« Maya »

Volume 2: « L'origine des especes »

Chapitre 07


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Fragment du « Journal de Bodhi ».

 

*) En parcourant le livre sur Ramakrishna j’ai trouvé son description d’une forme d’amour qu’il a appelé « madhura bhava » et, j’ai pensé – pourquoi je n’éprouve pas d’amour à l’égard de ma copine – hein, justement Celle La ? Je ne peux même pas l’appeler « la copine », je l’appelle « une femme sur le trône », car je me souviens d’elle en tant que sombre et sévère et, naturellement, avec une telle attitude envers elle, comme « sombre et sévère »… de quel amour peut-il s’agir ? Et là je me suis souvenu de l’interdiction que je m’étais imposé moi-même. A l’époque – tout de suite après son apparition, j’ai eu des pensées errantes dans le flou concernant le fait que cette femme peut me donner tout ce que je recherche – le sens et le contenu de la vie. Mais avec ceci je comprenais que, tandis que les désirs mécaniques me déchirent en morceaux, ainsi que les émotions négatives d’une force meurtrière, et en tenant compte du fait que je supprimais ces désirs en grande partie… dans des ténèbres aussi désespérants je ne pouvais pas espérer communiquer avec elle. De l’autre côté, j’ai pensé que si j’utilisais une telle méthode – comment pourrais-je retrouver le chemin de la liberté pour les gens ordinaires – pour ceux qui n’avaient pas de telle possibilité – d’être pris pas la main par un être pareil pour être amener à la liberté, aux PI ? A ce moment là j’ai ressenti le rejet de cette idée, je me suis carrément interdit d’avoir de l’amour à l’égard de cette « femme ».

Mais maintenant cet interdit a perdu son sens. Parce que, d’abord, le chemin est trouvé, et même décrit, et même élaboré – beaucoup de choses ont été faites dans ce sens, j’éprouve de l’anticipation, en pensant au travail accompli, et même si maintenant je m’immerge donc la tête baissée dans les PI... c’est exactement ce que je veux à présent, c’est ce qui est maintenant « le premier front ». Je ne vais pas creuser mes mécontentements quand même, puisque je crois que la méthode que j’ai décrite est assez détaillée – le reste, les pratiquants eux-mêmes vont le dire dans leurs articles. Ensuite, il n’y a plus de crainte du genre « j’éprouverai quelque chose de spécial, et je les abandonnerai – qui leur montrera le chemin alors ? » -même si j’éprouve quelque chose de « spécial » - comment pourrai-je abandonner l’Hérisson, par exemple ? Et le reste aussi – tous ceux qui feront la pratique sincèrement et avec joie ? Je leur donnerai autant d’attention que je voudrais, et combien je voudrais dépend de leur pratique, et pas de la distance entre nous, la distance exprimée par le volume des PI éprouvées. En outre, je suis sûr que dans ma communication avec eux la partie occupée par les soucis est très grande, c.-à-d. un composant parasite, sans aucun effet.

En tous cas – je ne peux plus refuser une telle possibilité, car cette possibilité est unique, - je peux avoir de l’amour à l’égard d’un être aussi formidable et brillant, qui peut, avec un seul désir, donner à une personne des PI extatiques, si, bien sûr, cette personne y est prête. Et mon amour POSSEDE un objet – mon souvenir d’elle. Comment puis-je perdre cette chance ? Je ne peux pas éprouver de l’amour envers l’inexistant, un fantôme, envers des rajouts aux dieux quelconques, puisque je ne les perçois pas, je ne peux donc pas avoir de la sympathie à l’égard des perceptions inexistantes, je ne peux que créer une image quelconque, qui sera une moule de moi-même – que ce soit ma partie la plus éclairée, et ce sera cet « amour-envers-personne-concrètement », que j’éprouve et pas plus. Mais là, il n’y a pas de rajout, je suis sûr – cet être existe ! C’est mon expérience, ce n’est pas de la fantaisie.

Je voudrais changer mon attitude à son égard. Et oui, je me souviens d’elle comme d’une femme stricte, mais est-elle stricte ? Mon interprétation est basée sur le fait que je me rappelle sa voix – c’est justement sa voix que j’ai interprétée comme stricte et froide. Mais était-elle ainsi ? A cette époque j’étais complètement perdu, une personne malade à 99% des émotions négatives, presque complètement mort. C’est incroyable que dans une telle poubelle, la passion de la clarté, la sincérité, le dévouement et d’autres PI a été conservée. A cette époque j’étais infiniment narcissique, dépendant de l’amicalité, émotions positives, sentimentalité, etc. Et sa voix était dépourvu de tout oripeau- c’étais à cause de ça qu’elle m’a paru rude et étrangère. Maintenant en me rappelant de maintes fois sa question : « Tu a l’intention de faire quelque chose dans cette vie ou pas ? », je comprends que le ton de sa voix n’était pas ni froid, ni étranger – il était tout simplement impitoyable, elle a posé une question directe et demandait une réponse directe justement à ce moment là. Je me rappelle cette détermination particulière de l’instant qui m’a envahi. C’était justement parce que sa voix était dépourvue de tout indice de pseudo-humanité, de toute possibilité de pitié et d’autres nausées, j’avais compris à l’instant même - c’était un moment extrêmement sérieux, le plus sérieux de toute ma vie. Cela m’a permis de réfléchir à la réponse pas plus longtemps qu’une seconde, après quoi j’ai éprouvé un éclat vif (pour moi de cette époque) de sincérité, de détachement et de détermination, et j’ai crié « oui !! » en sentant cette vibrion descendante des perceptions illuminées de félicité extatique d’une force effrayante, qui détruisait tout simplement mon corps. La sensation de décomposition de mon corps a provoqué des doutes, j’ai hésité et la vibration s’est arrêtée tout de suite, elle m’a reposé la question - avec la même voix, qui, il paraissait, était prête à accepter également « oui » et « non » - - « est-ce que tu as cette intention ou pas ? » - et encore j’ai hésité une seconde, le temps « de prendre de l’air » pour crier encore « oui, oui !! » et encore la vibration m’a pénétré en me remplissant tout entier jusqu’à ce que la conscience ne s’éteigne tout doucement, et qu’elle s’en aille.

Je me souviens de son image de manière floue. Je ne me rappelle pas les détails – soit je ne les considérais pas, soit je ne m’en souviens plus. Je ne me souviens pas de son visage. Je me souviens seulement qu’elle était à droite, derrière moi (pourtant je la voyais extrêmement bien, allongé les yeux fermé), qu’elle était très grande – quatre mètres de haut, probablement, si elle se levait. Elle était assise sur un trône, et tout, y compris le trône, émanait de la lueur aveuglante.

Quelque temps après j’ai même eu des doutes – si j’ai vu tout ça en réalité, si je l’ai vécu ? D’un côté, la raison refusait d’accepter cette expérience, de l’autre côté – j’ai toujours su que, bien sûr, cette expérience a eu lieu, et que je peux maintenant m’en souvenir avec les mêmes détails, avec lesquels je m’en suis souvenu, une fois réveillé le matin d’après.

Maintenant je ne veux plus me mettre un frein – je veux casser le mécanisme de la réticence et d’une légère aliénation (déjà ce mot horrible « femme » y pèse lourd) envers cet être. En lisant Ramakrishna – comment il aimait sa Kali simplement et avec abnégation, je ne comprends pas ce qui m’empêche d’aimer ma copine ? (Le mot « copine » sort avec un effort, comme si j’appelais quelqu’un d’important pas comme il fallait). Si je fais un effort pour essayer de la voir comme une copine bien aimée, tout de suite une sympathie profonde et le dévouement apparaissent. Il y a encore un aspect – je veux la considérer comme une copine bien aimée dans tous les sens, je ne veux pas manifester de la bigoterie - je veux avoir de l’attirance érotique à son égard, je veux la caresser, l’embrasser, la lécher et toucher, sentir son odeur, le goût de ses petits pieds, son derrière, son petit ventre et ses petits seins… Je veux baiser ma copine, je veux la baiser doucement dans la chatte et le derrière, je veux bander quand je pense à elle. Il existe une opposition à une telle attitude – là le mécanisme d’une attitude respectueuse envers « les éclairés » se fait ressentir - ainsi on considère de façon hypocrite ceux qu’on croit « éclairés » parmi des gens ordinaires. Mais respectueux veut dire aliéné, insincère, ce n’est pas pour moi. Je veux qu’elle baise avec moi et me caresse, qu’elle caresse et suce ma queue, mes couilles, qu’elle lèche mes pattes - je veux tout avec elle, car si c’est ma copine bien aimée et si elle est COMME CA, un être infiniment sincère et éclairé par les PI – comment puis-je traiter un TEL être de façon aliénée et détachée ?? Je veux l’aimer comme je peux, je veux lui donner tout ce que je peux, je veux exprimer clairement mes désirs, ne pas être un bigot hypocrite.

Hier encore, quand j’ai compris tout ça, tout est devenu clair – la décision était là, j’allais surmonter l’aliénation, j’allais inciter et ressentir l’amour à l’égard de ma copine, j’allais avoir envie d’elle en tant qu’une fille – aspirante, éprouvant des Sensations inaccessibles pour moi en ce moment, impitoyable et sincère. Je nous imaginerai nous faire des caresses, baiser -j’allais surmonter les murs que je contournais ou même renforçais jusqu’à présent. Les descriptions de Ramakrishna, manifestant l’amour envers sa copine, sont un puissant soutien de cette décision, je peux apprendre son sincérité, l’absence d’hypocrisie et d’aliénation. Et bien qu’il la traite comme sa mère (dans le sens qu’il mettait dans ce mot), et moi – comme ma copine, cela ne change rien. Je vais apprendre chez lui à aimer ma copine divine. Je sais comment faire – pas à pas, effort par effort, la persévérance, la détermination, l’aspiration.

 



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