« Maya »

Volume 2: « L'origine des especes »

Chapitre 01


             Mingues était déjà là haut! Tora a ouvert la porte, est sortie sur le balcon et s'est pelotonnée en jetant un regard sur le ciel. Et là... hein, - là haut il y avait des nuages, éclairés par en dessous par le soleil réveillé, là c'était une explosion bleue – couleur kinite, le saphir népalais, dans laquelle de petits nuages doux et duveteux tantôt apparaissaient, tantôt disparaissaient – si doux, comme de petits seins d'une fillette de dix ans, à peine arrondis. Là haut il y avait des cimes d'arbres au feuillage tremblotant, luisant, de couleur vert foncé. Voilà que les cimes restaient tranquilles, en manœuvrant légèrement les feuilles de façon espiègle, tout à coup ils se penchaient tous ensemble à gauche, puis – à droite, encore et encore, le vent les trainaient ça et là, comme un garçon pelote une fille, en serrant et tirant doucement ses mamelons pour qu'ils aient un peu mal et que ça fasse du bien en même temps, et ce mouvement des sommets d'arbres captivait et passionnait comme quand on est allongé au fond d'une barque dans les pattes berçantes d'un lac. Tora a poussé un petit gémissement en se laissant portée par les sensations, comme si des chiots joyeux s'ébattaient dans le cœur, la poitrine, la gorge – impétueusement, sans répit, en bondissant, ardemment, avec dévouement, éperdument – une grande symphonie de plaisir. Tora avait une idée assez vague sur le processus de la formation des nuages – et là tout était devant elle – dans un ciel très pur un léger trouble apparaissait tout à coup, encore et encore, ensuite comme de nulle part un corps minuscule d'un petit nuage surgissait. Il pouvait rester suspendu sans aucun changement pendant quelque temps, ou alors commencer à se condenser, ou, au contraire, se dissiper dans le néant pur.

             Mingues était assis sur le toit depuis plus d'une heure, vu sa position, – il avait dû se réveiller à quatre heures,  il aimait ça. Son corps bronzé dans la lumière matinale matte et beige semblait couvert de givre, immobile, merveilleusement beau. Avec de rapides sauts Tora a bondi  sur le toit, et un nouvel éclat de plaisir s'est joint à la mélodie – le plaisir du toucher compact des pieds nus avec la peau rugueuse des marches de l'escalier massif, fabriqué d'une moitié d'un tronc d'arbre entier aux cavités creusées en guise de gradins. Elle n'avait jamais rien vu de tel – ni de  tel escalier, ni de plans de travail en bois massif en forme irrégulière, polis de sorte de faire ressortir des dessins bizarres sur la coupe, ni ces montagnes par là, dont les contreforts se joignaient tellement qu'une illusion irrésistible survenait comme quoi il n'y avait rien derrière elles – la fin du monde, le néant. Normalement, l'espace derrière des montagnes avait du volume et de la longueur, grâce à de la nébulosité ou, au moins,  à un brouillard léger, mais là – comme si le ciel parfaitement clair et bleu prenait fin sur les contreforts.

             Les montagnes autour paraissaient encore plus proches vues du toit, elles étaient énormes, surplombantes, de couleur densément bleue foncée, métallique, en bas, là où le soleil n'était pas encore parvenu, et enflammées, aveuglantes et brillamment dorées en haut. La station d'historiens concrets numéro huit, «divers» en leur propre argot, se trouvait dans une gorge étroite dans l'Himalaya, autour se serraient les unes contre les autres des montagnes de six, sept et huit milles mètres. Auparavant, il y avait longtemps, le Royaume de Népal s'était trouvé à cet endroit, dont les rois s'achetaient des cuvettes en or et se foutaient du fait que le peuple souffrait la faim. Des chenapans et des demi-bandits du même peuple, s'étant annoncés communistes, levaient tribut des touristes, poliment, mais des armes en main, pour ensuite aller picoler à leur gré et battre leur flemme. Là des réfugiés tibétains avaient trouvé l'asile pendant les années de l'occupation et de la démolition presque complète du Tibet par la Chine. Des panonceaux en pierre aux lignes incrustées  «om mani padmai hum» parsemaient toujours les bords des sentiers en grande quantité. Ni la Chine, ni le Tibet n'existaient plus, les frontières qui avaient morcelé l'Himalaya ont disparu, pourtant les panonceaux en pierre étaient toujours là – rien ne leur arrivaient. En voyant ces petits sentiers – étroits, se dissociant en plusieurs et provoquant de la tendresse et  le sentiment de mystère enfantin, naïf, et l'anticipation de nouveaux espaces derrière chaque tournant, il était difficile d'imaginer  que, autrefois, les sentiers et le rhododendron dense et épais, et les buissons énormes de bambous – tout avait été détruit par  le gigantesque compresseur du «progrès», qui avait roulé sans pitié sur le Népal et l'Himalaya indien. Des consortiums chinois, des investisseurs privés européens, des fonds de pension américains, des ingénieurs indiens et plein d'autres saloperies avaient passé  ici en coup d'ouragan, en rasant tout ce qu'il y avait de vivant sur leur passage pour le «progrès»,  ils avaient foulé les contreforts délicats des montagnes aux hôtels cinq étoiles aux formes régulières et  moches, ils avaient forgé les gorges duveteuses avec le bataclan pompeux de ponts, en déchirant le sang et la chair de ces rochers ardents avec des tunnels profonds, ils avaient exterminé la frénésie joyeuse  de la nature sauvage avec des routes puantes de vingt quatre bandes, en plantant des supermarchés à la place des anses calmes,  des restaurants au dessus des torrents montagnards, d'innombrables bureaux, pensionnats, des centaines de stations d'essence, érigées sur-le-champ  sur n'importe quel lopin de terre horizontal le long des routes, et devenues presque tout de suite anachroniques suite à l'apparition du premier atomomobile passé à la  production en série.    Et  tout ça au nom du nouveau Moloch - «le produit national brut».  Cela avait été considéré comme «chic», ça rendait fier, rien que ça – nous avions  «conquis» la nature, pour ensuite pouvoir casser la croute avec une grosse portion de barbecue sur la selle Sud de l'Everest ou bien prendre deux chopes de bière en se prélassant dans un fauteuil dans un bar panoramique, cimenté dans le couloir de  Bonington, ou encore regarder les info financière dans le club «8848»,  après y être monté en ascenseur. Puis, la Dernière Guerre Religieuse avait éclaté, elle avait été suivie par la Grande  Dépression Technologique longtemps après, très longtemps après, dans presque deux cents ans... et il semblait – il n'y avait pas d'issue, pour en finir la Grande Guerre Enfantine avait commencé, qui,  de  toute évidence, achevait l'autodestruction de l'humanité, mais finalement, c'était justement elle qui, tout à fait inopinément (pour les adultes) et  de manière absolument attendue (pour les enfants) avait offert les chances de la renaissance, et avec quel extase et espoir acharné les rescapés s'étaient mis à détruire ce qui avait failli exterminer la vie sur la planète. Des milliards de tonnes de   kevratine, produit sur la base de l'hydrogène allié métallique, avaient été enlevés et utilisés,  en dessous des milliards de tonnes d'ancien béton, bitume et nanosilicate avaient été découvert, et pas à pas, année après année, on sauvait la Terre empoisonnée, violée, menée jusqu'à la consomption, en lui faisant la respiration artificielle, en créant et élargissant des parcs de réserve de sols, et bien que l'espoir ait été très faible au début, et parfois il semblait que le jeu était perdu, que tout était  fini, et les futures générations de terriens auront dû vivre dans une cage artificiel, néanmoins, des efforts  oblatifs des millions (pourtant, autrefois, la Terre avait été habitée par des milliards !) des rescapés avaient fait leur effet – la Terre s'était ranimée, avait repris le souffle, un par un il apparaissait de petits et grands terrains, où la vie prenait le dessus mètre par mètre. Dans les archives on pouvait trouver des infocristaux de cette époque. Un jour Tora a feuilleté «Le messager des bores à bandes d'Altaï» et «Le bulletin des biocénoses de la Carélie» et était étonnée par le courage et la persévérance de ceux qui avaient ressuscité les sols fertiles,  littéralement mètre par mètre, en plantant des herbes, de la mousse, des buissons, du sous-bois et d'autres sortes de «duvet» végétal, animal et édaphique.

            Autrefois, les gens avaient été subjugués par la diversité d'espèces de la Nature. Il semblait qu'on n'en voyait pas la fin de nouvelles espèces. Vers le vingtième siècle les rythmes des découvertes de nouvelles espèces et la disparition de celles déjà connues avaient été à peu près égaux. Vers le début du vingt-unième siècle, pour découvrir de nouvelles espèces il avait fallu faire des expéditions épuisantes dans les coins les plus éloignés du monde, encore conservés au Bornéo, en Nouvelle Guinée et au Madagascar. Des forêts avaient été abattues à la vitesse croissante, des plans d'eau s'étaient transformés inexorablement en décharges pourrissantes, des secteurs de la nature sauvage avaient diminué, s'étaient brisés. A l'époque personne n'avait compris ( ni n'avait voulu  comprendre d'ailleurs)  que la diversité d'espèces d'un secteur entier de la nature sauvage n'avait pas été du tout égale à la diversité d'espèces des deux secteurs, dont chacun avaient la surface deux fois moins grande. Si sur un petit terrain une plante quelconque avait été détruite par hasard, les plantes avoisinantes de la même espèce auraient compensé la perte, rétabli l'équilibre. Sur un petit terrain cela ne se passait pas, et l'épuisement des espèces survenait plus vite qu'on aurait pu croire. 

              Cela avait été tellement facile – de tout bétonner, pour ensuite clouer de kevratine et de nanosilicate, et de «plastique de plasma intellectuel», de calciner les terres avec le rayonnement «inoffensif» des milliards de kilomètres de câbles de haute tension, et à quel point infiniment difficile il avait été de rappeler la terre à la vie... étonnant,  mais les gens pendant la Période de la Barbarie Technologique, et même plus tard, à l'Époque des Technologies Écologiques ( qui, en réalité, détruisaient la nature de manière pas moins agressive à cause de leurs proportions) avaient considéré la terre comme «un tas de boue», ou, dans le meilleur des cas, comme «une unité complexe de minéraux et microorganismes» - quelle folie! Ça ne leur était pas venu à l'esprit que le sol était un être vivant, possédant une conscience, tout comme des arbres, des nuages, la Terre et  des  rivières... mais quoi dire, car il y avait eu des temps où  l'on doutait du fait que la femme était un être humain!

             Du vingtième au vingt-quatrième siècle la Terre était passé au travers du «goulot de bouteille» de l'évolution  - d'innombrables espèces d'animaux et de plantes avaient été perdues irrévocablement. L'ingénierie génétique avait restitué une dizaine ou deux d'espèces, et, bien sûr, nous pourrions en restituer encore plus qu'une centaine ou même un millier d'espèces. L'élargissement du réseau des laboratoires de «la restauration génétique» était une des tâches prioritaires de l'époque. Tora s'est rappelé comment trois mois en arrière, lorsqu'elle finissait ses études, tout le monde s'était embrassé et avait sursauté de joie quand on avait appris que, finalement, le problème de la stérilité des léopards clonés avait été résolu-  là il serait peut-être possible d'appliquer cette expérience sur d'autres espèces. Mais ce n'était qu'une goutte d'eau dans l'océan, on n'avait donc qu'à espérer que, en gros, la Terre elle-même ferait tôt ou tard un pas à l'encontre de la vie, en provoquant encore une «explosion» comme cambrienne, et même, elle avait passé au travers des  «goulots de bouteille» plus qu'une fois, d'ailleurs la dernière fois cela s'était passé  pas très longtemps en arrière, à pléistocène.

             Les gens renaissaient aussi – de nouveau, en découvrant pas à pas de nouveaux espaces des perceptions illuminées. Après la Grande Guerre Enfantine les émotions négatives avaient été promulguées la contagion des plus dangereuses rongeant l'humanité dès l'époque préhistorique. Ce qui était étonnant c'était que les gens portaient dans leurs estomacs des bactéries nocives s'y étant établi depuis des dizaines de milliers d'années en arrière, ce qui avait été découvert  déjà au 21ième siècle, mais il avait fallu encore quatre cents ans pour que cela soit devenu finalement clair pour tout le monde que l'humanité avait été assujettie effectivement par l'horrible «virus» nommé «les émotions négatives», monstrueusement variable, facilement adaptable à toutes les conditions, troublant l'esprit à tel point que cette maladie même avait été considérée par tous sans exception comme l'attribut intégrant de l'homme, la structure basique de la personnalité, et dont la guérison n'avait été non seulement impossible, mais nocive, soi-disant privant l'homme de sa personnalité individuelle. La notion d'hygiène avait apparu presque mille ans en arrière, se brosser donc les dents le matin, se laver au moins une fois par semaine, se laver les mains avant manger – tout ça et d'autres choses encore avaient été devenu presque un réflexe dans la vie de beaucoup de gens dans le 19ième siècle déjà, mais il avait fallu encore 200 ans avant que la notion des perceptions illuminées ait apparu dans la culture humaine, et encore 400 ans, avant que l'hygiène basique des mécontentements ait fait corps avec la culture. Actuellement, il était peu probable de trouver un tel «crado» qui, le matin et avant d'aller se coucher, ne fasse pas le polissage émotionnel, ni fasse naitre au moins quelques dizaines d'actes d'anticipation et de dévouement.

            Mingues a bougé et Tora a pris la place à côté de lui en posant sa main sur sa patte arrière. Tora savait beaucoup de choses sur les êtres qui habitaient la planète vivante à cet époque, mais pour le moment elle ne s'y connaissait pas très bien en histoire, c'est pourquoi, en joignant le groupe d'historiens, elle écoutait attentivement leurs conversations et essayait de lire et parler le plus possible. Mingues dirigeait un groupe de dix chercheurs. Ils ont choisi une base dans l'Himalaya pour le campement d'été, au pied de Lhotse et Nuptse, dans la vallée du Caillou Souriant, et Tora s'y plaisait à merveille. Bientôt les autres allaient se réveiller. Et Mike se réveillerait aussi. Il sauterait sur le toit et, comme maladroitement, il serrerait Tora entre ses bras, lui regarderait dans les yeux et demanderait - «tu veux», elle hocherait la tête en réponse, et lui de nouveau, comme la nuit dernière, lorsqu'il l'avait prise endormie, il l'ensevelirait sur son dos, lui écarterait les jambes, mettrait doucement la queue dans sa chatte et bougerait son derrière tantôt rapidement et profondément, tantôt en écartant ses petites lèvres avec sa tête, il serrerait son visage contre ses pattes en mordillant doucement ses petits doigts, en passant sa langue sur la plante de ses pieds, et en respirant profondément l'odeur excitante des pattes féminines, il lui peloterait le ventre, les épaules, les seins. Et Tora caresserait avec ses petits doigts ses lèvres et sa langue, regarderait les sommets enflammés des montagnes et ressentirait la flamme de la tendresse s'accroitre dans la gorge. Ensuite elle dirait «stop» ou ce serait lui le premier qui dirait «stop», ils s'arrêteraient  sur la limite  extrême de l'orgasme pour continuer encore et encore, Kert et Brice viendraient pour lui caresser les seins  ou le derrière ou le ventre, elle attirerait Brice vers elle pour prendre sa queue dans la bouche, mais elle ne la sucerait pas, en le sentant gonfler de vigueur et de chaleur, ensuite Mike sursauterait soudainement et tous courraient se baigner au petit lac glacial et elle galoperait derrière eux en les rattrapant et tapant le plus proche sur les fesses et les cuisses, ils savoureraient tous ensemble la sensation du fort désir de sexe et de tendresse, car c'était un tel plaisir – désirer! Et l'extase de s'approcher du lac, le plaisir de patauger les pattes nues sur le sol argileux,  la mousse douce, le lichen rugueux couvrant les cailloux, les touchers chatouillant des branches – tout se mêlerait en une vague douce et violente, sans laquelle il était impossible, inimaginable de vivre. La détermination de mener une attaque d'anticipation pendant deux trois jours suivants s'est accru – sauter dans l'anticipation chaque minute. Tora savait d'après son expérience que par la suite d'une telle pratique le fond illuminé profond de l'anticipation ferait son apparition vers midi, et ce souvenir même était l'un des plus forts facteurs illuminés. Néanmoins, chaque facteur illuminé, même d'une force insignifiante, pouvait jouer un rôle considérable dans la réalisation réussie d'une telle attaque, car les facteurs illuminés les plus habituels pouvaient perdre temporairement leur efficacité suite à une utilisation massive, il serait alors primordial de pouvoir continuer à faire naitre l'anticipation en utilisant de nombreux petits facteurs illuminés. En sachant ça, Tora ne manquait pas de compléter la liste dans son calepin.

             Quand ils sont rentrés, Mingues était déjà en bas, il avait ouvert la carte holographique dynamique – les chercheurs y mettaient des évènements découverts par eux pendant leurs plongées. D'habitude, pendant le petit déjeuner quelqu'un jouait le rôle de narrateur pour mettre Tora au courant des affaires.

            -  Comment vous vérifiez la crédibilité des évènements?

            - On n'a pas de tel problème, - Brice était assis, légèrement penché, - la table était un peu juste pour son gros corps de deux mètres, il était donc assis les genoux écartés de loin, ainsi Tora  tendait sa main pour caresser ses couilles et sa queue, pour serrer doucement ses hanches, ce matin elle s'était réveillée dans un état particulièrement excité, en plus Mike l'avait taquinée avec une petite baise. Brice frissonnait légèrement de plaisir, lorsque la main de Tora le touchait doucement, mais assurément, et il continuait.

              -  Quand les pratiquants ont appris à fixer la conscience lors des rêves conscients, de nombreuses directions dans les recherches se sont ouvertes à eux, tu le sais bien. A vrai dire, tu le sais mieux que moi, c'est pourquoi tu es là avec nous, nous avons un grand besoin en intermédiaires en ce moment. A ma connaissance, les premières expériences des voyages dans les mondes des rêves conscients ont été entreprises  il y a des milliers d'années. C'était des pionniers. Certains y arrivaient comme à un résultat supplémentaire des pratiques spirituelles, d'autres allaient vers ce but directement. Bien sûr, maintenant on sait que les tentatives d'atteindre des rêves conscients stables ne peuvent mener à des résultats sérieux seulement si elles sont basées sur la base solide des perceptions illuminées vives et le fond illuminé stable, mais... 

               -  Les pratiques spirituelles? - Tora a levé la main, distraitement, comme en cherchant la réponse dans l'air. Autant que je sache, c'est un terme...

               -  C'est un terme qui, avant, signifiait tout ce que tu veux, mais dans le sens qu'on lui donne aujourd'hui, il signifie n'importe quelle sorte d'activité dont le but est des perceptions illuminées plus pures, plus intenses, plus profondes et plus poignantes, - comme la tendresse, la joie, l'anticipation, la sensation de beauté, de mystère, la détermination...

             -  Tu veux lire tout le tableau des perceptions illuminées? - la voix dynamique et ferme d’Archi, qui contrastait tellement avec l'expression tendre de son visage, a brusquement intervenu dans la conversation. Brice, je veux que Tora soit mise au courant aussi vite que possible, je propose de ne parler que du plus important, Tora rattrapera le reste toute seule, elle est une fille assez dynamique. Allons au fait, moins de préface. - Archi a énergiquement secoué la tête et a jeté un regard interrogatif sur Tora.

             -  Je suis d'accord. - Mingues parlait rarement, beaucoup plus rarement que les autres, il y avait des jours où il ne prononçait pas un son, pourtant ses paroles étaient souvent remplies d'une force captivante d'un torrent retenu, prêt à se livrer le passage en une saccade farouche. Tora aurait pu écouter Mingues des heures entières, même s'il ne faisait que lui raconter le tableau des tétra-accords des perceptions illuminées dans toutes les bandes fondamentales de la veille simple. D'habitude, Mingues tournait autour  du pot, en tâtant et en s'accoutumant, parfois en analysant scrupuleusement, parfois en feuilletant de façon superficielle les rapports des membres des groupes différents, de temps en temps il mettait de côté toutes les affaires pour aller flâner dans les alentours. Son occupation préférée était de bloquer la distinction de sa personnalité, au cours de ce processus  il intégrait partiellement les perceptions des êtres conscients, comme notamment un filet d'eau dans un ruisseau, un morceau de la mousse, une jeune pousse, un vieux pin, un sommet lointain, un nuage voyageant dans le ciel abyssal. Cette occupation est devenu tellement habituelle pour lui que souvent elle se passait de façon automatique – aussi légèrement et délibérément qu'il nous paraissait à tous naturel et facile d'éprouver des éclats des sentiments de beauté et sympathie envers «les museaux de la Terre» pendant une promenade dans la forêt. Naturellement, pendant le processus, l'intégration ne concernait que les perceptions qui n'exerçaient pas de forte influence sur l'intégrité de la forme humaine, néanmoins cela était déjà  intéressant – de faire apparaître justement de tels ensembles de perceptions. Parfois Mingues complétait la page correspondante dans le museau-wiki gérée par lui et d'autres chercheurs, passionnés par le même sujet, il était très intéressant et instructif de la lire. Cela faisait penser Tora à un jeu avec le chien de l'homme, qui ne s'était jamais ébattu avec des chiens – on pouvait lui caresser la nuque ou bien lui mettre la main dans la gueule, pour qu'il te mordille légèrement, ou alors le laisser te lécher le visage, etc. - tout ça donnait de nouvelles sensations, et parfois même de nouveaux facteurs illuminés, pourtant tout ce jeu n'influençait pas vraiment ce qui te préoccupait à ce moment là.

             Un témoin extérieur, qui ignorerait ce qui se passait dans le groupe, aurait pu penser parfois que Mingues était un peu mal à-propos dans cette compagnie des gens passionnés par leur affaire – il ne se déplaçait pas aussi rapidement, ni s'ébrouait aussi joyeusement et de manière aussi décontractée dans un ruisseau montagnard, il était trop silencieux et pensif, il ne racontait pas avec passion ce qu'il avait eu dans les recherches du jour, il envoyait rarement des messages dans «Les ressources des historiens concrets», il n'était pas très actif dans la rectification de ces messages, pour leur donner un aspect d'un fragment achevé et irréprochablement clair. C'était seulement quand,  pendant de longues heures, tous les membres du groupe exécutaient un accordage collectif et  fixaient les consciences dans les mondes, lointains du monde de la veille ordinaire, ou bien quand ils faisaient ensemble des exercices d'entrainement, que les différences dans les tempéraments s'estompaient, et le sentiment de sérénité active et enthousiaste éclairait le visage de chacun au même niveau. 

            Ainsi, cela pouvait durer quelques jours ou même une semaine. Ensuite, à un moment donné, Mingues formulait des questions qui, avec une grande probabilité, pouvaient servir d'un point de percée – cela pouvait arriver à n'importe quel moment – il pouvait se brosser les dents à ce moment là ou bien se faire bronzer sous un soleil piquant de l'Himalaya, lécher les petits seins de Rihana, qui gigotait avec ses fesses sur sa queue, ou examiner les dernières info des sciences  connexes  ou très éloignés. Sans aucune interruption Mingues se figeait soudainement et prononçait à voix haute: je suis prêt à formuler. A ces moment là il se transformait en un clin d'?il en un ado curieux, ne pouvant pas tenir en place, tellement il s'impatientait – raconter à tout le monde le plus vite possible, tout de suite, immédiatement. Le groupe attendait ce moment avec une énorme anticipation – Mingues était irremplaçable et inimitable en matière de formulation des questions qui servaient à faire germer des points de percée. Il possédait le talent unique de réunir des phénomènes qui paraissaient n'avoir aucun rapports entre eux, d'y entrevoir quelque chose, qui, étant considérés à part, ne provoquaient pas d'anticipation, mais une fois mis ensemble et montrés sous un certain angle,  menaient à de vifs éclats d'hypothèses, de désirs joyeux intenses, à la soif inégalée d'expérimenter. Un jour Brice a appelé Mingues «Sherlock Holmes». Le même jour Tora a trouvé à la bibliothèque deux livres sur Mr Holmes et, après les avoir lus, elle ne pouvait qu’admettre qu'une telle comparaison était bien fondée.

             Puis, Mingues observait les efforts de ses partenaires, en les surveillant de côté ou en les soutenant sur des seconds rôles. Là, le rôle de leader pouvait être pris par n'importe quel membre du groupe ou plusieurs membres, - c'était un acte enivrant d'un voyage en commun, vécu avec l'anticipation et détermination d'une telle intensité que, parfois, la poitrine fondait et des éclats d'extase inondaient leurs corps, et le plaisir poignant dans la gorge et au milieu du front devenait  presque insoutenable, la poitrine et le cœur s'enflammaient, et en partant de là, des torrents de délectation se répandaient dans les bras. Les poignets et le dos de la main et, ensuite, tous les avant- bras, devenaient tellement sensuels qu'aucun sexe torride ne pouvait rivaliser avec le toucher le plus léger et innocent de ces endroits. Bien sûr, des impressions aussi vives n'arrivaient que de temps en temps, et surtout, aux moments où ils réussissaient à mêler du dévouement aux perceptions, mais à chaque fois que cela avait lieu, ils obtenaient une expérience inestimable – des secondes précieuses ou même des minutes des perceptions illuminées extatiques (PIE).

             Si Mingues a interrompu une conversation aussi ordinaire, ça voulait dire que c'était un fait à part – il avait flairé quelque chose. Les chasseurs ont flairé le gibier.

              -  C'est dans nos intérêts que Tora devienne le plus vite possible une partenaire de plein..., - Mingues s'est arrêté, -  une partenaire dans le processus. A ma connaissance, elle possède une flexibilité rare, une intuition extraordinaire qui permet de s'orienter avec succès là où le filet de la conscience distinctive n'est pas encore mis sur l'ensemble de nouvelles perceptions, ni fixé dans la nouvelle position, et pour nous, cela, comme vous le savez bien, a une importance clef, et parfois même, une importance vitale. - Il s'est tourné pour regarder Tora dans les blancs des yeux. - En tout cas, c'est comme ça que Brice me t'a recommandée, et lui, il ne gaspille pas ses recommandations.

             Tora le regardait en silence, son visage n'exprimait ni contentement de la mention honorable, ni confusion – c'était un regard ouvert d'une personne qui n'avait rien à cacher d'elle-même. Le regard de quelqu'un qui avait eu un stage sérieux chez «commandos».

            -  Mais ne crois pas que ce sera facile pour toi, - Mingues a continué. - Ce avec quoi on travaille, c'est... quelque chose d'absolument extraordinaire... - il s'est arrêté pour chercher les mots. - Ce n'est pas une promenade, c'est... Tu dois connaître le problème de l'existence possible du point de non-retour principal lors du remplacement pas à pas des perceptions de ma bande humaine. Le problème est, en gros, le suivant: si on remplace pas à pas une perception, faisant partie de   l'ensemble entier des perceptions nommées «l'homme», par une autre perception, faisant partie d'un autre ensemble ou bien existant à part de tous les ensembles qu'on connait, ou tout simplement si on l'intègre sans remplacement, à partir d'un certain point la fermeté d'auto-identification de soi en tant que «homme» affaiblit donc de façon critique. Il faut alors accomplir le processus cyclique d'auto-identification pour pouvoir avancer, s'étant assuré que le groupe d'assurance s'est fixé sur de nouvelles positions. Parfois, on exécute une procédure plus compliquée, peu étudiée et potentiellement dangereuse, celle du transfert progressif de l'auto-identification – pour ça il est nécessaire de fixer fermement la sûreté parmi un groupe donné de perceptions de l'être en question, ensuite il faut avoir un groupe de soutien qui bougerait en parallèle, étant quelques pas en arrière, qui, lui aussi, fixerait une telle sûreté et jouerait ainsi sur l'instinct grégaire contrôlé... d'ailleurs, c'est ce qui est fait principalement chez «commandos», et ça importe peu pour notre conversation. Lors de la procédure cyclique une partie du groupe d'assurance reste sur leurs positions jusqu'à la fin de l'expérience, et l'autre partie te suit et est responsable du retour vers le groupe de l'arrière. Ainsi se forme une chaine d'assurance, de préférence, avec des doublures... mais où prendre autant de monde... il y en a besoin partout, chez nous aussi... c'est pourquoi les morceaux s'agrandissent, la quantité d'assureurs diminue... on n'en parle pas beaucoup dans les rapports, pour que les travaux ne soient pas arrêtés... je le sais tout ça, je n'approuve pas le risque injustifié, mais Thomas...  est une personne passionnée, peut-être même trop passionnée pour diriger un groupe... Dans le groupe de Thomas Heldstrem vous fixiez progressivement, pas à pas, la nouvelle position de la conscience distinctive, ne faisant le pas suivant que après être sûr que la voie de retour est bien marquée, bien «pratiquée», mais dans le nouvel ensemble de perceptions «l'auto-assurance» -  l'envie de refaire cette voie dans la direction de retour après la fin de l'expérience -  est fortement manifestée. Le groupe de Norton, d'après ce qu'on sait, a essayé de résoudre de problème «de front» - former un complexe stable de motivations, une sorte de «l'assurance d'en haut», mais … ils se sont emballés, hein, on connait tous cette histoire... le vertige du succès... Chez Thomas tu avais occupé la position de leader puisatier, il y avait de braves garçons dans le groupe de soutien, j'en connais certains dû à mon travail sur...

            -  Mingues, j'ai eu un stage pendant deux ans chez «commandos», - Tora l'a interrompu, - et je voudrais te rappeler que toi-même, tu n'a pas pu y tenir même une année... donc, non, écoute-moi, - Tora a tendu la main en avant tout à coup doucement, mais fermement, comme pour aplatir Mingues qui s'est légèrement relevé.

            Rihana s'est retournée en plaçant une jambe de l'autre côté du banc, son regard est devenu tenace, presque rigide.

           - Oui, Mingues, tu es si fort, habile et perspicace, le leader du groupe, et ainsi de suite – tu n'a pas pu y tenir même un an, il n'est pas raisonnable d'évincer ça, et si tu préfères, même un tout petit peu, de ne pas toucher à ce sujet, tu évinces alors, ainsi tu t'affaiblis, car le poison le plus fort c'est l'hypocrisie, et en t'affaiblissant, tu te mets en danger, et pas que toi, mais tout le groupe. Si tu veux mon assistance, je propose de t'habituer au fait que je suis une écharde dans ton cul.  Et c'est même mieux si tu ne t'y habitues pas tout simplement, mais si tu cultives le dévouement à l'égard de quelqu'un qui t'aide à te débarrasser du poison de l'hypocrisie.

             Mingues restait avec une expression de visage absolument impénétrable. Tora s'est tue pour  le regarder fixement, ses lèvres se sont légèrement entrouvertes, elles étaient humides, un peu charnues, diablement sexy, elle a légèrement penché la tête à droite, puis à gauche, telle une pie curieuse examinant un truc brillant.  Apparemment, ce qu'elle avait examiné l'a satisfaite, - elle n'avait pas observé de signes de vexation, l'expression du visage à Mingues résonnait avec de la détermination  et la sympathie. Tora s'est retournée alors vers la table et, en mâchant son sandwich, a continué. 

              - Cela veut dire qu'on peut ne pas jouer avec moi. Dit-le directe, pourquoi tu t'arrêtes tous les deux mots? Tu n'es pas mon rival, je lis dans tes pensées, tu ne pourras dons pas cacher le fait que  tu caches quelque chose. Tu caches -  bon, je ne suis pas aussi curieuse, mais soyons clairs – tu peux au moins esquisser les contours derrière lesquels tu ne veux pas me laisser? 

            -  Esquisser... non, tu verras toi-même. - Mingues s'est mis au petit déjeuner avec un appétit d'un loup, qui avait passé une journée entière à chercher sa proie. Les autres ont aussi commencé à dévorer avidement la bonne nourriture toute simple, le bruit de déjeuner, des bouts de phrases, le rire léger - tout ça a adouci l'ambiance, et les nuances d'acier ont disparu de la voix de Tora.

            -  C'est tout simplement que je ne veux pas affronter ça brusquement au moment le moins convenable.

            -  Tu affronteras ça brusquement. Et au moment le moins convenable. - L'intonation de la voix de Mingues était douce, mais implacable. - Il n'y a aucun doute là dessus. Mais tu es une des plus souples traceuse, c'est pourquoi tu es là. Au moment où tu affronteras la résistance – réelle ou imaginaire – de ceux qui doivent t'aider, et la résistance encore plus forte de ceux qui … et au moment où tu seras le plus vulnérable, ta souplesse doit t'aider à t'en sortir. Il n'y a pas d'autre moyen. Il me semblait que tu le savais, ils auraient dû t'expliquer que...

             -  Ils m'ont expliqué en gros. J'étais d'accord, ça m'intéressait. Donc, tu ne me diras rien maintenant?

              Mingues a jeté un regard pensif par la fenêtre. - C'est pas le moment. Je sens bien l'opportunité. Tu peux en être sûre – quoi que je fasse, ce sera fait à temps.

            -  Bien. Revenons à nos affaires.

            -  Qu'est-ce qu'il y a avec ta sixième ligne, Mike? - Mingues a légèrement penché la tête.

            - Aujourd'hui, rien.

            - Combien de cycles?

            - Aujourd'hui ou en général?

            -  Aujourd'hui.-  Mingues tapotait doucement avec la pulpe de ses doigts le plateau en bois massif.

           En claquant des doigts Mike  a allumé la base de données holographique et pendant un moment il a regardé pensivement la boule semi-transparente. Ensuite, il a fait un geste de la main, comme en ouvrant quelque chose, et la boule a grandi, en obéissant à son ordre. La structure intérieure complexe des points, des cercles, des fils et des pointillés multicolores, scintillants, signifiant des questions entre-liées, s'est révélée distinctement -  c'était tout le dossier des notes sur les résultats de recherches de leur groupe. S'ils voulaient, ils pouvaient élargir le panorama pour regarder la base de notes de tous les groupes. Un léger mouvement des doigts, comme en tournant une petite boule, et la boule a tourné docilement. Encore un mouvement, comme en attirant un fil d'une toile d'araignée très léger,  et elle a encore grandi en plusieurs fois, en approchant et agrandissant une des parties intérieures. Là, ses contours semi-transparents ont dépassé les limites de la maisonnette.

           - Éteins ce qui l'entoure, - Kert s'est penché du côté opposé de la table pour scruter attentivement le dessin complexe.

         Mike a fermé le poing gauche pour une seconde et a dessiné un petit cercle avec l'index de la main droite – les contours extérieurs de la boule se sont tout de suite éteints et les dossiers à l'intérieur de la partie désignée sont devenus plus vifs. En indiquant avec un doigt un des nœuds et en faisant un petit mouvement en bas, Mike a déroulé le listage holographique de ses notes de la semaine en cours, ensuite il a encore «attiré un fil de toile d'araignée»  vers lui pour agrandir le dessin, il a repointé le doigt dans les notes de ce jour pour les ouvrir.  

             -  Vingt quatre cycles. De deux à quatre heures du matin.

             -  Tu as bien travaillé!

             - Et pourquoi tu n'as pas ouvert tout de suite le signet des notes d'aujourd'hui? - c'était la voix de Tissa. Elle se tenait de façon imperceptible – tellement imperceptible que sa manière même de se tenir imperceptiblement était imperceptible. 

              - A chaque fois en ouvrant le dossier je veux voir combien est fait, ressentir l'anticipation de ce qui va suivre.

              -  Mais il n'y a pas de résultats?

              -  Non, pas pour le moment.

              - Raconte-moi encore une fois ce dont tu te rappelles. - Mingues a replié une jambe en s'installant plus confortablement. On va te poser des questions, peut-être quelque chose ressortira. Est-ce qu'il y a au moins une certitude secondaire dans l'avancement?

              - Explique. - Tora a ouvert son calepin et s'est préparée à noter.

              - Lorsque après l'immersion il y a des souvenirs stables, même fragmentés,  nous les fixons par écrit, ensuite nous menons des cycles pour revivre ça encore et encore, les souvenirs se fixent alors mieux, de nouveaux détails émergent. Avec ceci, parfois, il y a un léger ressenti comme quoi quelque chose de sorte était déjà arrivé, mais quoi – pas moyen de s'en souvenir. Mais quand même il y avait quelque chose, sans aucun doute. C'est justement cette certitude qu'on appelle secondaire. Autrement dit, quand le filet double tombe, certains contours restent non marqués. Si l'on s'en rend compte et revit ça encore et encore, les contours peuvent apparaître distinctement.

              -  Un filet double... tu veux dire, c'est quand il se manifeste simultanément deux sortes de la fixation de la conscience distinctive, comme en se posant l'une sur l'autre?

             -  Oui.

             -  Hein, je connais ça bien.

             -  Donc, quand il y a la certitude secondaire, le revivre de manière cyclique a du sens, on obtient souvent des résultats. Parfois c'est plus efficace de le faire soi-même, parfois en le concordant avec l'active participation des autres, nous alternons les approches. D'ailleurs, il y a deux idées qu'on n'a pas essayées, concernant la restructuration des fragments dissociés des contours... mais pour l'instant on y arrive comme ça. La plupart du temps.    

             -  Attends, - Tora s'est retournée pour jeter un regard sur les autres. - Vous êtes huit dans le groupe, il n'y a que six ici, peut-être il faudrait appeler les autres? 

              -  Ils sont partis en rafting avec les gars qui s'occupent ici des ordures en béton – ils utilisent l'ascenseur sur Lhotse. Ils ne reviendront que après demain. - Mingues a fait un geste d'invitation de la main.

              Mike, concentré,  a parcouru ses notes des yeux encore une fois et a mis ses deux mains sur la table. 

 

 



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