{"id":9632,"date":"2015-03-20T20:20:09","date_gmt":"2015-03-20T16:20:09","guid":{"rendered":"http:\/\/bodhi.name\/?page_id=9632"},"modified":"2015-03-20T20:20:09","modified_gmt":"2015-03-20T16:20:09","slug":"9632-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/bodhi.name\/fr\/home\/histoires\/9632-2\/","title":{"rendered":"Quelque chose"},"content":{"rendered":"<p>Charles Darwin est n\u00e9 en 1809. C\u2019\u00e9tait un scientifique \u00e9minent, la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution fut formul\u00e9e et expos\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans son ouvrage \u00ab\u00a0L\u2019origine des esp\u00e8ces\u00a0\u00bb. Publi\u00e9e en 1859, cette th\u00e9orie fut violemment contest\u00e9e par les serviteurs de dieu malgr\u00e9 le soutien de la pens\u00e9e scientifique de l\u2019\u00e9poque. D\u2019autres travaux scientifiques lui appartiennent \u00e9galement. Il fut enterr\u00e9 dans le Westminster Abbey. Dieu me pr\u00e9serve de devenir un tel paragraphe dans une encyclop\u00e9die.<\/p>\n<p>Lorsque ce matin je sortais de chez moi, j\u2019ai tout de suite senti une odeur de matin remarquable \u2013 cette odeur t\u00e9moignait, elle me rappelait quelque chose et me demandait de r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Une sagesse unissant est la non raison, le non sens et la b\u00eatise. Le moralisme, pi\u00e9tisme, solipsisme, automatisme, un hache-viande, un rebord de fen\u00eatre, une t\u00e9l\u00e9 scintillante &#8211; cette rang\u00e9e est interminable, cette ligne hypnotise, cet ordre est meurtrier. Compte l\u2019argent avant de quitter le guichet. Le client a toujours raison. La loi est s\u00e9v\u00e8re, mais c\u2019est la loi. Ne lui donne pas de pr\u00e9texte, ne te m\u00eale pas de ce qui ne te regarde pas, il y a loin de la coupe aux l\u00e8vres, n\u2019\u00e9veille pas le chat qui dort. Sois pr\u00eat. Tourne ta langue sept fois. J\u2019aime la vie, j\u2019aime la tendresse, j\u2019aime m\u2019\u00e9tirer dans mon lit le matin, j\u2019aime ressentir la solitude comme une souffrance lib\u00e9ratrice dont la coquille laisse scintiller de temps en temps un fil argent\u00e9 amenant vers le myst\u00e8re.<\/p>\n<p>Regardez comment les abats jour jaunes, des meubles anciens, des tableaux ovales dans les cadres de la m\u00eame\u00a0forme et un bouquet de fleurs fra\u00eeches dans un vase japonais vont bien ensemble. Voici est ma chambre, mettez-vous \u00e0 l\u2019aise.<\/p>\n<p>Je creuserais ces murs en b\u00e9ton avec mes dents. Donnez-moi ce vase, ce peignoir avec les pantoufles, ce jardin paradisiaque, je vais les manger. La rage d\u00e9guis\u00e9e en parures d\u2019humilit\u00e9. Un fol acharnement. Que pense le chien, comment pousse le sapin, o\u00f9 habite l\u2019h\u00e9risson \u2013 la nature humanis\u00e9e nous entoure, d\u2019ignobles fant\u00f4mes de la faiblesse sentimentale nous encerclent.<\/p>\n<p>Je vois autrement. Le chien \u2013 le nez humide, ses c\u00f4t\u00e9s se soul\u00e8vent, sa queue est \u00e0 point de s\u2019envoler, les yeux malins. Le sapin &#8211; le nez humide, ses c\u00f4t\u00e9s se soul\u00e8vent, sa queue est \u00e0 point de s\u2019envoler, les yeux malins. Je vois tout \u00e7a autrement. Je regarde, et l\u2019essence de l\u2019instant y est. Je ne vis pas, et la vie y est, je ne respire pas, et ma respiration y est. Comment faire autrement? L\u2019esquisse d\u2019un sourire s\u2019envolant des yeux p\u00e9n\u00e8tre tant la fum\u00e9e de feu de camp \u2013 en faisant mal et en purifiant.<\/p>\n<p>Nous seront, nous deviendront, nous sommes nombreux, peu nombreux, il faut les\u2026, sept par huit, pourquoi si compliqu\u00e9, mais quoi, n\u2019est-ce pas? Non. Je crois que non. Nous laissons des traces. Nous laissons toujours des traces, et nos traces sont empuanties, leur puanteur nous rattrape et nous enveloppe. Un cri est instantan\u00e9, mais son odeur agite encore longtemps dans le cerveau moisi, la sensation est morte avant d\u2019\u00eatre n\u00e9e \u2013 pourquoi auraient-ils besoin d\u2019elle \u2013 ils ont leur puanteur. Et c\u2019est assez pour eux. Qu\u2019ils puent. Et moi, je vais ressentir. Une id\u00e9e, si elle est n\u00e9e dans une sensation passionn\u00e9e, doit vivre sa vie tranquillement et en prenant son temps et mourir, se dissiper, et s\u2019il lui est donn\u00e9 un instant de vie, que ce soit un instant, si c\u2019est une journ\u00e9e, que ce soit une journ\u00e9e. Elle va mourir sans laisser de traces en moi, sans bloquer le passage des autres, elle ne s\u2019\u00e9l\u00e8vera pas tel un mausol\u00e9e, ne se nouera pas en un n\u0153ud.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cette \u00e9tincelle ne se contente pas du p\u00e8re, ni du fils, ni du saint esprit, ni de la trinit\u00e9, le temps que chacun des trois est emprisonn\u00e9 dans sa particularit\u00e9. Je dis sinc\u00e8rement que cette lumi\u00e8re ne se contentera pas de naissance fertile de l\u2019essence divine. J\u2019rajouterai ce qui sonnera encore plus \u00e9tonnant: je jure par la v\u00e9rit\u00e9 vertueuse que la simple immobilit\u00e9 de l\u2019essence divine ne suffit pas \u00e0 cette lumi\u00e8re, l\u2019immobilit\u00e9, qui ne donne ni s\u2019approprie rien, et encore: la lumi\u00e8re d\u00e9sire savoir d\u2019o\u00f9 vient cette essence, elle d\u00e9sir une simple raison, un d\u00e9sert muet, l\u00e0 o\u00f9 aucune diff\u00e9rence ne se voit jamais, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a pas de p\u00e8re, ni de fils, ni de saint esprit. Dans les tr\u00e9fonds int\u00e9rieurs, dans la demeure de personne, l\u00e0 cette lumi\u00e8re trouve de la satisfaction, et l\u00e0 elle est plus unie que dans elle-m\u00eame, en raison d\u2019un simple calme, immobile en lui-m\u00eame. Par ceci l\u2019esprit purifi\u00e9, illumin\u00e9 plonge dans les t\u00e9n\u00e8bres divines, dans le silence, dans l\u2019unification inou\u00efe et inconcevable\u00a0; et lors de cette plong\u00e9e il perd tout ce qui est semblable et pas, dans ce n\u00e9ant l\u2019esprit perd lui-m\u00eame et ne sait plus rien ni du Dieu, ni de lui-m\u00eame, ni de semblable ni de diff\u00e9rent, ni de rien\u00a0; car maintenant il est plong\u00e9 dans l\u2019unit\u00e9 Divine et a perdu toutes les diff\u00e9rences\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On me dit \u2013 tu est un salaud, tu es une ordure, il faut t\u2019\u00e9craser, te d\u00e9couper, et il ne me reste que \u00e9couter, \u00e9couter et comprendre \u2013 le n\u00e9ant est infini. Un ciel superbe avant cr\u00e9pusculaire, des nuages denses, des frondaisons fra\u00eeches d\u2019\u00e9pic\u00e9a, la neige sur des feuilles tomb\u00e9es. Tu es maintenant une beaut\u00e9 pareille, dont on peut r\u00eaver, qu\u2019on peut parfois entrevoir, ressentir mais pas fusionner avec. Comme la for\u00eat \u2013 elle est tout pr\u00e8s, mais elle n\u2019est pas \u00e0 moi, comme les montagnes \u2013 elles font partie de mon \u00e2me, mais je suis loin d\u2019elles, tu es maintenant pour moi la mer, et les montagnes, et la for\u00eat, tout \u00e7a est toi \u2013 une toute petite fillette.<\/p>\n<p>Et il y a des fleurs sur la branche s\u00e8che.<\/p>\n<p>Dans le clapotis d\u2019un ruisseau, le grincement des wagons, le bruissement des feuilles une m\u00e9lodie des instruments merveilleux se ferait entendre \u00e0 des moments, une m\u00e9lodie sans air, sans aucuns accessoires habituels pour l\u2019homme. Il existe encore une autre m\u00e9lodie \u2013 un ensemble de perceptions momentan\u00e9es qui ne sont pas charg\u00e9es de choses humaines (des choses trop humaines) s\u2019accordant en une m\u00e9lodie grandiose, presque insoutenable pour l\u2019oreille interne de l\u2019homme, du destin. Celui qui a entendu ces sons sait qu\u2019il n\u2019existe pas un ch\u0153ur plus majestueux accompli par l\u2019univers de milliards de voix, il sait qu\u2019ici il touche un myst\u00e8re des plus sacr\u00e9s \u2013 il prend le c\u0153ur du monde dans ses mains.<\/p>\n<p>Par moment il me semble que je n\u2019existe pas. C\u2019est-\u00e0-dire pas du tout. Il me parait qu\u2019un l\u00e9ger coup de vent peut disperser la poussi\u00e8re de mon existence et tel un balayeur chasse les feuilles du trottoir, ainsi serait \u00e9pousset\u00e9 tout ce qui \u00e9tait moi. Et je reviendrais dans ce dont j\u2019ai \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u2013 dans la terre, le vent, la neige, la curiosit\u00e9. Un tableau suivant se d\u00e9voile inopportun\u00e9ment devant mes yeux: dans une cabane, loin dans les montagnes, hors du temps, des vieux, dont le sort est inconcevable, gisent dans la profondeur de leurs c\u0153urs, une id\u00e9e fantaisiste est pass\u00e9e par leurs t\u00eates, notamment de r\u00e9unir des courants invisibles de conscience afin de cr\u00e9er un \u00eatre vivant, en lui donnant tout ce qui permet \u00e0 l\u2019homme de dire qu\u2019il existe. Chacun a attribu\u00e9 \u00e0 ce jouet ce qu\u2019il a pu, \u00e0 savoir: des sensations, impressions, id\u00e9es, l\u2019amour, chacun a donn\u00e9 quelque chose et un homme a apparu. Restera-il quelque chose apr\u00e8s que leur fantaisie ait fil\u00e9 et l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 au jouet soit \u00e9puis\u00e9? Les courants reviendront en arri\u00e8re, et je dispara\u00eetrai aussit\u00f4t. Il me semble qu\u2019ils me donnent une chance de r\u00e9soudre cette question moi-m\u00eame\u2013 serais-je assez int\u00e9ressant pour eux? Est-ce que j\u2019arriverais \u00e0 les passionner par la force de ma sinc\u00e9rit\u00e9?<\/p>\n<p>Lorsque j\u2019\u00e9coute Matia Bazar, une attirance douce de la mort me saisit. Mais peut-\u00eatre ne s\u2019agit-il pas de la mort\u00a0du tout? Il se peut que ce soit la vie? Le c\u0153ur me serre, et je vois un reflet de soleil quelque part au fond de moi. L\u2019amour et la mort supr\u00eames \u2013 ils s\u2019avancent main dans la main vers un \u00e9clat ardent du bonheur.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre suis-je ridicule. Peut-\u00eatre ai-je l\u2019air d\u2019un chercheur d\u2019un rem\u00e8de contre la solitude et le d\u00e9sespoir, d\u2019un preneur des \u00e2mes, mais comment dire, comment expliquer que je ne veux que montrer \u00e0 quel point tout pr\u00e8s, tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 se trouve Quelque chose\u2026<\/p>\n<p>Un cheval et un h\u00e9risson se promenaient dans le brouillard de Kronstadt et l\u00e0 ils n\u2019avaient qu\u2019une feuille pour eux, cette feuille s\u2019approchait et s\u2019envolait tel un Louis de Broyle de mes r\u00eaves d\u2019enfant \u2013 elle est comme une \u00e9ternit\u00e9 folle de Berdiaev \u2013 comme le symbole phallique des hindous, insinuant l\u2019insinuable, c.-\u00e0-d. dans ce tableau d\u00e9solant de la feuille fibrillaire il y avait la mall\u00e9abilit\u00e9 du corps et la cruaut\u00e9 du c\u0153ur. J\u2019ai fait un r\u00eave: une grosse araign\u00e9e \u00e9tait assise, les pattes en l\u2019air. Il y a quelques mois j\u2019ai fait connaissance d\u2019une jeune fille qui avait une adresse masculine. Je l\u2019ai not\u00e9e \u00e0 ce moment-l\u00e0 et maintenant c\u2019est survenu. Une nuance du go\u00fbt androgyne. Un st\u00e9r\u00e9o de sexe. Une b\u00eate gloussante. Une soude d\u00e9licieuse. Comme cette araign\u00e9e se moquait de nous, elle se moquait de cette structure laide que les gens appellent le sens moral. Il est comme un champignon bois\u00e9 \u2013 de vue c\u2019est un champignon, mais en r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est de la pure cellulose. Il parait faire une partie du psychisme, en r\u00e9alit\u00e9 \u2013 rien que de la simple cellulose. C\u2019est \u00e0 quoi je pense s\u00e9rieusement. Tout \u00e0 fait s\u00e9rieusement. \u00ab\u00a0Et tu t\u2019appelles comment?\u00a0\u00bb &#8211; lui ai-je demand\u00e9. Et surtout \u2013 o\u00f9? Puisque si l\u2019on appelle, c\u2019est forc\u00e9ment quelque part. Que doit ressentir une personne appel\u00e9e \u00e0 la mort de mani\u00e8re path\u00e9tique? Je me souviens de la neige glissant sous mes pieds et de la glace bris\u00e9e et de ma d\u00e9cision ferme \u2013 \u00ab\u00a0Si mon grappin ne me retient pas, je m\u2019accrocherais \u00e0 la glace avec mes dents\u00a0\u00bb. Et en levant mon piolet comme un drapeau, j\u2019allais l\u00e0 o\u00f9 personne ne m\u2019a appel\u00e9 \u2013 l\u00e0 j\u2019\u00e9tais heureux. Un oc\u00e9an de granatiers en fleuraison dans la vall\u00e9e de Tsinandali. Une mar\u00e9e de sakoura en fleurs sur le versant de Fuji \u2013 est-ce que cet escargot rampe toujours ou bien il est arriv\u00e9 et l\u00e0 l\u2019\u00e9poque formidable des vers instantan\u00e9s et de l\u2019amour \u00e9ternel est finie?<\/p>\n<p>Etre comme un courant, comme un ruisseau \u2013 couler tout simplement.<\/p>\n<p>Quand je regarde un vieux qui tra\u00eene dans la rue avec un sceau sale dans la main, en vieilles bottes en caoutchouc, malgr\u00e9 la chaleur, je vois dans ses yeux la compr\u00e9hension du fait que rien n\u2019est plus accessible, qu\u2019aucun objectif n\u2019arrive \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans sa t\u00eate \u2013 il n\u2019y a plus de forces, ni de temps pour le r\u00e9aliser. Rien, que ce qu\u2019il y a maintenant \u2013 cette rue, cette chaleur br\u00fblante, le monde se refl\u00e8te dans sa t\u00eate sans laisser de traces, comme la lune dans une flaque d\u2019eau. Il y a quelque chose dans \u00e7a qui donne envie de s\u2019arr\u00eater. S\u2019arr\u00eater compl\u00e8tement. S\u2019arr\u00eater de fa\u00e7on que le monde entier s\u2019arr\u00eate. Et le vivre maintenant \u2013 lorsqu\u2019il y a encore des forces pour l\u2019emporter sur \u00e7a, pour le prendre comme une force de vie, et pas comme un cauchemar d\u2019abattement.<\/p>\n<p>Risquer la vie \u2013 quel importance. Tout le monde autour ne fait que \u00e7a, comment peut-on appeler autrement leur subsistance nulle. Mais risquer la mort \u2013 risquer la mort \u2013 \u00e7a, c\u2019est impressionnant!<\/p>\n<p>Des \u00e9clats de rire, des coups de fouet, des cris, des gestes, des nuages d\u00e9chir\u00e9s, l\u2019odeur de l\u2019herbe moisie &#8211; ainsi j\u2019ai calm\u00e9 mon esprit.<\/p>\n<p>Quand il n\u2019y pas de musique \u2013 na\u00eet la m\u00e9lodie de Samadhi, quand il n\u2019y pas de passion &#8211; na\u00eet la passion de Samadhi, quand il n\u2019y pas d\u2019esprit &#8211; na\u00eet l\u2019esprit de Samadhi. Lorsque tous les trois naissent, ils meurent, et Samadhi na\u00eet. Quand Samadhi na\u00eet, il n\u2019y a plus rien \u00e0 dire.<\/p>\n<p>Quand je sortais de chez moi ce matin, j\u2019ai senti une certaine odeur \u2013 c\u2019\u00e9tait l\u2019odeur d\u2019une ombre d\u2019un oiseux, l\u2019odeur de bruissement d\u2019un arbre \u00e0 c\u00f4t\u00e9, l\u2019odeur d\u2019une fissure dans l\u2019asphalte.<\/p>\n<p>Les aveugles ne voient que des aveugles, les sourds n\u2019entendent que des sourds. Moi, j\u2019aurais plus rien \u00e0 attendre ici. Tous les jours de plus en plus loin. Quelque chose \u00e9chappe sans retour, et je le ressens avec tout mon corps, tout mon \u00e2me, avec tout ce qu\u2019il y a en moi. En tout cas il n\u2019est pas possible de percer des trous dans les yeux pour commencer \u00e0 voir. On commence \u00e0 voir de l\u2019int\u00e9rieur, ainsi faut-il venir \u2013 de l\u2019int\u00e9rieur, c\u2019est \u00e0 dire de l\u2019int\u00e9rieur de soi, pour \u00e7a faut-il partir &#8211; pour revenir. Alors, adieu.<\/p>\n<p>Un \u00e9tat d\u2019esprit qui ne se trouve nulle part. Un \u00e9tat d\u2019esprit o\u00f9 la pens\u00e9e ne voit pas le jour, une surface pure de l\u2019oc\u00e9an, une profondeur manifest\u00e9e. Une pierre lanc\u00e9e plonge imm\u00e9diatement au fond et dispara\u00eet, et les eaux se ferment derri\u00e8re elle sans produire des vagues. Le visage d\u2019une personne pench\u00e9e au dessus de l\u2019eau n\u2019aper\u00e7oit que son reflet derri\u00e8re lequel luit l\u2019abysse sans fond.<\/p>\n<p>J\u2019essaye de trouver des sensations hors du commun. Par exemple, imaginer que je vais me faire tuer \u00e0 cet instant m\u00eame et le froid qui me saisit, le sous-bois qui devrait alors prendre mon corps acquiert une tonalit\u00e9 d\u2019effluve inexplicable de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Est-ce qu\u2019il en y a tout simplement du d\u00e9cha\u00eenement de l\u2019imagination de consommateur? Je ne crois pas. Ce serait plut\u00f4t un moyen de toucher de nouvelles cordes de la perception du monde, d\u2019\u00e9chapper aux perceptions st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es. Les sensations deviennent plus fra\u00eeches et plus translucides \u2013 \u00e0 travers je commence \u00e0 voir le fond \u00e9ternel, couleur argent, de l\u2019existence. Ou bien imaginer que je suis assis sous un arbre en Samadhi, avec ceci part toute sensation de fausse responsabilit\u00e9, et peut-\u00eatre Samadhi survient-il. Certains ensembles de sensations semblent d\u00e9placer la perception dans une dimension inconnue. Le savoir faire de composition de tels ensembles est un grand art, certes, mais de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, ne serait\u2013il pas le sens de tout art. Bien s\u00fbr, chacun le d\u00e9couvre pour soi, ce qui est plus \u00e9tonnant c\u2019est que parfois beaucoup de personnes diff\u00e9rentes y trouvent le m\u00eame effet. Il m\u2019est tr\u00e8s proche la forme d\u2019art qui trouve son expression dans les hokkus et les tankas japonais. Un alignement des images qui produit une explosion de passage \u00e0 un autre type de perception. Une question \u2013 \u00e0 quel point les univers o\u00f9 va ma perception sont-ils divers? Il y en a au moins un point commun entre eux &#8211; le ravissement m\u00eame du fait que je per\u00e7ois le monde autrement. L\u2019habitude de d\u00e9placer la perception me pr\u00e9pare \u00e0 trouver le chemin vers ce qui m\u2019est le plus proche \u2013 vers Samadhi.<\/p>\n<p>Le bruit qui emp\u00eache de se concentrer et de plonger en soi se fait entendre seulement lorsque l\u2019esprit est alourdi pas les pens\u00e9es. Quand l\u2019esprit redevient ce qui l\u2019est selon sa nature avant l\u2019apparition des pens\u00e9es, il n\u2019y a pas d\u2019entraves. Une entrave elle-m\u00eame est quelque chose qui se dresse au milieu du courant et l\u2019obstrue. S\u2019il n\u2019y a pas de courant \u2013 il n\u2019y a pas d\u2019entrave. S\u2019il n\u2019y a pas de courant, ni d\u2019entraves, il n\u2019y a alors pas d\u2019absence de courant, ni d\u2019entraves. Et c\u2019est \u00e0 ce moment l\u00e0 que le courant a lieu. Celui qui le sait, comprendra. Pourquoi ne suis\u2013je pas en ce moment en Samadhi? C\u2019est la seule question que je veux me poser au moment o\u00f9 il y a des questions.<\/p>\n<p>Lorsque je sortais de chez moi ce matin, j\u2019ai senti une certaine odeur \u2013 c\u2019\u00e9tait l\u2019odeur de la mort.<\/p>\n<p>Ce qui m\u2019atteint au fond du c\u0153ur, c\u2019est la fugacit\u00e9 de tout ce qui se passe. Rien n\u2019est solide dans mon monde. Mais dans le monde des gens o\u00f9 tout est solide et durable, et d\u00e9fini d\u2019avance, et reli\u00e9 par le sentiment d\u2019obligation et de peur, c\u2019est encore pire. L\u00e0 tout est moisi. L\u2019ouverture du c\u0153ur envers des c\u0153urs ouverts engendre un \u00e9clat d\u2019amour incroyable, il est fou dans le sens o\u00f9 il ne se rend compte de rien, m\u00eame de lui-m\u00eame. Cet \u00e9clat est hors de temps, car \u00e0 tout instant il se reproduit, et n\u2019est plus nulle part \u2013 ni dans le pass\u00e9, ni dans le future, ni m\u00eame au pr\u00e9sent, il est entre les temps, hors de la continuit\u00e9. Quand une situation est venue \u00e0 son terme et les \u00e9v\u00e8nements d\u2019une soir\u00e9e r\u00e9cente se sont couverts d\u2019une couche de poussi\u00e8re l\u00e9g\u00e8re, un nouveau monde s\u2019\u00e9l\u00e8ve devant les yeux, un monde qui ne contient plus les deux c\u0153urs, il ne reste qu\u2019une tendre couche de souvenirs, tel un fil de brouillard destin\u00e9 \u00e0 se dissiper sous le soleil levant du matin\u2026 La vie et la mort se rejoignent au moment de la s\u00e9paration in\u00e9vitable \u2013 la vie et la mort y trouve une ligne neutre, l\u00e0 o\u00f9 elles font la paix sur le sang \u00e9coul\u00e9 des sentiments, et leurs mains se rejoignent au dessus des n\u00f4tres, et nos regards s\u2019enlacent dans la lumi\u00e8re sombre des flamboiements exquis de l\u2019aube \u00e9ternelle. C\u2019est l\u2019aube d\u2019une nouvelle humanit\u00e9, c\u2019est une temp\u00eate de transformations dans l\u2019espace et le temps, et chaque grain de sable emport\u00e9 g\u00e9mit et grince dans le moulin de Kali. Dans ce cercle il y a une cabane d\u00e9labr\u00e9e o\u00f9 gisent des vieux d\u00e9cr\u00e9pits, leurs barbes sont des jets de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, et leurs c\u0153urs sont ailleurs. Mais je ne veux pas de \u00e7a. Je pr\u00e9f\u00e8re entrer dans l\u2019\u0153il du cyclone et attendre jusqu\u2019\u00e0 ce que je sois d\u00e9chir\u00e9 en morceaux et dispers\u00e9 au dessus de l\u2019oc\u00e9an, au moins, ainsi mon \u00e2me serait libre dans l\u2019\u00e9tendu du cosmos.<\/p>\n<p>Je ne lis jamais ce que j\u2019\u00e9cris.<\/p>\n<p>Autour, des centaines de kilom\u00e8tres de la neige blanche, le ciel blanc, les cimes blanches, le vent fulminant d\u00e9nude les rochers, et les recouvre de neige. Je suis seul au milieu de cette \u00e9ternit\u00e9 cauchemardesque, et il n\u2019est pas possible de faire un pas envers la personne aim\u00e9e, les tas de neige profonds engloutiront tout effort. C\u2019est un cauchemar, un cauchemar purifiant. Je l\u2019accepte avec gratitude, je sais qu\u2019il balayera sans piti\u00e9 tout ce qui est futile et vaniteux, il ne restera qu\u2019un besoin ardent d\u2019amour, qu\u2019une passion cruelle, aspirant tout mon corps, tout mon \u00e2me, et quand ce typhon sera saisi et emport\u00e9 dans le n\u00e9ant au dessus des hauts pics des montagnes, une puret\u00e9 cristalline prendra place \u00e0 travers laquelle se voit ce qui est inconcevable par l\u2019esprit, ni la raison, ni le c\u0153ur. Une note f\u00e9roce du vent d\u2019automne. Je ne t\u2019oublierai le temps que je suis vivant. Les vagues dans les yeux. Des fragments de po\u00e9sies. La froidure. Le battement du c\u0153ur. Les poings sont ferm\u00e9s. Le regard perce tout, et m\u00eame le vide n\u2019est pas un obstacle pour lui.<\/p>\n<p>J\u2019ai 30 ans. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 des cheveux blancs. Je les regarde en me disant que les vrais soucis se font payer. Un jour le stock de solidit\u00e9 s\u2019\u00e9puisera. Un jour j\u2019abandonnerai cette terre, ces gens que j\u2019aime plus que ma vie, ces animaux que j\u2019aime plus que la plupart des gens, ces montagnes au cauchemar infini, cette mer aux hautes eaux. Je partirai et ils partiront, o\u00f9 nous tous nous rencontreront-nous? O\u00f9 nous retrouverons-nous? Mon amour, o\u00f9 nous retrouverons-nous?<\/p>\n<p>Les occupations qu\u2019on se trouve \u2013 je me souviens du temps o\u00f9 je m\u2019int\u00e9ressais vraiment \u00e0 quelque chose. J\u2019\u00e9tais int\u00e9ress\u00e9 par les langues, les maths, la physique, je cherchais quelque chose dans des \u00e9tudes psychologiques et dans la philosophie des n\u00e9oplatoniciens, je mastiquais des histoires des gens inconnues et lointains, je pleurais le malheur des h\u00e9ros de fiction, et j\u2019\u00e9tais heureux lorsque \u00e7a finissait bien pour eux. Je connais une multitude des gens qui faisaient tout \u00e7a pour moi et continuent \u00e0 le faire. Je ne compte pas ceux qui le font par n\u00e9cessit\u00e9 &#8211; ceux qui en font un m\u00e9tier. Je parle de ceux qui y trouvent la d\u00e9livrance. Et je ne comprends pas. Puisque si l\u2019on observe ces occupations avec sinc\u00e9rit\u00e9, ils se transforment en cendres. Les personnages, imaginaires ou pas, ne sont que des personnages. La science n\u2019est que la science. Tout est limit\u00e9 par la mati\u00e8re m\u00eame de son \u00e9tude. Toute activit\u00e9 est limit\u00e9e par son domaine lui-m\u00eame. Et, t\u00f4t ou tard, l\u2019\u00e2me s\u2019appauvrit. Bien s\u00fbr qu\u2019il est possible de faire certains efforts pour cultiver et maintenir ses int\u00e9r\u00eats, mais seulement pendant de rares instants de d\u00e9tente spirituelle. Et une fois la p\u00e9riode de descente d\u2019\u00e9nergie pass\u00e9e, on est alors de nouveau port\u00e9 au sommet m\u00eame des vagues et expos\u00e9 \u00e0 tous les vents et emport\u00e9 de nouveau quelque part. Il se peu que je sois tout simplement malade? Mais non, je vois toutes les \u00e9tapes de mon chemin, et que tout \u00e9tait sinc\u00e8re et qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre issu, et que j\u2019aurais \u00e0 passer tout \u00e7a si je commen\u00e7ais d\u00e8s le d\u00e9but. Si c\u2019est une maladie, que \u00e7a s\u2019appelle ainsi. Ca veut dire que j\u2019aime \u00eatre malade de CETTE MANIERE. Ca veut dire qu\u2019il ne faut pas regarder en arri\u00e8re. Ca veut dire qu\u2019il faut se lever et avancer. Vers la rencontre avec moi-m\u00eame. Vers une rencontre nulle part. Je voulais toujours aimer. C\u2019est la v\u00e9rit\u00e9, bien que j\u2019en aie eu honte dans mon enfance, bien que je le cache des yeux \u00e9trangers maintenant. Je voulais toujours aimer. Et j\u2019avan\u00e7ais toujours \u00e0 la rencontre de \u00e7a. Est-ce qu\u2019il y a quelqu\u2019un qui pourrait dire la m\u00eame chose de soi? Je voudrais voir cette personne. Je d\u00e9teste les hypoth\u00e8ses de ces th\u00e9oriciens qui sont capables de tout ramener au complexe mis\u00e9rable d\u2019autoprotection. Il se trouverait toujours un volontaire qui expliquerait facilement mon besoin d\u2019aimer par un simple besoin d\u2019amour envers moi-m\u00eame, par une simple accumulation d\u2019attention port\u00e9e \u00e0 moi, par une simple circulation des biens o\u00f9 le capital principal est l\u2019attention et le sentiment de dignit\u00e9. Qu\u2019il le fasse.<\/p>\n<p>Mais qui lira \u00e7a? Qui, \u00e0 part de moi? Moi, \u00e0 vrai dire, je ne le lis pas moi-m\u00eame &#8211; alors, personne ne le lira? Pourquoi je l\u2019\u00e9cris donc? Par l\u2019espoir que la feuille de papier trouvera quand m\u00eame son destinataire, par un mis\u00e9rable espoir que le vide insondable peut \u00eatre travers\u00e9 par une feuille de papier. La feuille, emport\u00e9e par le vent des \u00e9v\u00e8nements, traversera calmement des espaces inou\u00efs et atterrira dans LES mains, devant LES yeux, et deviendra accessible pour LE c\u0153ur.<\/p>\n<p>Un jour quand elle \u00e9tait petite, elle se baignait et, soudainement, elle a senti un bout glissant d\u2019un tronc d\u2019arbre sous ses pieds. Depuis, quoi qu\u2019elle n\u2019ait pas peur de nager, elle a peur du fond. Essayez de comprendre cette histoire simple, essayez de la relire, de la revivre \u2013 et vous verrez que le monde d\u2019inconcevable p\u00e9n\u00e8tre nos vies et nous fuit \u2013 qui oserait se dresser sur le chemin de ce torrent? Qui oserait se faire emport\u00e9 par lui? On plie discr\u00e8tement les ailes sur le dos \u2013 car le vent peut y souffler et comment arriverait-on alors \u00e0 nous tenir sur terre? Comment y rester? Montrez-moi celui qui pourrait se tenir, m\u00eame en sachant que devant il y a quelque chose ind\u00e9finissable, impensable et inexistant. Lorsqu\u2019il y a du vent dans les ailes, il ne reste que voler. Une histoire simple qui est arriv\u00e9e \u00e0 la petite fille, savait-elle \u00e0 l\u2019\u00e9poque que cette histoire la suivra toute sa vie, tel un chien fid\u00e8le? Pressentons-nous lorsqu\u2019il nous arrive \u00e0 vivre une histoire qu\u2019elle influencera toute notre vie\u00a0de mani\u00e8re incompr\u00e9hensible et in\u00e9vitable? Parfois, par hasard, un regard soudain, une parole lente, une rencontre presque fatigante, un arr\u00eat presque inremarquable, et l\u2019on comprend \u2013 il s\u2019est pass\u00e9 QUELQUE CHOSE. Il n\u2019y a plus aucun signe. Quoi qu\u2019on regarde profond\u00e9ment, on voit rien, mais l\u2019on sait tout de m\u00eame \u2013 CA s\u2019est pass\u00e9. C\u2019est un myst\u00e8re. Un vrai myst\u00e8re, et l\u2019approcher \u2013 brrr, le sang g\u00e8le dans le corps et le souffle est coup\u00e9.<\/p>\n<p>Je me double quand je suis dans les montagnes \u2013 moi et la montagne, la montagne qui devient moi. Je deviens deux, quand le d\u00e9sir de la vie et l\u2019attirance de la mort luttent en moi, ils dialoguent en tant que moi et moi. Je suis deux quand j\u2019aime, je suis celui qui aime et celui que j\u2019aime.<\/p>\n<p>Il existe une faiblesse qui n\u2019est pas un but en soi, qui est une faiblesse au point o\u00f9 elle \u00e9vite la force en tant qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment, rempla\u00e7ant la transparence de perception &#8211; cette faiblesse ne rend rien, ni perd rien, cette faiblesse est la force de flexibilit\u00e9 d\u2019une branche r\u00e9sistante. C\u2019est une faiblesse, c\u2019est un revers flexible de la force. Je donne naissance aux pens\u00e9es diff\u00e9rentes, lorsque je me regarde tout simplement. Je les d\u00e9truirais \u2013 elles sont embrouill\u00e9es et non constructives, mais\u2026j\u2019ai envie de dire \u00e0 haute voix. Je ne dirais pas que j\u2019expose, je vis en paroles, quand je les prononce pour celui qui me plait.<\/p>\n<p>Toute chose incompr\u00e9hensible produit des pousses ambigu\u00ebs. Toute chose ambigu\u00eb m\u00e8ne \u00e0 une multitude de sens, une multitude de sens donne une symphonie, une symphonie aboutit \u00e0 une harmonie, \u00e0 une p\u00e9n\u00e9tration, \u00e0 une dissolution et la disparition \u2013 rien n\u2019est \u00e9ternel de telle mani\u00e8re que ce qui a disparu.<\/p>\n<p>Il vient le temps o\u00f9 les r\u00eaves deviennent profonds, grandioses dans leur multitude de sens, lorsque, en se r\u00e9veillant, on se rend compte que c\u2019\u00e9tait de la vrai r\u00e9alit\u00e9, et cette pseudo r\u00e9alit\u00e9 qui avait \u00e9t\u00e9 une telle, oui, elle contient aussi une fraction de r\u00e9alit\u00e9, mais la fraction de d\u00e9chets est si grande que\u2026 On peut utiliser de divers carburants pour le moteur. En tout cas, afin de pouvoir bouger d\u2019une place tous les moyens sont bons, notamment: et l\u2019\u00e9lan sexuel, et les tourments de solitude, etc. Mais le vrai saut en avant est produit par l\u2019\u00e9nergie de l\u2019amour. En tant qu\u2019un exp\u00e9rimentateur sinc\u00e8re, en tant qu\u2019une personne qui jette l\u2019artificiel \u00e0 la poubelle sans regrets, qui inflige des souffrances \u00e0 soi et m\u00eame aux autres sans piti\u00e9 dans son agonie de recherches de la v\u00e9rit\u00e9, je t\u00e9moigne, que l\u2019amour est la chose la plus surprenante de tout ce que j\u2019ai rencontr\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Et quand le tournant se produit, il se produit un jour, l\u2019attention devient alors un ami proche de l\u2019amour, et tout mon \u00eatre tremble et vibre dans l\u2019anticipation de la vie nouvelle, et les r\u00eaves deviennent une partie de la r\u00e9alit\u00e9, et beaucoup, beaucoup d\u2019autres choses\u2026 Bien s\u00fbr, je parle de l\u2019amour qui est si diff\u00e9rente de l\u2019amour ordinaire, l\u2019amour\u2013possession. Je me dit en tant q\u2019un ing\u00e9nieur de mon \u00e2me que c\u2019est ce moteur l\u00e0 que je prend pour ma voiture. Comme un magicien, je vois une profondeur incroyable venir \u00e0 ma rencontre, comme un individu, je ressens \u2013 ma r\u00e9alit\u00e9 est dans \u00e7a, mon bonheur y est.<\/p>\n<p>Je peux voir beaucoup et, en effet, je vois beaucoup, mais je n\u2019y regarde pas \u2013 dans l\u2019avenir, dans ce qui se passera et comment. Car je ne suis pas un dieu, je ne suis qu\u2019un enfant qui vient de na\u00eetre en Samadhi. Et il m\u2019est difficile de rester neutre par rapports \u00e0 ce que je vois, il me semble souvent que je ne peux pas restreindre mon esprit, mon instinct humain maudit qui me pousse \u00e0 \u00ab\u00a0faire le mieux possible\u00a0\u00bb, et je me m\u00eale du sacr\u00e9 en rompant le courant. C\u2019est pourquoi j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de tout simplement reporter ma voyance jusqu\u2019\u00e0 ce que je sois absolument s\u00fbr de ne pas s\u2019en m\u00ealer, ne pas essayer de FAIRE quelque chose avec ce que j\u2019ai vue, sinon tout se perd, se vulgarise, ce non hasard s\u2019en va.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un acc\u00e8s de toux, je me suis relev\u00e9 de la terre et, en m\u2019enveloppant dans ma veste, me suis dirig\u00e9 vers la clairi\u00e8re. L\u2019herbe bleue, les arbres poussant des racines en l\u2019air, le lac m\u2019oppressant avec son rivage \u2013 tout m\u2019accompagnait, tout grin\u00e7ait, et braillait, et clapotait. La vie d\u00e9passait les bords, le monde se multipliait, le c\u0153ur avait mal. Il faut faire un pas. Il faut faire seulement un pas. Je ne sais pas dans quelle direction, mais il le faut. Il y a un pas qu\u2019on ne peut pas faire quelque part. Si ce pas est dirig\u00e9 quel que part \u2013 c\u2019est nulle part d\u2019avance. Je radotais ces paroles comme une formule magique, comme un app\u00e2t. Un pas ne peut pas \u00eatre fait quelque part. Un pas doit \u00eatre fait, point. Tout simplement fait. Un simple pas. Voila un paradoxe. Voila une incompr\u00e9hensibilit\u00e9 maudite et pourrie des actes simples. J\u2019aime des paroles simples, j\u2019appr\u00e9cie des sentiments simples, j\u2019entrevois la simplicit\u00e9 originelle de l\u2019amour, et maintenant je dois faire un effort pour apprendre \u00e0 faire des pas simples.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois cette id\u00e9e m\u2019est venue il y tr\u00e8s longtemps, lorsqu\u2019elle n\u2019\u00e9tait qu\u2019un conte de f\u00e9e rose \u2013 et l\u00e0 j\u2019\u00e9tais plut\u00f4t celui qui subi que celui qui exp\u00e9rimente. Les ann\u00e9es passaient, le conte de f\u00e9e restait un conte de f\u00e9e, et le moment est venu o\u00f9 je ne pouvait plus me consid\u00e9rer un participant passif des \u00e9v\u00e8nements imagin\u00e9s par moi. Et puis, j\u2019avais une vie quotidienne longue et monotone, qui oppressait mon unicit\u00e9 de fa\u00e7ons diverses. Mais un beau jour mon vieux r\u00eave d\u00e9j\u00e0 mort a ressuscit\u00e9 sous un nouvel aspect, il m\u2019a couvert les yeux et je ne pouvais plus penser \u00e0 autre chose.<\/p>\n<p>Ainsi, entre le petit d\u00e9jeuner et le d\u00e9jeuner j\u2019ai pris une d\u00e9cision de construire un nouveau monde. L\u2019\u00e9motion est une chose durable, durable dans le temps, et un ressenti est une chose momentan\u00e9e, il ne vit toujours que ici et maintenant. Un ressenti est un point avec une durabilit\u00e9 z\u00e9ro. C\u2019est une catharsis. Telle la puissance d\u2019un poignard de guerre est concentr\u00e9e sur son bout &#8211; un point sans dur\u00e9e, ainsi la puissance d\u2019un ressenti est concentr\u00e9e dans le moment, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a ni le pass\u00e9, ni l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Devant une \u00e9ternit\u00e9 sacr\u00e9e quelconque tout \u00e7a est de la poussi\u00e8re. En tout cas, t\u00f4t ou tard \u2013 aujourd\u2019hui, demain, apr\u00e8s demain \u2013 il faudrait se poser vis-\u00e0-vis de soi et comprendre que maintenant je vais me poser et compter non les heures mais les minutes. Et alors tout finira tr\u00e8s vite. Il y a une limite \u00e0 tout.<\/p>\n<p>Si l\u2019on ne s\u2019attache pas \u00e0 un moment concret de la vie, les \u00e9motions laissent alors la place aux ressentis, puisque les \u00e9motions sont toujours des cons\u00e9quences, toujours un produit de la prise de conscience des ressentis, m\u00eame si cela se passe inaper\u00e7u. Mais un ressenti pur est tr\u00e8s diff\u00e9rent des \u00e9motions, c\u2019est une essence m\u00eame de la vie, et il n\u2019y a qu\u2019un pas d\u2019un ressenti pur jusqu\u2019\u00e0 Samadhi. Le passage vers un ressenti pur est senti comme si, tout \u00e0 coup, le souffle est coup\u00e9 et l\u2019on tombe dans un espace d\u2019une profondeur particuli\u00e8re et d\u2019une pl\u00e9nitude de vie particuli\u00e8rement remplie. La qualit\u00e9 principale de ce ressenti est la pl\u00e9nitude. On est submerg\u00e9 par le sentiment de pl\u00e9nitude, l\u2019on sent que c\u2019est une r\u00e9alisation ultime. Le monde d\u00e9couvre sa profondeur incroyable.<\/p>\n<p>Il y a une chance qu\u2019un amour non partag\u00e9 contient. Elle est accessible lorsqu\u2019on va \u00e0 la rencontre de ses sentiments sans peur ni regrets. Au fin fond du d\u00e9sespoir venant de l\u2019amour non partag\u00e9 il y a un grand tr\u00e9sor, destin\u00e9 aux personnes fortes et passionn\u00e9es, capable de descendre le chercher si loin. C\u2019est une occupation pour les personnalit\u00e9s fortes, mais de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, c\u2019est de \u00e7a que la force grandit.<\/p>\n<p>Quand j\u2019entends un cri d\u2019une jeune fille dans la rue, venant de loin, presque indiscernable et sourd, un cri soit d\u2019espi\u00e8glerie soit d\u2019appel, il me semble toujours qu\u2019on m\u2019appelle, que quelqu\u2019un n\u2019en peut plus de se morfondre, et voil\u00e0 elle est sortie \u00e0 la rue pour crier tout simplement, en esp\u00e9rant que j\u2019entendrai. Je baisse alors le son de la musique et des pens\u00e9es, suspendu \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, et j\u2019attend en essayant d\u2019entendre mieux, et j\u2019ai envie de me couvrir vite et courir dehors pour crier en r\u00e9ponse \u2013 je suis l\u00e0!!<\/p>\n<p>Les montagnes m\u2019ont pris l\u2019air, l\u2019amour m\u2019a pris la terre, les gens m\u2019ont pris la foie, la douleur m\u2019a pris l\u2019espoir. Quand, lass\u00e9, on desserre le poing, et tout ce qu\u2019on tenait s\u2019en va des mains, en regardant les mains vides l\u2019on voit que tout est perdu, les mains commencent \u00e0 sentir alors de nouveau le perdu revivre en moi. Il existe ce quelque chose qu\u2019on ne peut pas perdre, mais \u00e0 chaque fois en le perdant je l\u2019oublie. Et \u00e0 chaque fois je m\u2019en souviens en me retrouvant sur cette terre.<\/p>\n<p>J\u2019ai remarqu\u00e9, que Akutagava mettait la particule \u00ab\u00a0no\u00a0\u00bb (mais) \u00e0 chaque fois qu\u2019il voulait exprimer la coh\u00e9sion impensable des \u00e9v\u00e8nements. \u00ab\u00a0Arou sigure-no fourou ban-no koto dais\u00a0\u00bb. Et moi, en relisant ce que j\u2019ai \u00e9crit, je vois que j\u2019exploite la conjonction \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb et n\u00e9glige les virgules \u2013 la coh\u00e9sion est plus importante pour moi que la grammaire. Le plus j\u2019avance le plus les virgules me g\u00eanent, \u00e0 moins qu\u2019ils incarnent une pause naturelle.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re fois j\u2019ai pu tourner le dos et partir. Et tout \u00e7a n\u2019aurait pas exist\u00e9. Il y airait eu tout simplement une nostalgie sourde de l\u2019inaccompli, comme une trahison de soi-m\u00eame, mais \u00e7a n\u2019aurait probablement pas fait si mal. Mais ce choix-ci n\u2019est pas pour moi. Et celui-l\u00e0 est pour moi, de toute \u00e9vidence.<\/p>\n<p>Quand je suis dans la for\u00eat \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un feu de camp, apr\u00e8s y \u00eatre venu camper avec ma tente de toile pour quelques jours ou heures, pour me poser sous des arbres bourdonnants et lire un livre dans la nature ou r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ma vie dans une solitude calme, lorsque mes pens\u00e9es se concentrent sans revenir en ville \u00e0 mes soucis, dans ces moments l\u00e0 je suis serein, je sens l\u2019odeur du vent frais, je sens les sapins se dresser si verticalement et la mousse tapisser le sol si rapidement, et la fra\u00eecheur \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur devient celle \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Quand je rentre, je l\u2019emporte avec moi. Je ne veux rien ressentir comme le mien, et c\u2019est pourquoi l\u00e0 o\u00f9 les autres n\u2019arrivent pas \u00e0 sortir du stress quotidien, ne serait-ce que pour une minute, je me sens un voyageur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un feu de camp \u2013 libre, concentr\u00e9, rempli de fra\u00eecheur, serein.<\/p>\n<p>Une rang\u00e9e de noms, qui me restent proches quoi qu\u2019il arrive \u2013 les noms des cr\u00e9ateurs de ce qui vit en moi et de ce qui m\u2019abrite: Akutagava, K\u00f4b\u00f4 Ab\u00e9, Cavabata, Fowls, Castaneda, Nikoll, Liosa, Frisch, Krishnamurti, Suso, Towler, Osho, Nitsche, Ramakrishna, Milarepa, Gazdanov. C\u2019est une rang\u00e9e hypnotique des noms en pronon\u00e7ant lesquels je m\u2019arr\u00eate, et une ros\u00e9e chaude recouvre mon c\u0153ur, je ressens mon int\u00e9rieur, je vois une file interminable, j\u2019entends le silence tonnant, venant du c\u0153ur au c\u0153ur, j\u2019entends ce tonnerre sonner en silence cristallin, il est de couleur rouge sang.<\/p>\n<p>Parfois, au moment du r\u00e9veil, le sommeil laisse une sensation bizarre, et si ne pas toucher la t\u00eate avec les mains, ni ne bouger pendant un temps en se lassant sommeiller \u00e0 moiti\u00e9, il est possible de permettre \u00e0 cette sensation de ressortir plus pleinement. Elle semble ne pas \u00eatre li\u00e9e au sujet du sommeil, ni \u00e0 rien du tout \u2013 elle est \u00e9trange, venant de la profondeur m\u00eame, elle est ressentie quelque peu avec inqui\u00e9tude et se diff\u00e9rencie beaucoup de tout dont on se retrouve confront\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 de la veille et celle du sommeil. Elle semble venir de la profondeur. Une sensation terrifiante, qui fait peur et attire en m\u00eame temps. Elle terrifie en portant une menace pour tout ce qui est en dehors d\u2019elle, la plus forte est la sensation d\u2019individualit\u00e9 le plus elle parait un ombre \u00e9cras\u00e9. Elle attire, puisque ma voie m\u00e8ne l\u00e0 en me permettant de ressentir le vide directement, le vide qui remplit tout.<\/p>\n<p>Un voyageur solitaire dans les univers dissoci\u00e9s.<\/p>\n<p>On croit que la femme vit par des sentiments. En r\u00e9alit\u00e9, ce sont les sentiments qui vivent par la femme. On croit que l\u2019homme doit \u00eatre fort. En r\u00e9alit\u00e9, la force demande l\u2019homme sur sa table \u2013 elle a besoin de la nourriture. La force prend la fourchette-honneur et le couteau-dignit\u00e9 dans sa main, le place dans l\u2019assiette-pr\u00e9f\u00e9rence et mastique avec plaisir. La force, les sentiments veulent vivre et ont besoin de la nourriture pour \u00e7a. Mais moi, je ne souhaite pas me sacrifier, je quitte l\u2019assiette et, en y laissant mes v\u00eatements, je m\u2019en vais. Que le vent soigne mes blessures, qu\u2019il efface mon nom trac\u00e9 sur le sable, la force alors ne me trouvera pas. Je joue au cache-cache. Je suis un enfant de nouveau. Je bave en faisant des bulles, fixe le soleil et bouge mes doigts dans la neige fondue. Sa surface miroitante et clapotante me dit quelque chose, mais je m\u2019en fiche.<\/p>\n<p>La rage, voil\u00e0 mon ami fid\u00e8le. Je ne comprends pas des gens d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment polis, qui construisent leurs relations avec des autres comme une hy\u00e8ne consid\u00e8re la viande, quoi qu\u2019elle soit pourrie \u2013 mais \u00e7a reste la viande. Je n\u2019accepte pas la politesse pour la politesse, la communication pour la communication. Je peux \u00eatre brute, ou tendre, ou enrag\u00e9, quand la rage est port\u00e9e \u00e0 la destruction du mur entre moi et ma stupidit\u00e9. O\u00f9 sont pass\u00e9 des gens enrag\u00e9s? O\u00f9 sont tes couilles, l\u2019homme? O\u00f9 sont tes griffes, la femme? La rage n\u2019est pas une agressivit\u00e9, ni haine et agacement, la rage n\u2019est pas compatible avec toute cette ordure. La haine, l\u2019agressivit\u00e9, l\u2019agacement sont destructifs, ils affaiblissent, rendent vuln\u00e9rables, car ils sont l\u2019envers de l\u2019avidit\u00e9 de possession et incarnent les pr\u00e9tentions consommatrices port\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde. Si le monde n\u2019est pas comme je le veux, je deviens agac\u00e9 et agressif. La rage est autre chose. La rage est une tension surhumaine de toutes les forces dans la tentative de rompre le voile, c\u2019est une aspiration vers la lumi\u00e8re, vers la vivacit\u00e9. La rage est une sensation positive. C\u2019est un dernier saut d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 en pleine concentration des forces d\u2019amour et de tendresse. Celui qui ne peut pas \u00eatre infiniment tendre ne peut non plus \u00eatre vraiment enrag\u00e9\u00a0; ne peut pas \u00eatre enrag\u00e9 celui qui n\u2019est pas capable de donner sa vie pour une vie. Celui qui n\u2019est pas capable de se sacrifier pour un passant inconnu dans le regard duquel se voit le reflet de son destin. La rage est un sentiment dont n\u2019est capable que celui qui est passionn\u00e9, qui met tout son \u00e2me dans la capacit\u00e9 et le besoin d\u2019amour, tout le reste est trop m\u00e9diocre pour pouvoir provoquer la rage, et le m\u00e9diocre ne peut pas \u00eatre en rage. Ne peut \u00eatre enrag\u00e9 non plus celui qui ne peut \u00eatre concentr\u00e9. La rage n\u2019est pas raisonnable, c\u2019est pourquoi elle est capable de m\u2019arracher au-del\u00e0 des limites de la mort. Un bouddha en rage. La rage engloutit tout ce qui est vain et incertain, une personne en rage ne se souci pas de la d\u00e9cence et la politesse, elle creuse un mur avec ses dents, il n\u2019est pas question de la politesse! La rage ne peut pas \u00eatre dirig\u00e9e vers quelque chose vide et imaginaire, elle se tournera et partira. Elle est s\u00e9lective elle-m\u00eame, elle na\u00eet dans la confrontation avec la mort. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019elle ne peut pas \u00eatre dirig\u00e9e contre un autre, mais elle le peut contre la stupidit\u00e9, qui est meurtrier pour l\u2019\u00e2me et ravageur pour le c\u0153ur, et l\u00e0 il n\u2019importe si cette stupidit\u00e9 est \u00e0 moi ou \u00e0 toi.<\/p>\n<p>Dans ce cercle il y a une cabane d\u00e9labr\u00e9e o\u00f9 gisent des vieux d\u00e9cr\u00e9pits, leurs barbes sont des jets de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, et leurs c\u0153urs sont ailleurs. La vieillesse leur est favorable, elle ne peut pas atteindre l\u2019impeccabilit\u00e9 de leurs c\u0153urs simples, elle n\u2019est pas capable de vieillir ce qui ne tient pas \u00e0 la jeunesse, l\u2019\u00e9nergie ne peut pas les quitter, puisqu\u2019ils l\u2019ont renvoy\u00e9e eux-m\u00eames, les forces ne peuvent pas les trahir, car ils les ont trahi eux-m\u00eames il y a longtemps, en se laissant emporter par la faiblesse imp\u00e9rissable. Les limites de la force sont contenues dans la faiblesse initiale \u2013 qui peut vaincre cette force torrentielle de la faiblesse absolue? Quand une personne a tout donn\u00e9, elle devient inaccessible, comme sont inaccessibles la for\u00eat et les fleurs des champs. Devant ce fait les montagnes tombent et les rochers qui ont des milliers d\u2019ann\u00e9es se d\u00e9composent.<\/p>\n<p>Les \u00e9tendus de couleur bleu ciel de la terre de Bodhi \u2013 de quoi aurait-on besoin en plus?<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e9trange \u2013 je mange et je bois \u2013 mais la vie s\u2019en va quand m\u00eame. Qui restera apr\u00e8s moi? Bien s\u00fbr, bien s\u00fbr, oui\u2026 C\u2019est moi qui souris et r\u00e9ponds \u00e0 la m\u00e9moire, qui me demande servilement:<\/p>\n<p>Qui restera apr\u00e8s moi?<\/p>\n<p>Des fleurs \u2013 au printemps,<\/p>\n<p>Un coucou \u2013 en \u00e9t\u00e9,<\/p>\n<p>De la neige pure et froide \u2013 en hiver.<\/p>\n<p>De l\u2019anesth\u00e9sie naturelle \u2013 un d\u00e9sert froid et impassible \u2013 il existe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chacun, et lorsque les souffrances deviennent insupportables, l\u2019\u00e2me trouve lui-m\u00eame le chemin et glisse en direction de ce silence froid. En y plongeant on est presque en \u00e9tat d\u2019euphorie \u2013 plus de douleur, plus rien. Presque une euphorie. Vide et cristallin \u2013 mais presque le bonheur. Un rien cliquetant. Et seulement ce \u00ab\u00a0presque\u00a0\u00bb reste, tel un nuage unique sur le ciel placide. Puis-je me contenter de ce \u00ab\u00a0presque\u00a0\u00bb?<\/p>\n<p>Chacun a un endroit faible. C\u2019est cet endroit l\u00e0 qui le rend fort.<\/p>\n<p>Autour, des fant\u00f4mes et des fant\u00f4mes\u2026 Comment ne pas devenir misanthrope? Tout le monde tremble de peur de faire un pas l\u00e0 o\u00f9 l\u2019inconnu l\u2019attend, par cons\u00e9quent, ils restent tous dans leurs flaques d\u2019eau. Je suis sorti de ma flaque \u2013 et alors? N\u2019aurai-je pas un dilemme maintenant, \u00e0 savoir que soit je devrait devenir ermite soit rentrer dans la flaque? L\u2019homme peut penser qu\u2019il construit un pont entre la vie ancienne et la vie nouvelle, mais ce pr\u00e9cipice ne se surmonte pas par des ponts, n\u2019importe quel pont m\u00e8ne en arri\u00e8re, il n\u2019est jamais fini, le vide entre le connu et l\u2019inconnu est trop large \u2013 ce ne sont que des modes de vie diff\u00e9rents. Et toutes ces constructions des ponts ne sont qu\u2019une fa\u00e7on remarquable de se calmer et s\u2019endormir. Le vide n\u2019est surmontable que par un saut, un saut audacieux et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Qui dira \u2013 je suis pr\u00eat? Qui sautera parmi ceux qui l\u2019ont dit? Chacun qui saute atteint, mais tu ne le sais pas tant que tu n\u2019as pas saut\u00e9. Je ne pourrai plus revenir en arri\u00e8re, et o\u00f9\u2026 en prison de mon plein gr\u00e9\u2026 je me sens alors partir lentement, mais sans retour, de plus en plus loin. Ce qui me passionne, les horizons devant moi \u2013 je n\u2019ai m\u00eame plus personne \u00e0 qui je pourrai les montrer, puisque pour les voir il faudrait au moins lever les yeux et cesser de scruter le trottoir avec les bordures. Avec chaque heure je m\u2019\u00e9loigne d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u2013 il n\u2019y a que l\u2019amour qui puisse construire un lien inou\u00ef entre les vides impensables, je ne crois qu\u2019au coup de foudre sans regret.<\/p>\n<p>Quand je regardais dans ses yeux en y voyant un amour infini, qu\u2019est-ce que c\u2019\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9? Maintenant je dois me poser cette question &#8211; non, maintenant je dois me r\u00e9pondre \u00e0 cette question. Quand je regardais dans ses yeux \u2013 qu\u2019est-ce que j\u2019y voyais en r\u00e9alit\u00e9? Il se peut que ses yeux aient \u00e9t\u00e9 seulement un miroir, en regardant lequel je ne voyais que le reflet de ma folie? Les yeux couverts d\u2019un miroir \u2013 il y en a quelque chose dans \u00e7a \u2013 si tu es ennuy\u00e9, tu verras l\u2019ennui, si tu es passionn\u00e9, tu verras la passion. Mais mon c\u0153ur, il y est pour quelque chose \u2013 ne cherche-il pas \u00e0 sortir dehors, n\u2019enl\u00e8ve-t-il pas les couvertures miroitantes? Sans doute, non, peut-\u00eatre la peur et la mort y ont-elles dans\u00e9 \u00e0 leur f\u00eate?<\/p>\n<p>Ca NE se casse PAS l\u00e0 o\u00f9 c\u2019est fragile. Si seulement c\u2019est un sentiment fragile d\u2019amour profond.<\/p>\n<p>Je n\u2019aime pas ramener le sentiment \u00e0 la compr\u00e9hension. Car la compr\u00e9hension rend \u00e9troit, d\u00e9coupe et concr\u00e9tise. D\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, la compr\u00e9hension rejette le monde entier pour son bien \u00e0 soi. Le sentiment, au contraire, porte le monde entier en soi en reniant la particularit\u00e9. Toute chose vient d\u2019un vide inconnu, et le vide peut se faire voir \u00e0 travers toute chose. Je pr\u00e9f\u00e8re regarder le pr\u00e9cipice \u00e0 travers l\u2019amour, non, c\u2019est plut\u00f4t que l\u2019amour lui-m\u00eame est un pr\u00e9cipice. Lorsqu\u2019un sentiment atteint son point culminant, on se tait. Mais il se trouve qu\u2019il existe encore plus haut, et encore, et encore\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si l\u2019on te demande \u2013 tu diras,<\/p>\n<p>Sinon &#8211; tu ne diras pas,<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui est cach\u00e9 dans ton \u00e2me,<\/p>\n<p>Noble Bodhidharma?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Charles Darwin est n\u00e9 en 1809. C\u2019\u00e9tait un scientifique \u00e9minent, la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution fut formul\u00e9e et expos\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans son ouvrage \u00ab\u00a0L\u2019origine des esp\u00e8ces\u00a0\u00bb. 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