sais peu de choses aussi pour l’instant, mais c’est intéressant, je vais étudier.

- Tu aimes la physique ? – la fillette a regardé Tora avec un certain respect. – Moi, j’aime jouer avec les pieuvres, tu sais que les pieuvres savent parler ?

- ?

- Ils font des motifs différents apparaitre sur leur peau, ils peuvent faire ainsi des tableaux entiers. Ils sont intelligents. Et ils aiment jouer. Tu penses qu’on peut apprendre à se comprendre ? Et les dauphins, je les adore !

- Et moi, un dauphin m’a baisée ! – l’autre fillette a déclaré drôlement.

- Mais arrête, il ne t’a pas baisée, mytho, il a juste eu la trique et il se frottait contre toi.

- Et moi, je l’ai branlée…

- Mais tout le monde les branle ! – les gosses se sont mis à donner de petits coups et à chahuter.

- Les calmars peuvent changer les couleurs aussi, - la même fillette a continué, - mais ils ne jouent pas et leurs yeux sont étrangers, sans intérêt. Et les seiches – te regardent avec leurs yeux énormes, scintillent de tout leur corps et s’en vont. C’est seulement les pieuvres et les dauphins qui aiment jouer !

- Quel est ton prénom ? – Tora a attiré la fillette vers elle.

- Oméla. L’accent est sur le « o ». Je suis née à Lhas, ensuite nous avons déménagé à Koh Tao, et l’année dernière je suis arrivée ici.

- Tu es Tibétaine alors ?

- Ma chienne est Tibétaine, mais de qui elle m’a conçue, elle ne sait pas, et ce n’est pas intéressant, quelle différence ? Plutôt d’un gars népalais. Et c’est curieux – n’importe quel gars du village aurait pu me concevoir – elle est voluptueuse, comme moi !

- Voluptueuse comme toi ? – Tora a souri. – Et tu sais dire quelque chose en tibétain ? J’ai aussi vécu dans l’Himalaya, j’ai feuilleté des livres, écouté la langue tibétaine – ça sonne très beau, et on chante très beau lors des pujas.

- Bien sûr, je sais parler tibétain, et je sais lire un peu. Tu veux qu’on apprenne ensemble ?

- Oui je veux bien ! Je veux avec les pieuvres, et les dauphins, vous me montrerez ?

- Oui. Les pieuvres sont toujours au même endroit, chacun a son terrier dans les cailloux sous-marins.

- Vingt-trois ! – le petit gars aux jambes musclées a lâché tout à coup.

Les garçons ont réfléchi une seconde ou deux, concentrés, et puis l’un après l’autre, en se coupant la parole et essayant d’aller plus vite que les autres, ont jacassé : 2847564823.

Le début de la quatrième centaine ! – le même gosse a jappé.

Soudainement, Tora a été plus vite que les autres :

- 72458700660631558817. Tu aimes entrainer la mémoire ? – elle a souri. – Moi aussi. Je connais le chiffre « PI » jusqu’à huitième centaine… à peu près.

- J’apprends aussi « la comédie divine », je connais déjà les six premières chansons.

- Et moi « l’Iliade » !

- Et moi, je connais les surfaces de cinquante les plus grands iles de la Terre !

Tout le monde parlait à qui mieux, sur le point de sursauter, des petits tellement plein d’énergie, rigolos. Le gars avec la cicatrice s’est mis vraiment à sursauter et Tora a remarqué que sa queue était assez grande pour son âge. Oméla s’est oubliée à regarder aussi la queue et les couilles, sursautant joyeusement.

Tora s’est rappelée comment elle s’était réveillée la nuit à cause des cris de plaisir, et là elle a eu une forte envie de se faire baiser par un petit gars comme ça.

- Tu baises déjà ? – Tora l’a chopé par le derrière et l’a attiré vers elle. – Tu voudrais me baiser ? Tu veux la mettre ?

- Je veux ! Je veux ! – le gars a de nouveau commencé à sursauter d’impatience.

- Et moi ! Et moi ! – les deux autres gars l’ont serrée aussi.

- Je veux vous lécher tous, tripoter, et que vous me baisiez comme des lapins. Vous voulez être des lapins ?

- Oui ! Oui ! – les gars se sont mis à se battre en se poussant joyeusement.

- Je suis dans le cottage dix-sept, venez la nuit, je dormirai dans le hamac. Je veux que vous m’attrapiez dans le noir, endormie, faites-moi tomber du hamac sur le sol et violez un peu, d’accord ?

- On viendra.

- Amenez aussi des copains, tout le monde en aura assez.

Derrière il y a eu des pas et Tora s’et mise à côté du sentier, mais les pas ont ralenti et le passant s’est arrêté. En se retournant, Tora a vu un homme, assez adulte. Depuis que les perceptions illuminées sont devenues partie intégrante de la culture, et l’espérance de vie a triplé, il est devenu assez compliqué de deviner l’âge d’une personne selon son apparence, et souvent pas possible du tout, et surtout s’il s’agissait des gens faisant des voyages dans les PI et les mondes des consciences de façon professionnelle. Tora a supposé que l’homme approchait cent cinquante ans.

- Aujourd’hui on dépassera la soixantaine, certains auront dons une course à faire sur la plage. – il a prononcé avec un sourire, en s’adressant aux gamins.

- J’ai une question, - la fillette aux tresses a tiré le short de l’homme. – Je n’arrive pas à définir une perception illuminée. Hier j’ai mis toutes mes descriptions de cette PI dans un fichier, mais rien ne convient de la liste générale des PI.

- Ce n’est pas possible. Vas-y, -l’homme a sorti de sa poche un joystick à l’air étrange, Tora n’avait jamais vu de tels auparavant. En appuyant sur un bouton, il l’a tendu à la fillette, et cette dernière, après avoir trouvé rapidement son fichier, a ouvert sa projection holographique. Ayant parcouru le texte rapidement, l’homme l’a relu, en ouvrant le canal de la conférence en même temps.

- Les gars, qui veut discuter d’une PI ? Rejoignez-nous.

Une dizaine et demie de copies transparentes de gamins ont apparu et se sont préparées à écouter.

Ce n’est pas possible que ta PI ne soit pas dans la liste générale. Voyons, - il s’est adressé à tous. – Je vais lire la description à haute voix :

«  Je suis une petite fille de trois ans. Une journée d’automne, beaucoup de soleil, de grandes feuilles jaunes. Je suis toute en attente. Je regarde les feuilles et les sentiers. Je sais exactement que quelque chose va avoir lieu. Et chaque seconde je retiens mon souffle. Je suis très attirée par tout ça. Et il parait qu’il n’est plus possible de le vivre –supporter. L’approche du mystère, quelque chose de solennel, et quelque chose d’inévitable. La force puissante est devenue tout à coup visible, perceptible. Je la sens s’approcher. Je ne sais pas d’où – de dehors ou de l’intérieur, ou des deux en même temps. C’est une sensation d’attirance, lorsqu’on est très attiré, aspiré, je ne sais pas où. Il apparait une confusion, une sensation de douleur sourde, que j’ai besoin d’y aller, j’ai tellement envie. L’envie de faire quelque chose, d’aller quelque part, parler à quelqu’un de quelque chose d’important, Je ne sais pas quoi faire et comment – mais j’ai besoin d’y aller. Ça ressemble à un lion grandi dans un zoo. Il se met à flairer des odeurs nocturnes, arpenter la volière. Il ne sait pas ce que c’est que « la liberté », et il ne comprend pas ce qui lui arrive, où il est attiré si puissamment, d’où vient l’appel. Un désir inconnu, incompréhensible le saisit. Il y a une sensation de mystère et le détachement ».

C’est « l’appel » - un des garçons a dit et s’est déconnecté.

Mais j’ai pourtant lu les descriptions de « l’appel », ce n’est pas ça. Pour l’instant j’ai nommé cette PI par le mot « attirance », - la fillette insistait.

Bien, - l’homme a levé la main, - faisons ce qu’on peut faire, et on verra ce que cela donnera. On procédera par la méthode d’élimination, faisant attention à la nature des mots que tu as distingués comme résonnant avec « l’attirance » et as utilisés dans la description. Regarde – tant de mots désignant le mouvement : « faut y aller », etc. C’est clair que ce sont des images qui forment le sens, essentielles. Et là il est clair qu’on peut exclure tranquillement les secteurs de la Félicité, la Clarté, l’Existence, l’Unité.

Oui, - la fillette a acquiescé. – C’est clair que c’est le secteur de l’Aspiration.

Regarde encore une fois les descriptions de « l’appel », - l’homme l’a regardée, l’air expectatif.

La fillette a rapproché l’hologramme vers elle encore une fois, a déplié les descriptions. Une minute, puis une autre sont passées en silence.

- Mais non, c’est quand même « l’appel » - c’est plus perçant, plus profond que mon « aspiration ».

Ce sont des caractéristiques, - plusieurs voix ont intervenu. - Une PI peut-être plus ou moins perçante, profonde, englobante, mais ça reste toujours la même perception, pas une autre.

Maintenant, - encore une minute est passé en silence, et encore plusieurs garçons se sont déconnectés.

Ça ne les intéresse pas ? – Tora a demandé l’homme en murmurant.

C’est plutôt que c’est devenu clair pour eux et ils ont compris qu’elle va comprendre elle aussi, ils…

Oui, - la fillette avait l’air confiant et joyeux, content, maintenant. – C’est « l’appel ». Ce qui m’a détourné c’est que d’autres PI s’y mêlaient, j’aurais dû les séparer.

On y va. – L’homme a fermé l’hologramme en clôturant ainsi la conférence.

En se levant de leurs places et en poussant de petits hurlements, tous les cinq se sont enfuis sur le sentier, et Tora s’est sentie trop immobile en comparaison avec eux. Pourtant, l’homme l’a intéressée.

Soixante, c’est, apparemment, la profondeur, et ceux qui auront les signes de la maladie de décompression, feront la course ? – Tora a suggéré, en revenant à la phrase qu’il avait prononcé.

Oui, pour que l’excès de l’azote parte des tissus, il est judicieux de bouger activement. On a déjà commencé à apprendre le souffle fractionné avec l’expiration fragmentée, mais malgré ça les garçons arrivent avec le vertige et les nausées parfois. C’est rien, ils apprendront à expirer en fractionnant l’expiration en seize vingt fois, ils se sentiront plus en confiance. Là le plus important c’est d’apprendre à sentir le bon milieu : peu d’oxygène – mauvais approvisionnement du cerveau – la connaissance commencera à partir. Beaucoup d’oxygène – beaucoup d’azote associé, c’est élémentaire tout ça, beaucoup dépend de l’acclimatation et PI – une fois arrivés à soixante, on commencera à pratiquer les PI ininterrompues à la profondeur – avec de vives PI les bulles d’azote, même si elles se forment, elles seraient de taille microscopique, les vaisseaux sanguins ne se bouchent pas… et oui, je me suis emporté, - l’homme a ri. – Grosso modo, certains d’entre eux devront bouger pas mal aujourd’hui.

Je garantie, que cette nuit une dizaine de ces petits gars bougeront très activement, - Tora a rigolé. – Ca m’excite d’imaginer que ces frétillons vont me baiser comme des lapins. Tu leur apprends la plongée ?

Pas seulement. Je leur apprends tout petit à petit. Je me spécialise dans la physique, les maths, l’histoire, la médecine. Naturellement, si quelqu’un vient vers moi avec une question sur la chimie organique et les pratiques formelles, il ne partira pas sans explications.

Et moi, la semaine dernière… d’ailleurs, je m’appelle Tora, je fais partie du huitième groupe des historiens concrets, hier je suis arrivée ici pour participer à une expérience. Tu en sais quelque chose ?

Crémer. Reinhard Crémer. – L’homme a souri, - Il se passe beaucoup d’expériences ici. On peut tout rencontrer ici. Donc, la semaine dernière ?

J’ai regardé comment les écoles étaient organisées il y a cinq cents ans. C’est difficile de croire que de telles choses existaient !

Hein… la vie était telle que beaucoup de choses sont difficiles à croire, - Crémer a admis. – Et pas seulement cinq cents ans en arrière, il suffit d’en enlever cent cinquante, pour s’étonner à son gré.

Les enfants ont été forcés d’aller à l’école comme du bétail, - Tora a continué. – Forcé ! Ils ont été forcé d’apprendre tout et n’importe quoi – si ça plaisait ou pas… Tes gosses parcourent l’ile et là, où ils se ressemblent, est la classe d’études. Ce qui qu’ils voudront apprendre – cela constitue « le programme d’études ». S’ils ont envie de se mettre sur leurs têtes ou baiser en même temps, ou scruter le ciel tout simplement, ou jouer aux échecs en parallèle, ce sera « la bonne méthode d’apprentissage ». C’est naturel alors qu’ils sont passionnés par les études, les recherches, et leur passion augmente tous les jours, et finalement, devient partie intégrante de la vie, comme le sommeil, les PI, le sex, la nourriture. Il faut y arriver quand même, à forcer d’apprendre ! – Tora semblait avoir du mal à s’habituer aux telles « perles » du passé. Force quelqu’un de baiser et attends qu’il devienne voluptueux, tendre et sensuel. Force-le de courir et nager et attends de lui qu’il devienne dynamique, qu’il fasse du sport avec plaisir et anticipation. C’est complètement crétin ! – Tora a tapé ses cuisses, et a rigolé d’elle-même. – Le plus important c’est qu’ils voyaient génération après génération, comment les enfants sortaient bêtes et meurtris des écoles, qui ne voulaient plus jamais rien apprendre dans leur vie. Enragés, aspirant au contentement et l’oubli. En effet, ils devaient tous vouloir mourir constamment ! C’est curieux – s’en rendaient-ils compte ? Ça m’étonnerait… Bien sûr, ils ne voulaient que l’oubli, « le vrai repos », parce que pendant le repos ordinaire ils se fatiguaient encore plus. La bière, la bouffe, la télé, le quotidien, les tentatives désespérées de se forcer d’avoir les émotions positives, les mêmes querelles, les émotions négatives. Mais c’était quoi alors – « le vrai repos », pendant lequel tout et tous s’oublient ? « Se piquer et oublier » - c’était la limite de leurs rêves. C’était peut-être pour ça qu’ils mourraient tôt ? Si on veut l’oubli aussi fort et souvent, en s’empoisonnant avec des émotions négatives, la mort alors est naturellement « la lumière au bout du tunnel ». Et plus la personne vieillissait à cause de sa stupidité, la grisaille et les EN, des contradictions entre la vie et ses concepts innombrables, le plus insupportable était la vie pour elle. Incroyable – comment pouvaient-ils vivre ainsi ? Non, je ne le comprendrai jamais.

Tora s’est tue, et pendant une minute ils restaient tout simplement l’un à côté de l’autre.

Le brouillard empoisonné, qui a envahi Tora lorsqu’elle a essayé de s’imaginer dans la peau d’une personne ordinaire du 20ième siècle, se dissipait progressivement.

Je pense qu’ils ne pouvaient pas imaginer autre chose, et ne voulaient pas l’imaginer non plus. – Crémer a dit. – Ils étaient certains que l’homme était comme ça selon sa nature – stupide, mou, ennuyeux. Ils croyaient que si on ne le forçait pas de faire les études, il ne voudrait jamais lui-même. Et là, ils avaient quelque part raison – en effet, si depuis la naissance on force la personne de la manière généralement admise chez eux, en effet, celle-là ne voudrait plus rien. Il n’y aurait plus personne pour vouloir – plus personne de vivant. C’était des cadavres qui sortaient des écoles et des instituts. Sans désirs joyeux, sans la capacité de sentir la sensation de mystère, d’anticipation, de créativité.

Tora s’est secouée avec tout son corps, comme un chien.

Tu as quel âge ? Cent cinquante ?

Cent trente-deux. Et toi ?

Vingt-cinq. Tu fais quoi d’autre, à part d’apprendre aux gamins ?

Rien, en gros. L’auto apprentissage, bien sûr.

C’est-à-dire, rien ?

Rien. Il y a quarante ans j’ai arrêté de participer aux recherches. « Les plongées » sont difficiles pour moi – peut-être, parce que ces voyages ne me passionnent pas trop ; j’aime m’amuser avec les gosses. Je leur apprends… j’apprends moi-même aussi ce qui m’intéresse – je lis beaucoup, y compris les conférences des historiens concrets, d’ailleurs, que j’essaie de ne pas rater, mais je ne comprends pas bien les détails, je préfère suivre les actualités adaptées, pour rester au courant. Ce groupe – vingt gamins – sont venus ici il y a un an. Ils ont terminé l’école des « chiots » et sont entrés à l’école des « hérissons »…

Hein, ils sont donc des « hérissons » … - Tora a murmuré, - des gamins cool…de petits frétillons…

Ils ont été trouvés dans des endroits différents, et amenés par ici. Et là ils feront leurs études pendant un an ou deux, cinq ans au maximum, c’est les autres qui le décident. Je ne sais pas pourquoi certains sont amenés ici et d’autres sont emmenés pour être mis dans d’autres écoles. J’aime m’amuser avec eux et donc je m’occupe de ça. J’aime leur donner tout ce que j’ ai –mes connaissances, mes passions, mes savoir-faire. J’aime leur transmettre mon enthousiasme, les captiver. J’aime éprouver de la dévotion à leur égard. Ils prendront ce qu’ils voudront et pourront, et ils poursuivront leur chemin. Je me réjouis en les imaginant réaliser leurs désirs, devenir explorateurs, voyageurs, peut-être quelqu’un deviendra commandos, et d’autres partiront dans des instituts, certains s’amuseront avec d’autres petits. Ils éprouveront l’anticipation et l’aspiration.

Et tu n’es pas triste de devoir te séparer d’eux ?

Triste ?? – Crémer a rigolé. – Tu as une image étrange de ceux qui optent pour ne pas être à la première ligne de la science et la pratique. Non, bien que je ne sois pas commandos, ni même « diver », je ne suis pas dinosaure non plus. J’aime éprouver de la dévotion. Les petits hérissons sont mon facteur illuminé. Lorsque du matin au soir je leur donne mon temps, pour moi c’est la pratique de la dévotion, en plus. Cela fait quarante ans que je le fais. Peut-être demain je me réveillerai et sentirai que je suis attiré par d’autres domaines d’activité. Peut-être j’irai nettoyer l’Antarctide de détritus, ou bien j’irai sur la Lune construire l’usine minière, mais cela fait quarante ans déjà que je me couche et je me réveille avec la joie, la dévotion et l’anticipation d’aller m’amuser avec des petits hérissons. Peut-être je vivrai comme ça encore quarante ans. Je ne sais pas. Ma vie est pleine à ras bord en ce moment. Je ne suis pas expert en dévotion, je suis amateur. Mais un grand amateur ! – il a éclaté de rire de nouveau et s’est agenouillé pour dégourdir le dos. Les muscles ont roulé sous sa peau de manière souple et synchronisée.

Ça me passe par la tête que je n’ai jamais baisé avec un homme de ton âge, - Tora a dit, l’air réfléchi. – Et pas parce que cela ne m’excite pas, mais à cause du concept que cent cinquante ans – c’est légèrement trop… Si tu as envie de moi, viens, les petits gars te montreront la route, OK ?

D’accord. - Crémer a scruté le corps de Tora, en retardant le regard sur de gros mamelons, le ventre, le cul, mais il n’a rien dit. En bondissant énergiquement sur ses jambes, il a secoué ses genoux. – Viens à nous cours. Beaucoup de monde vient, je sais que tu n’apprendras rien de fondamentalement différent à nos cours, mais tu auras du plaisir intellectuel, par exemple, à résoudre un beau problème de la physique quantique, ça c’est certain.

D’ailleurs, comment tes gamins apprennent à gérer le plaisir pour faire cicatriser leurs blessures ? Quelle sorte de plaisir vous utilisez ? Par quoi vous commencez ?

N’importe quel ira. Le plus simple – les garçons se mettent sur les filles – les queues dans les bouches, en léchant leurs chattes. Bien que le plaisir sexuel ne soit pas toujours à portée de main, car ce n’est pas tout le temps qu’on a envie de faire l’amour, on leur apprend donc à utiliser le plaisir intellectuel, et le plaisir direct dans le cœur – là, ceux qui ont plus de facilité avec des PI, sont à l’avantage. Ce qui réjouit c’est le fait que les nouveaux enfants ont plus de facilité avec ça que les gens de ma génération. – Crémer a jeté un coup d’œil derrière le dos à Tora, soit en tapotant, soit en caressant son épaule, il s’est retourné et a couru sur le sentier avec des pas légers, presque impondérables.

« Un frétillon aussi », Tora a pensé avec un sourire, tout à coup elle a senti quelqu’un derrière son dos. En se retournant brusquement, elle s’est retrouvée nez à nez avec …. Fossa ! Cette dernière a fait un pas pour se rapprocher encore plus, a fermement pris Tora par l’épaule, et l’a entrainée avec elle hors du sentier. Tora voulait demander quelque chose, mais Fossa a posé une question, en l’interrompant, la question qui a extrêmement stupéfié Tora : « Maintenant, je veux savoir – tu es de quel côté ».

 



<< en arrière en avant >>