« Maya »

Volume 2: « L'origine des especes »

Chapitre 09


Archive 64/5642.

Fragment du « Journal de Bodhi ».

 

*) La chose simplissime qui est devenue claire seulement maintenant – il y a la clarté et il y a des images et des pensées, avec lesquelles je décris ma clarté, qui résonnent avec la clarté. Je peux regarder les gens tout en ayant la clarté – ce sont des cadavres. Avec ceci il y a la pensée « ils sont cadavres », mais l’instant d’après la clarté peut disparaitre, et peu importe combien de temps je tourne la pensée « ils sont cadavres » en rond, la clarté n’apparait pas pour autant.

*) J’ai formulé le principe de la superposition des désirs – je peux dire « fais comme ça », parce que je veux que tu le fasses ainsi, en me rendant compte qu’une telle phrase peut avoir la conséquence, comme quoi tu auras envie de faire comme je veux. Et ta tâche est de suivre tes désirs joyeux à toi, y compris ceux qui sont provoqués par mes désirs joyeux, y compris ceux, exprimés sous une forme aussi impérative (la phrase « je veux que tu … » aurait sonné trop lourd). Dans ce cas, on aura la possibilité d’exprimer plus de désirs, car on sera dépourvus des automatismes, comme cela 1) éprouver des EN en s’adressant de manière impérative, 2) être mécontent du fait que tu n’as pas fait ce que je voulais, 3) être préoccupé par la question si tu feras ce que je veux ou pas, 4) être préoccupé par la question si tu auras des EN et si ton acte ne sera pas mécanique, etc.

*) Les premières expériences des perceptions hors du corps (PHC) dont je me souviens se réfèrent à l’âge de 8-10 mois. Par exemple, je commençais à me lever horizontalement dans mon lit, tout en étant sûr que je levais mon corps, et là je découvrais que mon corps restait tranquillement allongé en bas… Dans d’autres PHC je sortais de la pièce et je rencontrais des êtres saugrenus, ressemblant à des ours, etc. Il n’y avait rien de terrifiant la dedans, pourtant j’éprouvais un éclat soudain de la peur très forte, spasmodique, enfin, je commençais à craindre ces expériences et elles ont cessé progressivement.

L’éclat suivant des perceptions saugrenues s’est passé pendant la période de sept à dix ans : lorsque je me mettais au lit et je fermais les yeux, devant moi, dans mon champ de « vision » il apparaissait tout de suite 5 points vifs sur le fond noir – 4 dans les coins du carré et un au milieu. Cette expérience n’avait pas de rapport avec les PHC et les rêves conscients, puisque je l’observais en état d’une veille complète. La vivacité de ces points étant telle que je les voyais même après avoir ouvert les yeux, et même dans la journée, sous la lumière du jour, lorsque je fermais les yeux, je les voyais tout de suite, et si je me concentrais pour scruter mieux, je les voyais même les yeux ouverts dans la lumière du jour. Je « ne les remarque pas », comme on ne remarque pas ce à quoi on est habitué – les bruits de la rue derrière la fenêtre, par exemple.

Si je me concentrais sur ces points, ils grandissaient comme s’ils s’approchaient, la vivacité augmentait. Quand la vivacité atteignait un certain niveau, tout le champ de « vision » comme explosait, le noir devant les yeux acquérait la profondeur et le volume, ensuite il disparaissait, et je voyais devant moi (les yeux fermé) des motifs très vifs, scintillant avec des couleurs extrêmement vives et vivants. Il n’y avait rien d’autres, que des motifs - comme dans un kaléidoscope. Lorsque le premier flux de ces motifs s’épuisait, ils se fondaient pour disparaitre complètement, et tout le champ de vision était occupé par un espace gris foncé, couvert de petites rondelles – cela ressemblait à une photo de la surface de la lune, couvert de cratères.

Cette image persistait un moment, ensuite elle s’éteignait et je m’endormais. Avec le temps des changements ont eu lieu, que je n’ai pas aimés – les cinq points vifs et l’explosion qui succédait, elle arrivait presque immédiatement, après que j’ais fermé les yeux, indépendamment du moment, pendant la journée, le soir ou la nuit. Mais la nuit, dans le noir, quand je me couchais, ils étaient particulièrement vifs, et leur vivacité augmentait fortement, et la durée accroissait aussi, par conséquent, après je pouvais rester pendant deux trois heures à me tourmenter de ne pas pouvoir m’endormir. Le matin j’avais du mal à me réveiller, cela se passait pendant quelques mois, et j’ai commencé à me sentir fatigué. Finalement, j’ai déclaré la guerre à ces motifs, et lorsque je me mettais au lit, j’imaginais que je prenais un pinceau de badigeonneur pour les peindre avec des bandes blanches larges. Un mois de travail obstiné, et j’ai obtenu le résultat, « les bandes de peinture » sont devenus stables, les motifs ne passaient plus à travers, et j’ai commencé à m’endormir normalement. Pour un certain temps ils ont disparu complètement. Quelques années plus tard, j’ai regretté de m’avoir privé de telles impressions, j’ai voulu les revoir, mais en vain. Pendant mon adolescence ils ont réapparu, mais je ne les examinais plus et je ne les laissais pas prendre de la vivacité, en me rappelant les problèmes que cela pourrait générer. Je n’en parlerais pas du tout, mais parfois sur le fond de ces motifs et ce champ avec des cratères des perceptions intéressantes ont eu lieu - une fois j’ai vu soudainement devant moi (les yeux fermé) un œil énorme - occupant tout le champ de vision. Ce n’était pas le fruit de mon imagination – je n’avais aucune intention d’imaginer quoique ce soit - l’œil a tout simplement apparu et on se regardait mutuellement. Il était absolument réel, je pouvais l’examiner, il était définitivement « vivant » au même niveau que je croyais vivant l’œil humain, lorsque je le regardais. J’ai encore été saisi par la peur et j’ai effacé cette perception, j’ai vraiment voulu ne plus voir rien de tel. Une autre fois, dans le champ de ma vision (toujours les yeux fermé) il a apparu tout à coup un endroit de dix centimètres à peu près. Cela n’était pas non plus mon imagination – j’ai même supposé que j’ai ouvert les yeux par hasard, et j’ai senti les muscles des yeux pour vérifier – s’ils étaient bien fermés. J’avais une telle sensation comme si on m’avait fait un trou dans les paupières, je regardais donc et je voyais, très distinctement d’ailleurs. Ce trou était de couleur violette, et des mouvements s’y passaient, l’illusion était telle comme si je regardais quelque chose à travers une longue-vue - des gens quelconques faisaient quelque chose, je pouvais scruter les détails, en bougeant « la longue-vue » sur les côtés.

Autre chose – parfois des rouleaux apparaissaient devant mes yeux, sur lesquels il y avait du texte. Ces rouleaux se déroulaient devant moi avec n’importe quelle vitesse, que je voulais – parfois je les arrêtais pour lire mot pas mot, comme un texte ordinaire. Je voyais très distinctement les lettres et les mots, je les lisais « à haute voix » (en moi-même, en silence), pourtant je ne savais pas quelle langue c’était, je ne comprenais rien de ce que je lisais, bien que j’ais eu la clarté du fait que je comprenais bien ce que je lisais. Là je n’ai pas pu comprendre cette double perception. Je faisais des efforts pour comprendre – ce que c’était cette lecture et comment j’avais la certitude de la comprendre clairement, même si je n’arrivais pas à en répéter aucun mot. Finalement, j’ai été lassé de résoudre le problème, et je revenais à la méthode de « la lecture » plus confortable - les rouleaux commençaient à se dérouler avec une grande vitesse, et je regardais tout simplement ce déroulement et j’avais un tel état de certitude de comprendre et assimiler ce qui a été écrit.

Encore une autre perception saugrenue – quelque chose du genre des petites quenouilles – comme si elles entraient en moi « en volant », tant un essaim d’abeilles, et j’étais sûr que c’étaient des « connaissances sous une forme concentrée », qui devaient s’ouvrir à un moment donné dans cet endroit. J’ai failli l’oublier, lorsqu’un jour, pendant une promenade, j’ai eu une sensation très étrange d’une explosion à l’intérieur – comme si un endroit de plénitude intense a apparu, ainsi que l’image d’un quenouille qui s’ouvrait et la pensée « j’ai obtenu la connaissance qui était concentrée dans cette quenouille» -de nouveau je n’ai pas pu formulé de paroles – quel genre de connaissance cela aurait pu être.

Dans un tel état j’ai appris à écouter la musique. Je pouvais choisir n’importe quels instruments et diriger le « tempérament » et le timbre de la mélodie. Cette musique ne ressemblait à rien – elle était parfaite. Sa beauté était intransmissible, elle m’envahissait complètement, j’éprouvais de l’extase et je pleurais, en l’écoutant, d’ailleurs, je ne l’écoutais pas tout simplement, c’était comme si je la faisais naitre avec un effort léger que je ne comprenais pas. C’étais comme si je tirais cette musique du silence, comme on tire un fil d’un cocon – je pouvais diriger son cours, pourtant je ne la composais pas. Je pouvais me concentrer pour faire apparaitre cette musique presque dans n’importe quelle situation, quand elle jouait d’ailleurs, quelques secondes plus tard je perdais la frontière entre le son imaginé et réel - c’est-à-dire que je n’imaginais ces sons que les premières secondes, ensuite j’ai commencé à les entendre - c’était une illusion complète, à cent pourcents, que cette musique coulait autour, que tout le monde l’entendait.

A présent, cela m’est accessible toujours.

C’est sûr qu’il y avait autre chose en plus, mais je ne m’en souviens plus – que des souvenirs flous. J’ai repoussé beaucoup de choses volontairement, pour que ça ne me gêne pas dans la vie quotidienne.

L’éclat suivant des PHC s’est passé à l’âge de 18-20 ans. L’expérience obtenue était assez variée, la seule chose ne changeait pas – la peur atteignant une intensité infinie. Les PHC venaient par vagues – parfois il n’y en avait pas du tout, et parfois durant plusieurs mois d’affilé, elles arrivaient presque chaque nuit. La peur farouche que j’éprouvais en même temps m’a fait souhaiter intensément arrêter d’éprouver tout ça, enfin.

Le scénario était toujours le même : je me couchais, je perdais le contrôle de mon corps à la frontière entre la veille et le sommeil, je découvrais que j’étais complètement paralysé, et j’avais de différentes perceptions qui étaient accompagnées par une peur farouche, puisque j’étais complètement paralysé et j’en avais peur – d’être autant sans défense, et tous ces êtres apparaissant à mes côtés pourraient me faire quelque chose. De maintes fois je faisais des super efforts pour « me lever » de mon corps ou en sortir en me roulant, mais c’était de courtes expériences, je n’avais pas assez de forces pour rester longtemps dans cet état, et je retournais dans mon corps.

Parmi ce qui m’a le plus impressionné :

1) En restant allongé « paralysé », j’entendais distinctement une petite fille s’approcher de moi derrière – j’entendais sa voix joyeuse, ses pas, elle s’approchait et était sur le point de me toucher… et là j’avais une peur farouche – et si c’était un être méchant, moi j’étais paralysé… je faisais un grand effort pour arrêter la PHC, je reprenais le contrôle du corps. Maintenant je le vois comme du crétinisme absolu…

1)                     Allongé en état « paralysé », j’ai « ressenti » clairement, « en étant sûr, en le sachant avec ma peau » qu’à deux mètres au dessus de moi il pendait quelque chose –une certaine conscience invisible. J’étais parfaitement sûr que « ce quelque chose » était justement une conscience, fantastiquement plus puissante et sage que je ne pouvais imaginer. Je me sentais devant lui comme une fourmi devant Everest. Comme d’habitude j’éprouvais la peur et une forte aspiration, l’amour à l’égard de cet être, j’avais peur et j’admirais sa sagesse infinie.

2)                     Allongé « paralysé », j’ai senti pour la première fois la sphère du vide. Cette perception se formait progressivement – d’abord je ressentais seulement le mur de devant, c’était d’ailleurs une sphère – un certain volume d’une forme incorrecte. Ensuite, cette perception s’est renforcée et s’est transformée justement en une sphère, et j’ai commencé à l’avoir lors de ma vie quotidienne ordinaire – par éclats de quelques secondes, accompagnés de la quiétude anesthésiante.

3) Moi et mon ami, nous sommes allés dormir dans la forêt - je voulais qu’il soit là lors de ma lecture des rouleaux et qu’il note ce que je lui dirais ( je pouvais prononcer ce que je lisais au fur et à mesure). Je me suis allongé et je me suis mis à me concentrer, mais je n’y arrivais pas. Une demi-heure plus tard, mon ami se sentant fatigué, nous sommes allés nous coucher. A la limite du sommeil, je suis entré brusquement dans cet état, je voulais le réveiller pour lui faire comprendre que j’étais prêt et qu’il m’écoute. J’ai tendu la main dans sa direction, et à ce moment là quelque chose d’extraordinaire s’est passé – comme s’il a « bougé » en glissant à 10-20 mètres à côté de moi, et je me suis retrouvé tout seul sous le ciel ouvert. J’éprouvais la sensation de beauté, d’anticipation, s’entremêlant avec la peur, comme d’habitude. Il faisait déjà nuit, cependant je voyais tout très distinctement comme à travers les ténèbres. J’étais allongé sur le dos, regardant le ciel, néanmoins je voyais tout autour de moi. Dans le ciel au dessus de moi j’ai vu un point doré. Il grandissait vite, comme s’il tombait, il a commencé à ressembler à une boule dorée, brillant très vivement. Il est tombé sur moi, ensuite je ne me souviens de rien.

L’expérience des rêves conscients a commencé par …

*) J’ai découvert que si, après avoir fait une découverte, je la notais tout de suite, la découverte s’oubliait beaucoup plus vite que si je ne la notais pas. Le mécanisme est simple – au moment où je note, je suis « tranquille », en me disant que la découverte est faite, notée, maintenant elle ne disparaitra pas, je viendrai chez moi, je la noterai parmi les découvertes pour le revivre encore… Finalement, il ne reste que les paroles, bien sûr, et la découverte elle-même s’en vole – chez moi je fixe, le regard absent, ce que j’ai noté, et là il n’y a que des paroles, bien sûr, puisque je me suis endormi dans le contentement au moment même où j’ai fait les notes, sans faire d’efforts pour la revivre de maintes fois, pour la redécouvrir tout de suite plusieurs fois. J’ai fait une expérimentation – j’ai cessé de noter les découvertes - par la suite, je me sens comme un tigre qui tient une souris avec sa patte en la pressant contre le sol, et pas comme un pêcheur, qui a déjà le poisson sur le hameçon et qui peut se détendre désormais. Si tu bouges la patte un peu à côté, la souris disparait. Je me souviens de la découverte, en prononçant les paroles qui résonnent, « en m’en imprégnant », je les revis à plusieurs reprises, et seulement une demi-heure plus tard ou une heure je la mets dans la liste et je la fixe. Si j’ai plusieurs découvertes – je fais des efforts pour ne pas les oublier, par la suite, c’est comme si j’observais en permanence avec le coin de l’œil les souris attrapées, je ne me distrais pas ou je le fais pas pour longtemps, en revenant tout le temps – tout ça mène à la mémorisation des découvertes.

 



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