« Maya »

Volume 2: « L'origine des especes »

Chapitre 15


L’écranoplane léger, à quatre places, glissait doucement au-dessus des nuages irréguliers, tout le salon était illuminé avec la lumière douce du soleil. Le fuselage transparent protégeait de la radiation, et la tâche matte se déplaçait automatiquement en suivant le soleil, pour diminuer la brillance aveuglante de ses rayons. Le reste – le sol, les murs, le plafond – tout était transparent, on pouvait se sentir comme un oiseau prompt. Le vol de Djomsom à Sipadan prendrait deux heures. Elle aurait pu, bien sûr, prendre « un dauphin » aérien régulier ordinaire, qui aurait percé l’espace avec une vitesse incroyable pour l’époque, où les écranoplanes ont été créés, – quinze-vingt minutes, mais Tora voulait prendre son temps pour scruter le ciel, la terre, les nuages, et revivre la conversation de la veille. Pourtant, les pensées se sont mises à sauter chaotiquement, et Tora ne l’a pas empêché, car elle sentait que ce n’était pas un dialogue intérieur chaotique et parasite, mais plutôt un moyen de laisser à l’information obtenue se digérer, sans se mêler des impressions de la veille avec sa logique, jusqu’à un moment donné.

Et oui, elle aurait pu voler dans « le dauphin » … au début, il semblait que les écranoplanes achevaient la ligne évolutive du développement de l’aviation – ils étaient assez rapides, exclusivement sûrs, et le Comité de la rationalisation du progrès technique avait clos ce projet. A l’époque beaucoup de choses se clôturaient… nous n’avons pas le temps d’attendre demain, je veux donc expliquer brièvement ce qui se passe ici… comment cela avait été avant ? Des millions, des milliards de gens avaient été impliqué dans la course insensée, infinie et désespérée du perfectionnement de tout, ce qui existait. Prenons par exemple, la cuvette ou la machine à laver. Au vingt-unième siècle déjà, même pas… au vingtième, des machines qui lavaient le linge avaient été inventées. Quoi pourraient-elles faire d’autre à part de laver ? Elles lavaient donc. Et elles le faisaient bien, d’ailleurs. Et les cuvettes, ne faisaient-elles pas bien les choses ? Si, et le caca partait bien dans la canalisation. Et les fers à repasser repassaient. Et les bouilloires chauffaient l’eau. Et les mélangeurs mélangeaient, et les téléphones téléphonaient. Pourtant les gens avaient été fous à l’époque… les changements sont rapides, tout se passe plus rapidement qu’on ne peut le comprendre ou, du moins, systématiser. Nous mènerons, bien sûr, des conférences, et que les scientifiques étudient, mais nous ne sommes pas scientifiques, nous sommes divers, et nous sommes immanquablement attirés par la sensation de mystère, l’appel, l’anticipation, nous ne voulons alors pas attendre les conclusions des scientifiques, nous voulons agir – maintenant, vite, sans reporter, sans assurance… et ils construisaient des usines encore et encore, des millions de techniciens, d’ingénieurs, d’ordinateurs, de machines, de managers, d’entreprises commerciales… des armées entières, un colosse gigantesque bougeait avec le seul but de sortir encore un modèle de fer à repasser. A quoi bon ??? Pourquoi ? Si ma machine à laver se trouve dans le coin, elle lave et lavera pendant encore 20 ans, et quand elle tombera en penne, je presserai un bouton et deux heures plus tard j’en aurai une nouvelle, à quoi bon alors dépenser des millions d’heures humaines pour créer une nouvelle, qui serait, admettons, dix centimètres plus fine que l’ancienne ? C’est quoi, des centimètres qu’on manquait ? Non. C’était autre chose qui manquait… ce matin encore un évènement a eu lieu, qui, d’un côté, est absolument inexplicable, et de l’autre – se place bien dans l’enchaînement de ces événements incroyables qui se sont écroulés sur nous. Tu n’as pas vu une petite fille ici, Lou ? Pas encore ? Elle habite le village, mais parfois elle vient ici, soit toute seule, soit avec des copines, mais plus souvent toute seule. Elle court par ici avec ses cabots, se fait caresser et caresse qui elle veut, parfois elle reste assise à écouter nos discussions, parfois elle roupille. Aujourd’hui Pourna, Max est d’autres sont venus chez nous – ils nettoient le camp de base du nord de l’Annapurna, ils ont raconté ce qui est arrivé à Lou… par exemple, il leur manquait de la nourriture, de l’ordre élémentaire, et quelque part en Afrique, mes milliers, même pas, des millions d’enfants et d’adultes mourraient de la famine et du génocide, et tout « le monde civilisée » s’efforçait de toutes ses forces de créer de nouveaux fers à repasser et des cuvettes. Mais voilà qu’on en a repassé assez… Ensuite, après la troisième guerre mondiale, on a réfléchi, mais il y avait pas assez de temps, ni d’envie de faire une décision claire et concluante, et là la Grande Guerre Enfantine a éclaté… et là on a compris, enfin, que c’était fantastiquement stupide et insensé de dépenser des ressources humaines et financières aussi grandioses pour qu’un téléphone portable devienne plus fin en un millimètre, et une voiture –plus luxueuse qu’avant. Et en fait, il n’y avait plus de choix déjà, - il ne restait plus personne pour soutenir cette machine qui tournait à vide, il restait du monde … une goutte d’eau dans l’océan… avec des techniciens et scientifiques progressifs on a formé le Comité de de la rationalisation du progrès technique – CRPT, on s’est concentré sur ce qui était vraiment indispensable et on s’est mis à retourner vers la nature… euh, certains étaient ironiques – en disant, pas vers la nature, mais dans les cavernes, sur des arbres, messieurs, mais l’avenir – ce qui est le présent aujourd’hui – a prouvé que le sens de la vie a été trouvé pas dans les cuvettes quand même, ni les manteaux en fourrure, ni les voitures de luxe, pas dans de nouveaux fers à repasser, mais dans le retour vers ce, à côté du quoi on a passé en courant, saisis par la haine, l’avarice, les réflexes de préhension maniaques, les émotions négatives et les concepts… et ce qui est incroyable – comment a-t-elle réussi ? Sans aucun entrainement, sans être commandos, ou du moins, diver expérimentéça doit être inné, intuitif, comme ça, elle a accompli une pénétration, et en plus d’une qualité aussi pure ! Je crois, oui, je suis presque sûr que cette une fille est exceptionnellement douée, elle arrive facilement à des perceptions illuminées extatiques, elle pénètre facilement dans des cailloux, des arbres, mais , apparemment, de manière assez superficielle, et là quand elle s’est trouvée face à face avec ce tigre … si elle avait eu peur, rien ne se serait passé, mais elle a explosé, littéralement de tendresse, d’extase, de dévouement, jusqu’à ce que, vu ses descriptions, perdre la capacité de bouger pour un moment… - le critère typique des PI extatiques, d’où tient-elle ça ? … et lorsque, au lieu d’inventer les moyens de vernir des égratignures sur des carrosseries de luxe, les gens se sont mis à faire des recherches indispensables, ils ont compris, entre autres, le mystère du déplacement des dauphins, car c’est à tomber par terre – ils ne bougent presque pas les nageoires, presque ne bougent pas tout court, cependant ils se déplacent avec une telle vitesse, qu’un bateau avec un moteur puissant ne les rattrape. En même temps, on a compris encore un autre mystère de l’eau – l’eau en général s’est avérée un tel être… probablement, l’un des êtres les plus mystérieux connu à présent… je veux très fort explorer ce museau, je veux tellement éprouver de la pénétration à son égard… et sur le même principe on a décidé de construire « les dauphins », puisque on gagnait en vitesse de manière colossale, en laissant les écranoplanes aussi, ils sont très pratique pour des vols courts… et oui, mes enfants… la conversation avec Mingues a pris une tournure inattendue. Le récit sur la rencontre de Lou avec le tigre était si bizarre, il était difficile à croire… et Chok a envoyé ceci… Tora a pris une petite plaquette entre ses mains – les derniers travaux d’Iène à l’école de chiots. C’était écrit maladroitement, de façon enfantine, néanmoins… Iène – un petit garçon, et presque comme Lou – il doit avoir cinq ans, il est à l’école depuis un an et demi.

« L’unité. L’unité – quand je veux le décrire, il y a une image du soleil levant au-dessus de l’océan – l’océan et le ciel, avant le lever du soleil, était séparés par un horizon doux, puis le soleil s’est levé, les rayons se sont mis à sauter, en remplissant tout avec une lumière vive et dorée – et les frontières ont disparu tout à coup, je voulais les trouver et je n’y arrivais pas, je ne parvenais pas à discerner – où était le ciel, et où l’océan – la lumière du soleil a tout inondé, j’ai eu envie de rigoler, une telle joie que tout ça existait – le soleil, et l’océan, et les tortues, et les barracudas, des museaux différents. Comme si quelque chose me poussait en avant, pas possible de tenir sur place, l’envie de courir à toute vitesse. Comme une explosion, pas de doutes, pas de passé et rien ne retient. Ensuite, le monde a disparu, l’explosion a rempli tout, la lumière dorée, juste la joie, l’extase – comme eux tous étaient petits, et moi – grand, je les prends dans mes bras, en leur donnant la force.

L’unité avec les museaux de la Terre – lorsqu’ils existent, je me joins à eux, comme si je me versais en eux – comme quand je pisse, le jet se joint à l’océan, je pénètre dans les arbres, le sable, les rayons de soleil et je fonds. Et lorsqu’il y a l’unité avec les gens, nous sommes comme une entité, une égalité ».

Mingues avait raison, quelque chose se passait. Je voulais voir Iène… le peloter, regarder son petit corps, dans ses yeux, le lécher tout entier. Donc – il souhaite que j’étudie l’histoire des guerres anciennes, pour que cela ne se reproduise pas. Non, bien sûr que cela ne peut pas se reproduire de la même manière, mais nous ne pouvons pas permettre même une minime pression. Premièrement, des enfants, comme on n’avait pas vu avant, ont apparu. C’est plutôt que l’ambiance porte son influence depuis déjà cent ans – les divers et les commandos, les chiens-loups et d’autres – c’est la première ligne, ce sont les gens qui ont consacré toute leur vie à l’atteinte des PI, à l’exploration des mondes qui s’ouvrent avec ça, mais même si on prend Pourna, Max et d’autres gars, c’est pourtant le niveau moyen de l’humanité d’aujourd’hui, à quel point l’abysse est énorme entre eux et les gens qui ont vécu avant, en train de cuire dans le bouillie empoisonné des émotions négatives, de la sexualité réprimée, de la cupidité, de la grisaille et la stupidité… Deuxièmement, une idée folle, Tora a du faire des efforts pour la prendre au sérieux… mais non, même maintenant elle n’arrive pas à la digérer. Mingues, apparemment, a du mal aussi – c’est pourquoi il est indispensable d’étudier cette guerre, pour ne pas se retrouver dans la situation de ces adultes qui, étant trop contents d’eux-mêmes, ne pouvaient pas comprendre qu’une force murissait qui allait les effacer de la surface de la terre. Nous ne devons pas les soumettre, ils ne doivent pas nous déclarer la guerre, nous devons tous ensemble… non, il n’y a pas moyen de s’y habituer… il faut le faire. Il faut examiner tous les faits de façon réfléchie et là, probablement, on pourrait confirmer scientifiquement – les museaux de la Terre ne sont pas êtres vivants abstraits, ils ne possèdent pas tout simplement une conscience dont l’existence est globalement admise depuis assez longtemps. Tout est allé beaucoup plus loin. Les museaux de la Terre essayent de nous contacter. Les premiers. Ce n’est pas nous, mais eux sont à l’initiative, pourtant nous paraissons, peut-être, aussi lointains et inaccessibles pour eux, comme eux ils nous paraissent. Les animaux sont au premier plan du contact des museaux de la Terre et l’homme, et on sait pourquoi – ils sont les plus proches de nous. Intégrer les perceptions d’un caillou – c’est possible, Tora l’a déjà fait. Intégrer les perceptions d’un ruisseau – possible, les nuages, les montagnes – possible. Mais avec ça le lien amical ne se forme pas, un chaos dansant des perceptions apparait, mais le monde ne se focalise pas en une position stable et définie – nous sommes trop différents, en tout cas, pour l’instant, nous n’avons pas trouvé de chemin direct les uns vers les autres, et à travers les animaux notre lien peut être établi beaucoup plus facilement, plus naturellement. Car les dauphins ont aidé le groupe de Chok ! Sans aucun doute. Et le tigre – est venu voir Lou. Sans aucun doute. A qui d’autre aurait-il pu venir si ce n’était pas à une poupée comme ça… Le tigre… c’est quand même bouleversant… j’ai diablement envie de peloter un tigre ! Courir avec lui partout, jouer, se vautrer, rugir, voyager dans des rêves conscients, dans des mondes différents, là où on pourrait se débarrasser de la forme sous laquelle on existe ici, s’apprendre mutuellement tant de choses ! C’est à se noyer dans le bonheur – tant de choses à s’approprier, éprouver, si on touchait à leurs perceptions, à leur monde ! Lou dit que le tigre léchait tout son visage, et avec chaque son rugissement, mordillement, toucher de la langue, des pattes, des poiles, tout à l’intérieur d’elle explosait de plaisir. Et moi je veux aussi ! Mais, au tigre, je vais y arriver après, maintenant – c’est les dauphins. Les dauphins qui ont contacté Chok, bientôt, très bientôt, je les verrai, je leur proposerai d’échanger les perceptions, la pénétration les uns dans les autres… peut-être j’éprouverai la même chose que Lou, lorsque, au bout de la sympathie et la joyeuseté elle a été emportée là, où d’un côté, elle a perdu la conscience extérieure, et de l’autre – elle a pu atteindre le tigre de très près, et à travers lui – quelque chose d’inconcevable… les récits de Lou sont trop confus, avec beaucoup de vides, seulement des fragments, elle a si peu d’expérience de la distinction des perceptions, j’y arriverais peut-être… pour l’instant je ne peux pas le prouver, Tora, je ne peux même pas l’expliquer assez, mais il y a une hypothèse, que devant nous tous – les gens, les animaux, les plantes, les montagnes, les ruisseaux – tous les museaux de la Terre, des perspectives s’ouvrent, des perspectives très intéressantes… un nouveau pas révolutionnaire en avant, nous pourrons, peut-être, nous apprendre les uns aux autres les perceptions qui nous intéressent, coopérer, quoique ça puisse paraitre incroyable. Et la Terre même – en tant qu’une planète – c’est ce qui me passionne le plus… elle – comme si elle est derrière tous les museaux de la Terre, c’est elle qui leur donne tout et même plus, ce qu’ils ne peuvent pas prendre pour l’instant, et tous ensemble nous pénétrons les trésors de notre planète… Les vrais trésors – ce n’est pas comme gigoter avec un excavateur ou faire des trous en recherchant du pétrole – nous pénétreront vers de vrais trésors … nous la connaitrons en tant qu’un être vivant, qui nous donne des espaces infinis de sensations…lorsque j’y pense, je suis sur le point d’exploser de la soif d’activité, de l’anticipation…

Ou bien cet extrait là – Tora a feuilleté la plaquette – le même petit gars, sorti déjà de l’école de chiots à Sipadan, plus âgée, il a 7 ans :

« … c’est de l’extase ! Je ressens de l’extase – c’est incontestable, je ne peux pas le confondre avec quoi que ce soit – l’extase dans le cœur et la poitrine. Si je me concentre sur ces centres – la poitrine et le cœur, toutes les PI ne font qu’augmenter, s’aiguiser (50 secondes de l’extase), réagissant dans de différentes parties du corps avec de nouveaux ilots d’extase. Maintenant la phrase «  me battre pour les PI extatiques » se perçois comme le plus important, le plus réel, que j’ai dans ma vie, - me battre toujours pour l’extase extatique, le dévouement. Comme si tout s’est écroulé en un instant, et puis s’est ressuscité, rénové. A quel point c’est différent du contentement ! Et la tendresse a réapparu – la tendresse se manifeste de façon inattendue et douce – comme un papillon, voltigeant sur une fleur, comme un scarabée descendu sur l’épaule d’une fillette poupée. »

C’est justement pour ça que les premiers pratiquants se sont battus… il y a trois cents ans… tout ne faisait que commencer, ils croyaient vraiment que le temps, dont ils rêvaient, viendrait ?

 

Encore les notes de ce petit gars :

« Je ressens le dévouement pas à l’égard de celui qui pense qu’il a peu de mécontentements, et n’y fait rien juste parce que « tout n’est pas si mal », mais à l’égard de celui qui se rend compte qu’il a beaucoup de mécontentements et se bat avec. Même s’il a dix défaites pour un résultat positif – lé dévouement à son égard n’affaiblit pas, puisqu’il se bat, malgré le fait que c’est dur.

En plus, le dévouement s’accompagne par des frissons sur tout le corps, surtout dans les pattes arrière, sur toute la surface des pattes arrière des poussins joyeux courent. Il y a une sensation dans la zone du ventre et du nombril, comme si de petits courants d’eau glissaient en descendant, en petites bandelettes distinctes, si on concentre son attention sur elles, le dévouement augmente.

Le dévouement ruisselant qui descend de la zone du nombril et passent par les orteils. Le corps se remplit jusqu’aux bords, le dévouement devient vite expansif, le corps se tend, et se met à vibrer. La vibration n’est pas forte au début, ça ressemble à du léger bourdonnement, doux et fin. Ensuite, la tendresse apparait distinctivement et la vibration augmente pendant une seconde, peut-être deux, il apparait l’anticipation d’une explosion, et une fois ce moment crucial arrivé, une explosion dans le corps de produit. Elles peuvent être différentes ces explosions – dans la zone de la poitrine, ou dans tout le corps. L’explosion dans la poitrine est plus forte que celle dans le corps entier, il se passe quelque chose ressemblant à un craquement, une brisure. Avant une telle brisure il arrive toujours un état de calme, mais l’intensité des PI ne diminue pas, il y en a de tellement extraordinaires, comme… je ne sais pas comment dire… les pattes de sapins vacillant légèrement sous la neige lourde, mais je n’ai jamais vu de pattes de sapins, ni de neige ! J’ai juste vu dans le stéréoviseur, mais à ces moments-là je sais ce que c’est que les pattes de sapins sous la neige… non, pas vrai – je sais – comment c’est – être les pattes de sapins, être la neige dessus, - les pattes bougent légèrement dans le vent, je sais comment c’est – d’être le vent, la neige croustille doucement. Mais ensuite la brisure a lieu, et les PI changent leurs qualités, et une nouvelle PI apparait, que je ne peux pas définir exactement maintenant, mais je dirais plutôt « la placidité» - caressante, ruisselante, il apparait la sensation d’expansion, de plénitude. Et lorsqu’il y a l’explosion dans tout le corps, elle est plus douce que la brisure dans tout le corps. L’expansion des frontières. Lorsque l’expansion se passe, un espace se forme, qui se remplit aussi avec des PI. J’aime beaucoup ressentir que moi –c’est moi, et en même temps je suis les pattes de sapins, la neige qui croustille, le vent… il me manque des mots, je veux apprendre de nouveaux mots, mais on me dit que je devrai les créer moi-même, je le veux ! »

Ce petit gars est aussi un maillon de la même chaine. Un tigre vient vers Lou pour lui donner la chance de toucher au monde qu’elle porte en elle, plus que ça – au monde, vers lequel il est conducteur, les dauphins viennent vers Chok pour l’aider à parvenir aux premiers dragonneaux, et celui…. comment s’appelle-il… - Tora a tourné la page – Tick arrive à avoir la sensation de la pénétration des arbres, qu’il n’a jamais vus en réalité, et le vent avec la neige – quelle neige au Bornéo ! – et pourtant la neige vient vers lui… et oui, peut-être est-ce le début ? Le début du nouveau tour de l’évolution ? Un voyage éternel…. eux- trois cents ans en arrière – ils pensaient qu’ils avaient été au tout début du voyage, ils étaient les premiers, qui avaient tout commencé, et voilà –trois cents ans se sont écoulés, et nous sommes de nouveau au tout début – toujours au tout début, et le plus intense, ardent et sincère c’est, plus tu es au tout début, le sentiment de printemps éternel, la sensation de voyage infini – à chaque instant, on se noie dedans, la vie est tellement pleine que c’est pas possible. Inconcevable – tout ça aurait pu ne pas arriver, tout aurait pu finir dans une flaque de haine nauséabonde !

J’en veux encore, je veux lire plus de leurs rapports, leurs premières recherches, les premiers pousses : c’était il y trois cents ans, mais c’est tellement proche – cette sincérité, la détermination, et cela fait un écho formidable aux notes de ceux qui, il y a cent ans, étaient confrontés à la disparition absolue – par endroits mêmes les paroles qu’ils ont employés sont presque les mêmes !

«  Quand je regarde des visages des gens, je ressens un fort désespoir et la détermination, le désir d’y arriver. Ce qui m’entoure, on ne peut pas l’appeler ni « les visages », ni « les gens », ni d’autant plus, « les personnes », qu’ils ont envie de se prendre pour – ce sont des cadavres se déplaçant lentement et mollement, tout ce qu’ils possèdent c’est la haine, la veulerie, la jalousie, le sentiment de la supériorité, la malveillance et le désir du contentement. Quand je marche dans la rue, je n’ai pas envie de regarder des côtés, le dégout et l’aversion de ces états cadavériques qu’ « ils » prennent pour  l’expression de leur personnalité, leur partie intégrante. A chaque fois que je vois tout ça et que j’élimine les EN de façon impeccable, l’appel et l’anticipation du combat augmentent. L’élimination d’un minime éclat d’EN est accompagnée par les pensées « c’est encore un pas, encore une victoire », lorsque les EN ne sont pas éliminées complètement, j’incite la pensée « j’ai fait un effort, j’ai subi un échec, mais l’échec est aussi un pas en avant – l’effort a eu lieu, la position de l’intransigeance à l’égard des contentements se forme ». Le désir d’y arriver résonne avec l’image d’une panthère sauvage, filant à toute vitesse à travers une forêt sombre et épaisse – cet être s’efforce désespérément de passer, d’arriver au but, pas de temps pour se détendre, ni pour faire une pause – il faut y arriver par tous les moyens. Les pattes puissantes, le petit corps souple, les yeux brillants et le rugissement assourdissant – pas de place pour la détente, ni pour le contentement et la pitié, pas de temps pour s’arrêter. Lorsque tout est inondé par le désespoir dans cet endroit, la lucidité, comme quoi les émotions négatives sont du poison corrosif, devient perçante, insupportable, on a envie de se jeter au combat pour déchirer les mécontentements, arriver aux PI et la liberté.

Je suis sûre que je me battrai toujours pour les PI extatiques, et je veux continuer à cultiver cette certitude en moi, parce qu’elle résonne avec la sensation de mystère, le dévouement, la joie, la tendresse, l’abnégation, l’appel, la détermination – toutes les PI connues se réveillent, l’état de la fraicheur résonne avec l’image de la terre ameublie qui sent bon. La fraicheur est l’océan, que je n’ai jamais vu, c’est un ruisseau de montagne, que je n’ai jamais vu, c’est des branches folâtrées des bouleaux humides, que je n’aurais jamais vues vraiment si je n’avais pas appris que la voie vers PI extatiques est possible. J’aurais continué à marcher dans les rues, dans la forêt, au bord de l’océan sans comprendre – pourquoi il n’y avait RIEN quand je regardais les endroits aussi beaux ? Pourquoi il n’y avait RIEN à part de la pitié, l’apathie et la désolation ? Je n’aurais jamais vu le ruisseau, ni les branches, ni les feuilles, ni la petite flaque au milieu des aiguilles de pin tombées.

Le retour est impossible, il n’est même pas comparable à la mort, la mort c’est l’inconnu, je ne sais pas ce que c’est la mort, ce mot ne me dit rien. Je vois ce qui m’entoure, je vois ce que je suis principalement en ce moment – un ensemble, composé du mensonge, de l’insincérité, de la veulerie, du contentement, de la peur, du sentiment de mon infériorité, tout ça est bien emballé dans un bel emballage – mais je ne veux plus être cet ensemble, ce n’est plus possible, je sais que j’ai une énorme quantité de mécontentements mais je ne céderai pas.

L’extase et le désespoir, la détermination extatique, je sais maintenant ce que c’est que la détermination extatique, je la ressens en ce moment, et le désir d’y arriver – comme un ouragan, comme un oiseau, fendant l’air aisément et inexorablement, comme un arbre à la peau rugueuse et sinueuse – tout est en ce moment – la détermination extatique et le dévouement.

La sensation de douleur et pression dans la poitrine – la sensation de l’enfoncement, du creux dans la poitrine au milieu. C’est dur de respirer, la sensation de brûlure sous l’omoplate gauche et les frissons sur tout le dos, ça brule dans les coins des yeux aussi – le corps vibre de l’envie d’y arriver, de l’envie de se battre sans jamais s’arrêter. La tendresse a apparu, le dévouement doux, la gratitude, la sensation de beauté et la fraicheur. La fraicheur après la détermination extatique, le dévouement et la tendresse. Je n’ai jamais pensé que de telles perceptions soient possibles, qu’on puisse rester assise comme ça sur une chaise, et éprouver ce que j’éprouve en ce moment. Nous ne céderons pas, j’en suis sûre –la guerre aboutira à la victoire, la liberté de l’esclavage dans lequel les gens vivent aujourd’hui ».

A côté, deux gars, ayant parlé doucement, ont commencé d’abord à se branler l’un l’autre, puis sucer, et là ils étaient en train de baiser. Tora prenait plaisir à regarder leurs corps bronzés et sveltes. Celui, blond et plus petit, était allongé sur le dos, le short baissé, les pattes relevées, et l’autre était assis entre ses jambes et le baisait doucement. Ce qui excitait le plus c’était qu’ils n’étaient pas déshabillés, mais avaient juste baissé leurs shorts et slips. Ce n’était pas facile de détourner le regard de la queue qui glissait doucement dans le derrière – Tora s’est approchée un peu et à chaque fois que la queue entrait dans le popo, un plaisir serrant apparaissait dans la gorge, et lorsqu’elle sortait – dans la poitrine. Parfois il enlevait la queue complètement pour titiller le petit trou avec sa petite tête, ensuite il la remettait, et ce qui excitait très fort c’était la manière dont la tête glissait dedans, lentement, avec un petit effort. Il serrait une patte relevée contre son visage, l’autre, fléchie légèrement, était posée sur sa hanche et chancelait avec chaque mouvement. De très belles pattes, c’était un plaisir de juste regarder les courbes de ces corps. Ca excitait vraiment quand il le tenait par les hanches en plantant doucement son popo sur sa queue, et en même temps la queue de l’autre frissonnait en se relevant … il y avait une telle envie de la prendre dans la bouche, la sentir gonfler, il jouirait peut- être dans ma bouche, et là le goût du sperme se répandrait dans toute la bouche… mais encore plus il y avait l’envie d’avoir envie. Comme un mirage, des souvenirs des fichiers du passé se sont afflués – comme leurs corps étaient moches ! Presque tous sans exception ! Comme les émotions négatives rendent laids ! Les photographies des détenus dans des camps de concentrations, épuisés jusqu’à en mourir, marchant vers les chambres à gaz, ne frappaient pas plus que la vue de ces gens « normaux » dans leur satiété, la grisaille, le contentement ou le mécontentement. Comment, en général, pouvaient-ils faire l’amour les uns aux autres ? Déjà à partir de 18-20 ans les corps de ces gens étaient corps des vieux, avec de la cellulite, à la peau sans éclat, désagréable à regarder. Et les corps des gens à 30 ans et plus… c’est horrible … horrible… Et quelle haine les gens ressentaient à l’égard du sex entre les garçons et les filles. Si c’était la queue qui entrait dans la chatte –c’était « normal ». Même si c’était la queue qui entrait le popo, mais seulement dans le popo d’une fille – c’était « normal » aussi, quoique pas tant que ça, et on pouvait le regarder et s’exciter. Pourtant si c’était un popo aussi bronzé, appétissant, ferme et sensuel, mais appartenant à un garçon – c’était déjà de « la perversion », « dégoutant ». On mettait même en prison pour ça. On tuait même ! Avec quelle difficulté les pousses de la sensualité, de la passion se faisaient le chemin à travers ce béton de la stupidité en fer et dogmatisme – l’égalité… les gens se battaient pour l’égalité, et lorsqu’ils l’obtenaient, ils ne savaient pas quoi en faire, l’égalité se transformait d’abord en effacement des personnalités, et ensuite – en anarchie, et ensuite – la tyrannie de nouveau, le cercle infernal. Ils ne comprenaient pas comment réunir l’égalité et les différences. Ou ne voulaient pas comprendre. N’est-ce pas si difficile de comprendre que chaque personne est égal à une autre de par son droit naturel d’être ce qu’elle souhaite, et en même temps, du point de vue de la société l’un n’est pas égal à un autre, parce qu’ils utilisent leur liberté différemment, ils ont donc des droits différents, des possibilités différentes, mais pas en tant qu’une sentence mais en tant qu’un stimulant à l’action. Avant on donnait des passeports à tous sans distinction, et tout le monde avaient des droits égaux garantis ! En garantissant avec ça, sans doute, l’absence de tout droit… seulement après la Guerre, lorsqu’on avait commencé à tout reconstruire, le passeport s’est transformé en une sorte de certificat accumulatif, donnant des droits citoyens au fur et à mesure d’obtention des pratiques citoyennes, sinon comment est-ce possible autrement ? Si tu veux devenir parachutiste, tu dois obtenir l’expérience de sauter avec la parachute, c’est pourtant clair ? Si tu veux sauter d’une grande hauteur, souvent, faire de la gymnastique aérienne, tu dois obtenir cette qualification, acquérir des savoir-faire correspondants, et là tu auras ton certificat de parachutiste avancé, et tu auras la possibilité de faire plus que celui qui a sauté seulement deux fois ou s’est même limité à la lecture d’une brochure théorique. C’est tellement évident pourtant, pourquoi ce ne l’était pas pour eux, que si quelqu’un souhaite réaliser son droit d’être citoyen, d’élargir ses droits, il doit acquérir l’expérience – comment c’est – d’être citoyen, il doit acquérir l’expérience correspondante, la pratique. Comment est-il possible que les personnes, dont l’une boit de la bière, regarde la télé et bat sa femme, et l’autre suit les cours de l’élimination des émotions négatives, le cours sociaux… et oui, l’idée même des cours sociaux ne passait pas par la tête, apparemment, bien que ce soit si évident. Comment peut-on menacer quelqu’un avec l’emprisonnement, s’il n’a jamais été en prison, ni même a vu la prison de loin ? Maintenant pour augmenter son index de citoyen, on doit aller, entre autre, aller en prison et y rester un moment. On passe une semaine en prison et on comprend – ce que c’est ! Et en sortant, on obtient des points supplémentaires à son index de citoyen, et lorsqu’une idée criminelle se glisse dans la tête, ce n’est pas des fantaisies abstraites qui s’y opposent, mais l’expérience réelle – l’expérience de l’isolation catastrophique et l’impossibilité de venir à bout de la grande quantité de ses désirs joyeux. Avant, ils emmaillotaient les enfants, donc. Ils ne pouvaient pas instaurer une telle règle – une fois qu’on a un enfant – passer quelques jours emmailloté. Après une telle expérience ce ne serait pas tellement facile d’emmailloter les enfants – quel sadisme…

Mon dieu – par quel miracle on en est sorti… alors – on y arrivera, à avancer d’avantage.

Tora a plié et rangé la plaquette, a éteint l’infocristal et a fermé les yeux, en plongeant dans un léger sommeil – l’espace bleu du ciel a pénétré en dessous de ses paupière en l’enveloppant doucement.

 



<< en arrière en avant >>