« Maya »
Volume 2: « L'origine des especes »
Chapitre 05Archive 64/5634
Fragment du « Journal de Bodhi ».
*) La clarté est atteinte du fait que la recherche d’une découverte, c.-à-d. le contact avec l’inconnu, est toujours accompagné par l’anticipation. Les recherches accroissent l’anticipation, ce qui veut dire que je m’approche de l’inconnu et que je peux m’attendre à de nouvelles découvertes, y compris de nouvelles perceptions illuminées (PI). Il est clair donc qu’il y a une grande différence entre ressentir une PI tout simplement et la ressentir et en plus l‘examiner. Le second mène à une accélération rapide du rythme du voyage de conscience. Il est alors judicieux de fixer plus nettement le processus même de « la recherche ».
*) Aujourd’hui est une merveilleuse journée. Une brèche dans les sensations, d’ailleurs de longue durée. Pendant une heure et demie j’ai ressenti l’extase 8-10 de façon ininterrompue, ensuite, durant toute la soirée et toute la nuit, par périodes, il y avait un fond éclairé vif avec des éclats périodiques de l’extase. Est-ce lié au fait que je fais la fixation de la condensation par périodes de quelques heures ?
*) Il est devenu clair que je n’arrive pas à faire la pratique seulement quand je ne veux pas la faire. Toute de suite « je n’arrive pas » va à la poubelle.
*) La question est posée : les désirs joyeux ont-ils l’influence sur les circonstances de manière dont ils influencent mon état ? Puisque mon état est un ensemble de perceptions, et c’est aussi quelque part « les circonstances », en tout cas tout le monde considère ses perceptions comme justement « les circonstances », c.-à-d. quelque chose ce qu’on ne peut pas influencer. « Je suis irrité depuis ce matin, j’ai du donc annuler le rendez-vous » - c’est l’exemple d’une phrase qui montre bien une telle attitude. Il se peut que mon attitude envers « les circonstances » est un exemple de l’impuissance pareille, lorsque j’accepte quelque chose sans preuve, sans essayer de l’examiner, expérimenter, ni faire des efforts. Les perceptions illuminées font des changements fantastiques en moi-même, et je ne sais pas…
*) Je suis absolument insatisfait par l’intensité de ma pratique. Il y a une supposition que si j’arrive à fixer les désirs joyeux toutes les heures, les suivre et faire un rapport du temps passé au bout d’une heure, quelque chose changera. Si je ne me trompe pas, je ne suis jamais arrivé, ou presque jamais, à le faire ! Une impuissance très bizarre – je veux la surmonter.
*) Un évènement s’est passé la nuit dernière, que je considère comme très important – pour la première fois dans ma vie c’était un rêve conscient tellement net et clair (RC). Sa durée était extrêmement petite – une demi-minute, je dirais, cependant c’est un fait très joyeux, qui est devenu maintenant facteur illuminé.
Dans le rêve j’ai vu tout à coup que des animaux ne bougeaient pas comme dans la réalité. Je me suis posé la question – cela ne veut-il pas dire que je suis en train de rêver ? A ce moment là j’ai même souri malicieusement, tellement cette supposition était absurde. Néanmoins, j’ai décidé de regarder attentivement comment ces animaux se comportaient, et si c’était réellement un rêve, ce serait clair rapidement. Cela s’est passé ainsi. Déjà dix secondes plus tard, après avoir commencé à observer, j’ai vu un animal (une sorte de chat) fondre, et dans cet état semi fondu il s’est déplacé en avant, où il est redevenu dense. A ce moment là la clarté consciente a apparu comme quoi je dormais. Tout de suite après – une seconde ou une demi-seconde plus tard, cette clarté a cessé d’être tout simplement consciente et une qualité spéciale de la clarté parfaite s’est manifestée – oui, c’est un rêve. Puis j’ai fixé que je me trouvais dans un endroit quelconque. Je me suis tourné et je suis parti- en marchant de façon un peu retenue, comme si je marchais dans de l’eau légère.
Soudainement il a apparu…
Je ne me suis pas réveillé tout de suite après, ou plutôt je me suis presque réveillé et j’étais dans un état intermédiaire – je regardais les yeux fermé devant moi et je scrutais, extrêmement nettement, avec n’importe quelle augmentation volontaire, la galaxie spirale, « flottant » dans le cosmos. C’était incroyable !
*) J’ai découvert l’effet des sensations qui ressemblent à de l’empoisonnement oxygéné, qui arrive après que la densité des perceptions illumines (PI) augmente rapidement. Une certaine ivresse, l’alanguissement dans le corps, l’excitation fiévreuse. Je n’aime pas cet état, je préférerais alors qu’il n’existe pas, bien qu’il soit beaucoup plus attirant que l’état du corps ordinaire. Je crois que c’est la réaction du corps, non habitué à une telle densité des PI, et je suis sûr que cet effet partira progressivement.
*) « La joie de me battre » s’est manifestée plus nettement et s’est formée en tant qu’une perception à part.
*) J’ai trouvé une description résonnante de l’anticipation (ant) – « comme si j’ai longtemps attendu, et maintenant - je fonce ! », « la pratique ne fait que commencer, je fais de tous premiers pas ».
*) J’ai fixé une position à l’égard des circonstances, tel un cabot aux grandes oreilles – avec une curiosité sincère et la confiance, je les regarde, la tête penchée de côté, les oreilles pendantes, j’anticipe des choses intéressantes, extraordinaires. Cette position est impossible s’il n’y a pas de manifestation de deux chasseurs, la volonté de me battre avec les EN pour les PI en toutes circonstances, considérer toutes circonstances comme idéales pour l’exécution de la pratique.
Là une grande partie du fragment est gravement endommagée.
… tout mon nez, les lèvres, ce qui entoure le nez sont parfois transis d’une petite vibration, qui augmente rapidement si l’on s’y concentre son attention - c’est une sensation agréable. La pression provenant de l’intérieur du front résonne avec ça, qui résonne aussi avec la dureté dans la poitrine et la gorge, qui résonne à son tour avec les PI. En outre - une sensation très nette de tourbillon aux bouts des doigts – juste au milieu du bout des doigts – comme si un entonnoir rapide et aigu « se dévissait » du doigt vers l’extérieur.
*) Soudainement j’ai découvert que beaucoup de perceptions diverses me procurent du plaisir – scruter l’écorce d’un arbre, le son des brindilles sèches se frottant l’une contre l’autre – j’ai ramassé une brindille sèche de pin, je l’ai cassée en plusieurs pour la triturer dans la main, et le son qu’elles faisaient en se frottant et se heurtant l’une contre l’autre provoquait du plaisir aussi. Les cris des oiseaux, le murmure de l’eau, la vue de la surface d’un ruisseau, d’une pomme de pin - beaucoup de choses, et tout ça procurait des perceptions du plaisir un peu différentes.
*) J’ai formulé les cinq premières règles de la stratégie de la réalisation des désirs joyeux.
*) Dans la forêt, j’éprouve souvent, et cette semaine presque toujours, une certaine PI très forte, mais quand j’essaye de la décrire, la fixer, je n’y arrive pas. Lorsque je me mets à décrire – des balivernes en ressortent – rien de défini, un mélange divers, quelque chose d’essentiel passe à côté. Finalement, aujourd’hui j’ai compris ce que j’éprouvais dans la forêt et j’ai compris pourquoi je n’arrivais pas à décrire. Le bon terme : « la symphonie des plaisirs ». Beaucoup de perceptions diverses de la nature apparaissent, dont beaucoup procurent le plaisir qui s’est manifesté tellement vivement pendant ces deux dernières journées. Donc, un spectre entier de plaisirs s’est révélé, auquel la sensation de beauté se mêle, qui forme à son tour un spectre de nuances, et d’autres PI, qui résonnent avec ce PI en ce moment. C’est pourquoi je n’arrivais pas à la description, puisque je cherchais du concret dans quelque chose qui était composé dès le début, d’ailleurs, changeant constamment, dépendant des perceptions du plaisir et de la beauté du moment. « La symphonie des plaisirs » est vécue comme un coup sur les sentiments, comme une plongée dans quelque chose où on se noie, comme une abondance. Comme si depuis longtemps tu rêvais de toucher les seins doux d’une fille, et tu te trouves tout à coup dans une foule de filles toutes nues, que tu peux peloter, lécher, embrasser et baiser – un trop de sensations arrive.
*) Maintenant je suis sûr que l’Hérisson appelle par un terme « insupportablement bien » justement la perception que j’appelle le premier stade de félicité – « l’extase ».C’est devenu parfaitement clair après qu’elle a écrit : « il me suffit juste d’imaginer la forêt, ou m’y retrouver, et chaque détail provoque un éclat de cette perception, que je prenais pour la passion, mais si j’appelle ça le plaisir, ça résonne aussi. Je me sens insupportablement bien à cause de chaque détail comme ça ». Il est clair désormais – où passe la frontière entre le plaisir et l’extase – justement la qualité avec laquelle le mot « insupportablement » résonne, le plaisir peut avoir l’intensité 10, en restant tout de même plaisir, mais à un moment donné il se produit un changement de qualité et cela devient « insupportablement bien », ce que j’appelle « extase » - le premier degré de la félicité, précédant l’état de « la félicité visqueuse » ou « extase visqueux », ensuite il survient ce que j’appelle « atman ».
*) L’Hérisson a écrit qu’elle a lu chez Dalaï-lama V, que le mot « méditation » est la traduction du mot tibétain « gom », ce qui veut dire « l’habitude », c’est-à-dire, comme il explique, la création d’une nouvelle habitude – l’habitude d’avoir de « bons » , de point de vue bouddhiste, pensées, désirs, émotions. Elle écrit qu’elle est étonnée par encore une coïncidence en plus de la compréhension de la pratique.
*) Je me suis souvenu de cette clarté concernant la mort, que j’avais avant, mais qui est devenu floue : pourquoi la pensée sur la mort, le désir de mourir sont des facteurs éclairés puissants (FE), je ne sais pas ce que c’est « mort » - en ce moment je n’ai pas de telles perceptions comme « mort », ni de telle expérience. L’expérience « mourir » m’est arrivée plusieurs fois, mais « mort » non, tout simplement parce que je suis vivant. C’est pourquoi ce mot veut dire pour moi la cessation de tout, le rejet de tout – absolu, sans remords, ni retours. Quand on « se » jette en entier, il s’avère que c’est seulement les mécontentements qui se jettent- les perceptions illuminées (PI) ne font qu’augmenter, on a beau les « jeter ». La pratique du polissage émotionnel est fondée sur ça – on nettoie tout ce qu’il y a, sans distinction, l’ordure se prend avec des râteaux, mais l’air et l’herbe restent, rien pour les attraper. Les PI commencent à briller plus fort avec la pensée sur la mort. Le désir de la mort est absent pourtant.
*) Pendant une heure je ressentais la ferveur, parfois avec les sauts dans la détermination extatique. Par conséquent, les images stables et résonnantes avec la ferveur ont apparu :
=) La phrase résonnante – « la détermination abondante », « la détermination désespérée ». « Abondante » n’est pas dans le sens « superflue », mais débordante.
=) L’image résonnante – la corde d‘arc bandée jusqu’à la limite, de sorte qu’un son léger en provient.
=) Lors des premières expériences de la ferveur il vient le désir irrésistible de foncer immédiatement dans la lutte avec les EN, de me mettre tout de suite à réaliser les désirs joyeux, me frayer le chemin à travers le fourré « rien-ne-se passe » vers les PI. Avec ceci, le désir joyeux de réaliser ces désirs joyeux peut être absent, et s’il est présent, la réalisation du désir joyeux n’épuise pas la ferveur, il semble tout le temps que c’est « peu », on a envie de se dépasser pour en faire encore plus. A court terme cela peut amener même au désir mécanique de commencer à faire quelque chose, mais une fois ce désir mécanique éliminé, un état équipondérant d’un niveau différent apparait – il s’avère qu’on peut être « rempli » constamment de la détermination et de la volonté de partir à tout instant telle une flèche impétueuse, et c’est un état très attirant, le plus on y est, le plus on a envie d’y être. Il apparait la clarté qu’on était méduse jusqu’à là, une souche moisie, sans compréhension qu’on peut vivre ainsi, à ce niveau d’abondance, la volonté extatique de se jeter dans la réalisation des désirs joyeux.
=) Lé détermination est accompagnée par une sensation physique spécifique – « la sortie de la volonté » (la sensation de brisement de l’intérieur du ventre au niveau du nombril, comme si quelque chose essayait de sortir dehors) s’accompagne par la vibration – à peu près 7-8 vibrations par seconde, qui se répand du centre du brisement sur le corps entier. C’est une sensation très agréable.
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