{"id":7704,"date":"2015-01-31T22:49:45","date_gmt":"2015-01-31T18:49:45","guid":{"rendered":"http:\/\/suri-catt.com\/?page_id=7704"},"modified":"2015-01-31T22:49:45","modified_gmt":"2015-01-31T18:49:45","slug":"chapitre-04","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/bodhi.name\/fr\/maya-livre-1\/chapitre-04\/","title":{"rendered":"Chapitre 04"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019odeur du petit matin me saisit en m\u2019enlevant de l\u2019entassement chaotique des r\u00eaves, et \u00e7a devient tout de suite calme. Comment s\u2019emparer de cet \u00e9quilibre subtil, le petit pont cristallin entre le sommeil et la veille, le moment o\u00f9 des inqui\u00e9tudes et des soucis n\u2019existent pas encore, o\u00f9 les pens\u00e9es sur la journ\u00e9e qui vient n\u2019ont pas eu le temps de d\u00e9ferler\u00a0dans l\u2019esprit? Il parait que de tels instants sont le d\u00e9but du chemin dans un monde tout \u00e0 fait diff\u00e9rent, mais cet \u00e9tat est si instable\u2026 Me rendormir ou bien me r\u00e9veiller? La r\u00e9alit\u00e9 solide et habituelle attire si puissamment avec l\u2019aimant des impressions que je n\u2019ai pas de forces de r\u00e9sister \u00e0 cette attirance\u2026 et je ne vois pas moi-m\u00eame comment je me retrouve sur les planches en bois qui relient la maison d\u2019h\u00f4te \u00e0 celle des ma\u00eetres.<\/p>\n<p>Il fait soleil, il n\u2019y a pas un nuage au ciel, mais il ne fait pas chaud du tout. L\u2019automne dor\u00e9\u2026 seulement pas aussi h\u00e2tif que chez nous, mais m\u00eame ici cette gr\u00e2ce s\u2019envole \u2013 si ce n\u2019est pas dans l\u2019hiver, dans la routine alors\u2026 la chasse au bonheur \u00e9ternel ressemble \u00e0 la chasse au fant\u00f4me. Le soleil velout\u00e9, une l\u00e9g\u00e8re fra\u00eecheur, le silence tintant magnifique, tellement en phase avec cette saison, &#8211; je r\u00e9ussis \u00e0 attraper ce truc pr\u00e9cieux et m\u2019immerger au fond de ces sensations\u2026 ne serait-ce que pour pas longtemps\u2026<\/p>\n<p>Shafi ne manque pas d\u2019appara\u00eetre tout de suite. Un petit d\u00e9jeuner l\u00e9ger, et je grimpe sur le toit, sous de grands arbres \u00e0 la ramure luxueuse, dans la vieille chaise longue, qui, \u00e0 part d\u2019accueillir mon corps, emm\u00eale mes pens\u00e9es et sentiments, en faisant un ornement aux motifs saugrenus, aux humeurs de ceux qui r\u00eavaient ici avant moi, et \u00e0 l\u2019histoire infiniment longue de ces endroits.<\/p>\n<p>\u00abDe quoi aurais-je encore besoin?\u00bb &#8211; je cajole cette id\u00e9e et puis la laisse. Le calme ensoleill\u00e9, la poussi\u00e8re du temps \u2026 tout \u00e0 coup l\u2019inqui\u00e9tude a apparu. Pourquoi? Soit une image quelconque essaye de se frayer un chemin dehors\u2026 soit le probl\u00e8me est dans le fait que le contentement et l\u2019inqui\u00e9tude est un couple fusionnel. Quand j\u2019\u00e9tais petite, en plain milieu des f\u00eates de Nouvel An ou d\u2019un \u00abanniversaire\u00bb j\u2019\u00e9tais brusquement saisie par la compr\u00e9hension de la fin imminente de tout \u00e7a, les visages des gens cesseraient d\u2019\u00eatre crisp\u00e9s et souriants, les ampoules s\u2019\u00e9teindraient, et le quotidien rugueux reprendrait le dessus. Je scrutais les adultes en me rendant compte que la f\u00eate \u00e9tait comme un masque de bienveillance sur leurs visages, ce n\u2019\u00e9tait que sur la surface, tout \u00e9tait faux, mensonger. C\u2019\u00e9tait tellement affreux que, en chassant imm\u00e9diatement l\u2019inqui\u00e9tude \u00e9touffante, je me pr\u00e9cipitais, \u00e0 cor et \u00e0 cri, chez mes copines pour continuer \u00e0 faire la f\u00eate. Et maintenant o\u00f9 courir? Voil\u00e0 je suis grande maintenant, plus gu\u00e8re d\u2019illusion insouciante. La joie simple d\u2019un automne dor\u00e9, la ga\u00eet\u00e9 p\u00e9tillante d\u2019une f\u00eate ou une placidit\u00e9 passive \u2013 tout \u00e7a ne peut \u00eatre que repos momentan\u00e9, une petite pause avant quelque chose d\u2019insondablement plus captivant et grandiose.<\/p>\n<p>&#8211; Vous avez des projets pour aujourd\u2019hui? \u2013 la t\u00eate de Shafi a apparu dans le passage menant sur le toit.<\/p>\n<p>&#8211; Et vous avez quelque chose \u00e0 me proposer?<\/p>\n<p>&#8211; Oh, je peux vous proposer beaucoup! Il ne vous reste que choisir. <i>(\u00abQue choisir\u00bb..! Dans ce \u00abque choisir\u00bb est tout le sel de la vie).<\/i> Je peux vous emmener dans la montagne, il y a trois endroits magnifiques \u00e0 quelques heures de route d\u2019ici \u2013 Goulmarg, Sonmarg et Pahalgam. Chacun est beau \u00e0 sa mani\u00e8re, je conseillerais alors de les visiter tous les trois en commen\u00e7ant par n\u2019importe lequel. D\u2019ailleurs, pour aller dans les montagnes il faut partir tr\u00e8s t\u00f4t le matin, aujourd\u2019hui il vaut mieux donc aller se promener sur le lac dans une barque. Cela prendra environ six heures, vous verrez un grand parc floral. C\u2019est une balade tr\u00e8s int\u00e9ressante.<\/p>\n<p>&#8211; <i>L\u2019id\u00e9e avec la barque me plait).<\/i><\/p>\n<p>Shafi a l\u2019air d\u2019aimer aussi le fait que je consentis si vite.<\/p>\n<p>&#8211; Alors tout de suite apr\u00e8s le d\u00e9jeuner un sikara (ainsi s\u2019appellent les gondoles locales) vous attend.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le jeu de la physionomie parfait du r\u00f4le d\u2019un ma\u00eetre soucieux, il ne r\u00e9ussit pas de me leurrer par son aspect amical, m\u00eame un imb\u00e9cile comprendrait que, premi\u00e8rement, il veut gagner de l\u2019argent, j\u2019aurais donc tort d\u2019accepter tout simplement sa proposition sans rentrer dans les d\u00e9tails.<\/p>\n<p>&#8211; Ca ferait combien?<\/p>\n<p><i>(Hein, vu que la question l\u2019a apparemment g\u00ean\u00e9, j\u2019ai touch\u00e9 la cible).<\/i><\/p>\n<p>&#8211; Pour vous qui \u00eates mon invit\u00e9e sp\u00e9ciale, \u00e7a co\u00fbtera seulement 30 dollars.<\/p>\n<p>Pas donn\u00e9! Pour ce prix on peut acheter une excursion en Europe, bien que sans guide personnel et en car, mais quand m\u00eame\u2026 Dois-je lui dire que je crois ce prix trop \u00e9lev\u00e9, ou pas? Qu\u2019est-ce qui se passe en lui? Il me semble que c\u2019est du m\u00e9contentement entrem\u00eal\u00e9 avec de la perplexit\u00e9\u2026 probablement, il comprend \u00e0 quoi je pense. Les peurs mises \u00e0 part, je pense \u00e0 mon argent, et en plus il faut surmonter le malaise \u2013 je veux construire ma vie moi-m\u00eame, sans prendre, en ob\u00e9issant aveuglement, ce que quelqu\u2019un essaye de m\u2019imposer.<\/p>\n<p>&#8211; Ce n\u2019est pas bon march\u00e9. Et si l\u2019on parlait d\u2019une bonne r\u00e9duction?<\/p>\n<p>Il faut lui rendre la justice, &#8211; il est bon com\u00e9dien, il r\u00e9ussit finalement \u00e0 m\u2019attirer dans son jeu. Son visage se tord en une grimace morne, comme si la conversation le faisait souffrir, et \u00e0 ce moment l\u00e0 je ressens un \u00e9clat successif de malaise et m\u00eame la culpabilit\u00e9 de ne pas vouloir payer si cher.<\/p>\n<p>Plus tard, j\u2019ai compris que c\u2019\u00e9tait une combine favorite des indiens, lorsqu\u2019ils veulent faire payer quelqu\u2019un trois, ou m\u00eame dix fois plus cher que le prix normal, en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019\u00e9tonnement ou le m\u00e9contentement par le prix \u00e9lev\u00e9 ils expriment un \u00e9tonnement ou m\u00e9contentement encore plus grands que l\u2019interlocuteur, en d\u00e9montrant ainsi que ce dernier aurait d\u00fb faire des cauchemars toute la nuit s\u2019il croit qu\u2019ils demandent un prix tripl\u00e9, tandis qu\u2019eux, ils font une r\u00e9duction, et \u00e0 ce moment l\u00e0 ils ne souhaitent pas eux-m\u00eames avoir affaire \u00e0 une personne qui, un vrai goujat, n\u2019a pas appr\u00e9ci\u00e9 qu\u2019on est all\u00e9 \u00e0 sa rencontre\u2026 Si l\u2019on est en relations plus proches avec l\u2019indien que ce que ont de simples passants l\u2019un avec l\u2019autre, il montrerait, le plus probablement, qu\u2019il souffre du fait qu\u2019il a tr\u00e8s envie de faire une r\u00e9duction, mais ne peut pas, que ce n\u2019est pas du tout possible, et en souhaitant ne pas avoir \u00e0 se culpabiliser, on accepte, le plus souvent, ses conditions faisant confiance \u00e0 son \u00abami\u00bb. C\u2019est justement sur ce qu\u2019ils comptent.<\/p>\n<p>&#8211; Mam, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un prix sp\u00e9cial, croyez-moi. Vous pouvez, bien s\u00fbr, aller dehors, on vous proposera de diverses excursions, m\u00eame moins ch\u00e8res, mais personne ne sait o\u00f9 l\u2019on vous emm\u00e8nera.<\/p>\n<p>Ca, c\u2019est vrai! J\u2019me suis tout de suite rappel\u00e9 tous les cauchemars de Delhi, dont je n\u2019esp\u00e9rais plus me sortir.<\/p>\n<p>&#8211; Croyez-moi et ne pensez pas que j\u2019y gagne beaucoup. Je donne au ma\u00eetre du sikara la plus grande partie de l\u2019argent, je paye le gondolier pour son travail, je paye la police une sorte d\u2019imp\u00f4t, \u00e0 la fin il reste un peu, et maintenant dans ma famille il n\u2019y a que moi qui travaille, vous devez savoir qu\u2019ici c\u2019est tout le temps la guerre. Avant, je vous aurais emmen\u00e9e se balader au lac gratuitement, comme un ami\u2026 Je me sens si g\u00ean\u00e9e de vous demander de l\u2019argent, mais je n\u2019ai pas de choix.<\/p>\n<p>Son discours, accompagn\u00e9 de la mimique ad\u00e9quate, m\u2019a impressionn\u00e9, et je m\u2019entends, comme de l\u2019ext\u00e9rieur, consentir en disant que c\u2019est le bonheur pour moi de pouvoir aider \u00e0 sa grande famille. \u00abApr\u00e8s tout, \u00e7a r\u00e9conforte, m\u00eame si je paye trop\u00bb, &#8211; j\u2019essaye de refouler au plus loin une vague sensation d\u2019\u00eatre tromp\u00e9e quand m\u00eame, en plus du fait qu\u2019on a jou\u00e9 sur les sentiments sans aucun scrupule.<\/p>\n<p>L\u2019omelette n\u2019est pas du tout celle \u00e0 laquelle je suis habitu\u00e9e, &#8211; on a d\u00fb la pr\u00e9parer sans lait, tout simplement en cassant et mixant des \u0153ufs. Selon l\u2019aspect, elle n\u2019est pas bonne\u2026 mais le go\u00fbt est bon! Je prends du chocolat chaud apr\u00e8s, &#8211; et je pr\u00e9cipite vers l\u2019eau, le soleil, la solitude. Je mets dans mon sac \u00e0 dos un agenda, un appareil photo, un tome de Krisnamurti, une bouteille d\u2019eau \u2013 je suis pr\u00eate pour le voyage.<\/p>\n<p>Le mot m\u00eame \u00absikara\u00bb correspond \u00e0 l\u2019esprit g\u00e9n\u00e9ral du voyage en question, pour lequel je dois payer un prix assez impressionnant selon les normes locales. Je me sens comme une fille d\u2019un millionnaire autour de laquelle tourne le monde, vu son argent. Cela ne me procure point de joie particuli\u00e8re, puisque je n\u2019ai pas de millions, et les indiens, ils ont tous de telles attentes comme si j\u2019en avais.<\/p>\n<p>Cette fois-ci le gondolier ne ressemble pas du tout au celui d\u2019hier \u2013 d\u2019\u00e2ge moyen, au regard r\u00e9volt\u00e9 et \u00e0 la bouche tordue d\u00e9daigneusement. Il essaye par tous les moyens de faire comprendre qu\u2019il se fout de la mis\u00e8re dans laquelle il est oblig\u00e9 de vivre, qu\u2019il n\u2019a aucune pi\u00e9t\u00e9 envers moi \u00e0 la diff\u00e9rence des autres habitants du pays et qu\u2019il est lui-m\u00eame son ma\u00eetre, m\u00eame s\u2019il travaille pour quelqu\u2019un. Dans ce d\u00e9fi \u2013 un malaise, une brisure, de la tension, comme s\u2019il surveillait son chaque geste sans r\u00e9pit pour ne pas briser l\u2019image construite avec tant d\u2019application.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas envie de penser \u00e0 cette personne. Je veux lire, r\u00eaver, me relaxer sur les coussins\u2026 Il est assis \u00e0 l\u2019avant du sikara, loin de moi, et moi, je me cache derri\u00e8re les rideaux.<\/p>\n<p>J\u2019ouvre mon agenda\u2026 dans mon enfance j\u2019aimais sentir \u00able go\u00fbt\u00bb des livres, ou plut\u00f4t l\u2019odeur \u2013 il fallait ouvrir un livre et inhaler l\u2019odeur entre les pages \u2013 certains sentaient le moisi, l\u2019ennui, et d\u2019autres \u2013 la joie de vivre, pleins de promesses, et maintenant comme si je revenais dans mon enfance en sentant machinalement les pages de l\u2019agenda. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9 ce que c\u2019est \u2013 \u00e9crire tout simplement pour soi\u2026 je dissipe constamment le d\u00e9sir inopportun de donner une forme quelconque \u00e0 \u00e7a, de le polir\u2026 mais je l\u2019\u00e9cris pour moi, que pour moi, ce n\u2019est pas un article\u2026 quelle horreur\u2026 je n\u2019y arrive pas\u2026 je n\u2019arrive pas \u00e0 laisser les pens\u00e9es couler sur le papier, sans censure intempestive\u2026 hein\u2026 le m\u00e9tier de journaliste est pire que la prostitution \u2026il faut tout apprendre de nouveau \u2013 la joie des mots simples, l\u2019ind\u00e9pendance des caprices et pr\u00e9f\u00e9rences de l\u2019\u00e9diteur et du consommateur. En \u00e9tant parfaitement libre, je d\u00e9couvre soudainement que je ne peux pas me servir de ma libert\u00e9. Il faut faire un effort pour casser la stupeur officieuse, qui emp\u00eache les mots de s\u2019ensuivre librement, portant c\u2019est si simple \u2013 \u00eatre sinc\u00e8re avec soi-m\u00eame \u2026 simple\u2026 est-ce si simple? C\u2019est m\u00eame marrant\u2026 comment \u00e7a se peut\u2026<\/p>\n<p>Toujours est-il que l\u2019\u00e9tat l\u2019un des plus tourment\u00e9 est le quotidien. A ces moments l\u00e0 <i>(m\u00eame pas des moments, des si\u00e8cles!)<\/i> on ne veut rien, sauf vouloir au moins quelque chose. Ce vide douloureux dont j\u2019essaye de me sauver tout le temps quelque part, dans n\u2019importe quelles impressions, il ne manque pas de me rattraper, souvent inattendu, et alors, en pleine action tout devient tout \u00e0 coup terne et inint\u00e9ressant. Et lorsque je comprends qu\u2019aucune astuce ne peut \u00e9liminer cette grisaille, mon \u00e9tat devient tr\u00e8s morose \u2013 comment continuer \u00e0 vivre? Attendre que \u00e7a passe tout seul? Non\u2026 j\u2019ai vu ce que \u00e7a donne \u2013 d\u2019abord, on attend quelques heures, puis quelques jours, ensuite la d\u00e9pression s\u2019installe dont il y a deux issus \u2013 dans un asile psychiatrique ou bien au travail du matin au soir \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire un asile psychiatrique pareil. Il faut chercher une solution quelconque, car vivre l\u00e0 dedans n\u2019est pas possible. Les gens vivent, certes, mais moi, &#8211; je n\u2019ai pas envie de moisir vivante, je ne le veux pas. Il faut chercher une solution\u2026 Je ne veux pas vivre comme si tout \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 examin\u00e9 et connu depuis longtemps, comme si la fatalit\u00e9 in\u00e9vitable du quotidien \u00e9tait prouv\u00e9e, pourtant il est absolument clair que le monde \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nous reste un myst\u00e8re, mais le plus affreux est qu\u2019avec le temps ce myst\u00e8re cesse d\u2019\u00eatre myst\u00e9rieux et devient terne et banal, et avec chaque jour v\u00e9cu je m\u2019approche pas \u00e0 pas \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019une boule de triste grisaille. Et ma chair sera grise, et mon sang, le cerveau et le c\u0153ur \u2026 comment s\u2019y r\u00e9silier? Combien existait \u2013il de r\u00e9volutionnaires qui ont essay\u00e9 de renverser le monde autour d\u2019eux, qui ne se contentaient pas des discours et r\u00eaves de la libert\u00e9, il voulaient la libert\u00e9 r\u00e9elle, et o\u00f9 sont ces r\u00e9volutionnaires qui ne se contenteraient pas des discours sur la libert\u00e9 int\u00e9rieure? Est-ce que tout est tellement sans espoir? Autrefois, on croyait que la Terre est plate, que l\u2019atome est indivisible, qu\u2019on ne peut pas voler, que les \u00e9toiles sont coll\u00e9es au ciel\u2026 mais cela n\u2019emp\u00eachait pas de vivre, ni de respirer, ni d\u2019aimer, quelle est enfin la diff\u00e9rence &#8211; si elles sont coll\u00e9es ou attach\u00e9es? Pourtant, cette grisaille m\u00eame dont l\u2019in\u00e9vitabilit\u00e9 si affreusement intouchable, ce vide rattrapant tout et tout le monde sont des choses tout \u00e0 fait diff\u00e9rentes. La course \u00e9ternelle, spasmodique, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e pour \u00e9viter l\u2019ennui, la d\u00e9ception, la fatigue\u2026 N\u2019est-ce pas la nature de l\u2019homme? Toutes ces id\u00e9es que changeront-elles?<\/p>\n<p>Je mets ma main dans l\u2019eau, elle est ti\u00e8de, noire et claire. A un demi m\u00e8tre en dessous de la surface des algues \u00e9paisses et robustes poussent en s\u2019\u00e9levant du fond vaseux, elles sont velues, effrayantes\u2026<\/p>\n<p>Du coin d\u2019\u0153il j\u2019aper\u00e7ois une barque qui nous approche\u2026 ah! Combien il y a de fleurs\u00a0l\u00e0 dedans! Un petit homme, presque noir, \u00e0 l\u2019air dess\u00e9ch\u00e9 tire sa barque en chevauchant sa main le long de la notre pour arriver \u00e0 \u00eatre en face de moi. En ne disant rien il tend dans sa main plusieurs bouquets en une fois, sans me laisser presque pas de choix \u2013 j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019ils sont sur le point de tomber si je ne tends pas mes mains pour les prendre. L\u2019expression de son visage d\u00e9montre la r\u00e9solution de vendre les fleurs co\u00fbte que co\u00fbte, entrem\u00eal\u00e9e avec la tristesse, comme s\u2019il savait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il avait perdu la bataille.<\/p>\n<p>Mes mains ont machinalement m\u00fb envers les fleurs, mais je me suis tout de suite arr\u00eat\u00e9e en secouant la t\u00eate.<\/p>\n<p>&#8211; Je n\u2019ai pas besoin de fleurs.<\/p>\n<p>&#8211; Elles ne sont pas ch\u00e8res, mam.<\/p>\n<p>&#8211; Je n\u2019en ai pas besoin, ni cher, ni pas cher, &#8211; \u00e0 cet \u00e9poque je ne savais pas encore qu\u2019en Indes le meilleure moyen de se d\u00e9barrasser de quelqu\u2019un est tout simplement continuer \u00e0 marcher sans se retourner, ni r\u00e9agir de mani\u00e8re quelconque, car toute r\u00e9action sera interpr\u00e9t\u00e9e comme une possibilit\u00e9 de prolonger le contact, ce qui veut dire une chance de vendre sa marchandise tout de m\u00eame. Je faisais moi-m\u00eame comme \u00e7a autrefois, lorsque, adolescente, je vendais des casquettes militaires et des montres de collections sur l\u2019Arbat \u2013 j\u2019\u00e9tais si obstin\u00e9e que j\u2019\u00e9tais capable de suivre un \u00e9tranger \u00e0 l\u2019air gentil \u00e0 travers tout l\u2019Arbat en le suppliant d\u2019acheter au moins quelque chose. D\u2019habitude, l\u2019affaire r\u00e9ussissait, cette astuce m\u2019est bien connue donc, cependant des ann\u00e9es plus tard elle est presque pass\u00e9e aux oubliettes.<\/p>\n<p>&#8211; Mam, ces fleurs sont votre bonheur. Aujourd\u2019hui, c\u2019est une grande f\u00eate, une tr\u00e8s grande f\u00eate, faites une petite affaire pour ma famille, &#8211; il parlait l\u2019anglais mauvais, mais le sens de ses paroles \u00e9tait bien compr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>J\u2019ai jet\u00e9 un coup d\u2019\u0153il en direction du gondolier dans l\u2019espoir qu\u2019il me prot\u00e9gera de cette sangsue, mais le gondolier avait l\u2019air de faire \u00e9quipe avec lui, puisqu\u2019il regardait dans un autre sens et faisait semblant de ne rien remarquer. Les rames ne bougeaient pas, comme s\u2019il avait l\u2019intention d\u2019y rester jusqu\u2019\u00e0 deuxi\u00e8me venue. Mais non, je t\u2019aurai, je t\u2019expliquerai qui est qui ici\u2026 quoi que ce soit d\u00e9sagr\u00e9able de provoquer de l\u2019antipathie de la part du vendeur des fleurs envers moi.<\/p>\n<p>&#8211; Je veux qu\u2019on continue notre chemin!<\/p>\n<p>&#8211; Mam, ma famille priera pour vous, mam, regardez qu\u2019elles sont belles,- le vendeur s\u2019est agit\u00e9, mais notre barque s\u2019est d\u00e9coll\u00e9e et nous sommes partis.<\/p>\n<p>Les \u00e9motions qui surviennent dans les situations comme \u00e7a ressemblent \u00e0 celles qui apparaissent en \u00e9coutant des histoires sur des animaux sans abri \u2013 il existe m\u00eame des amateurs qui font des refuges pour des chiens et des chats, ils sont rempli de piti\u00e9 envers nos petits fr\u00e8res et croient sinc\u00e8rement que le bonheur des chiens et des chats est entre quatre murs, sur un canap\u00e9 confortable et aux toilettes chaudes. C\u2019est m\u00eame bizarre pourquoi ils ne remarquent pas combien il y a autour de corbeaux sans abri, combien de destins tout simplement d\u00e9truits et perdus des moineaux, d\u2019h\u00e9rissons et de renards\u2026 Il n\u2019y a pas de b\u00eatise plus grande que d\u2019humaniser les animaux, en leur souhaitant ce bonheur humain qui, d\u2019ailleurs, n\u2019a rendu aucune personne heureuse. Et la piti\u00e9 envers les indiens est de m\u00eame genre. Ces gens l\u00e0 choisissent eux-m\u00eames le mode de leur vie, et je ne pense plus aujourd\u2019hui qu\u2019ils sont victimes malheureuses des circonstances horribles. Pendant longtemps cela me brisait le coeur de voir de petits enfants indiens <i>(comment les enfants sont incroyablement beaux en Indes!!) <\/i>patauger dans les ravins m\u00eames d\u2019\u00e9gouts, dans les ordures, en se d\u00e9pla\u00e7ant \u00e0 quatre pattes d\u2019un gros tas de merde dans un autre, mais leurs visages ne font pas voir les souffrances que j\u2019y rajoute automatiquement. Mais non, au contraire \u2013 ils sont souriants, vifs, on sent en eux la passion envers la tendresse. Et quand je prenais un bus ou un train, je voyais, les yeux \u00e9carquill\u00e9s, les indiens \u00e0 l\u2019aspect d\u00e9cent, \u00abcultiv\u00e9\u00bb, jeter sous leurs pieds des restes de la nourriture, des emballages, des \u00e9pluchures et toute sorte d\u2019ordure, de mani\u00e8re que vers la fin du voyage tout se noie dans le d\u00e9tritus, je commen\u00e7ais alors \u00e0 comprendre doucement que c\u2019\u00e9tait leur choix, ils vivent ainsi parce qu\u2019ils le veulent.<\/p>\n<p>Allong\u00e9e sur les coussins, je contemple les paysages qui s\u2019\u00e9tendent de tous les c\u00f4t\u00e9s et je ressens un plaisir presque physique du fait que mon regard ne se bute pas contre des murs et des entassements, et je peux scruter l\u2019horizon sans obstacles. Il y a une centaine de m\u00e8tres d\u2019ici jusqu\u2019aux berges, le long desquelles s\u2019\u00e9tend une route, et de rares voitures semblent irr\u00e9elles de cette distance, de tailles des jouets. Une cha\u00eene de moyenne montagne se d\u00e9ploie un peu plus loin et rejoint l\u2019horizon. Par ci par l\u00e0, sur des collines de petits beaux h\u00f4tels se situent. Autrefois, ils \u00e9taient remplis de touristes, mais maintenant ils se dressent, tels des monuments insens\u00e9s au pass\u00e9 paisible. Jusqu\u2019\u00e0 maintenant je n\u2019ai rencontr\u00e9 qu\u2019un touriste ici \u2013 un japonais, mais j\u2019ai eu la chance de tomber sur beaucoup d\u2019habitants locaux, tr\u00e8s soucieux de d\u00e9crocher un touriste ou de gagner de l\u2019argent sur lui, ou au moins le toucher et lui parler.<\/p>\n<p>A gauche, des p\u00e9niches se tassent sur des \u00eelots, et loin devant \u2013 rien, rien du tout, sauf des montagnes lointaines, couvertes de la brume \u00e0 peine discernable.<\/p>\n<p>(<i>Et si demain j\u2019allais \u00e0 Sonmarg\u2026)<\/i> Tout ram\u00e8ne \u00e0 \u00e7a \u2013 le d\u00e9sir flou, mais persistant de retrouver, enfin, l\u2019endroit qui me plairait vraiment. Peut \u00eatre l\u00e0 bas\u2026<\/p>\n<p>Encore une barque, qui aura surgi de l\u2019eau, se dirige vers nous. Va-t-on me touiller encore?! Du repos je voulais, ayant achet\u00e9 l\u2019excursion et en me taillant au lac\u2026 L\u2019irritation qui \u00e9tait sur le point de se manifester a disparu quand je n\u2019ai vu que deux fillettes dans la barque. Une toute petite, &#8211; de pas plus que cinq ans, apparemment\u2026 et l\u2019a\u00een\u00e9e\u2026 douze ans? Hein, quels yeux\u2026 la petite n\u2019a pas du tout l\u2019air d\u2019un enfant, qui aurait besoin d\u2019assistance. D\u2019abord, en voyant une cr\u00e9ature aussi fragile, j\u2019ai ressenti, comme d\u2019habitude, quelque chose d\u2019ordre d\u2019attendrissement, puis j\u2019ai tr\u00e9buch\u00e9 en butant contre son regard \u2013 lourd, comme chez les femmes adultes. Bien\u2026 selon toute apparence, tout est absolument diff\u00e9rent ici, et m\u00eame les enfants ne ressemblent pas aux enfants. Sans aucun geste, ni mouvement, chacune dans sa barque, on s\u2019approche lentement, mais juste au moment o\u00f9 les bords se cognent, la fille a\u00een\u00e9e jette sur mes genoux, d\u2019un geste brusque et imperceptible, une fleur de lotus grande et humide, et \u00e0 cet instant l\u00e0 il n\u2019y a pas encore un ombre de soup\u00e7on que cela puisse se tourner en malheur quelconque. Je fais un grand sourire en me disant que j\u2019ai d\u00fb plaire aux fillettes, si elles me saluent de telle mani\u00e8re. Ayant vu mon sourire, la fillette a soudainement montr\u00e9 ses dents, tel un carnassier, et attrap\u00e9 le bord de notre barque comme une petite b\u00eate tenace qui n\u2019a pas l\u2019intention de la l\u00e2cher pour rien au monde.<\/p>\n<p>&#8211; Hundred roupies, mam! \u2013 a-t-elle demand\u00e9 en tendant sa main si autoritairement qu\u2019elle a failli me frapper les mains.<\/p>\n<p>&#8211; Quoi? Cent roupies?? <i>(Est-ce que j\u2019ai l\u2019air d\u2019une conne?)<\/i> Allez, prend tes fleurs\u2026<\/p>\n<p>Agac\u00e9e, j\u2019essaye de lui rendre la fleur, mais elle la repousse avec force. Quelles mani\u00e8res\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Eh, copine, je ne veux pas de ta fleur!<\/p>\n<p>&#8211; Mais vous l\u2019avez d\u00e9j\u00e0 prise! \u2013 la fillette s\u2019est transform\u00e9e en hibou qui a attrap\u00e9 une souris et la tient dans ses griffes, son regard est froid, le ton est imp\u00e9ratif.<\/p>\n<p>&#8211; Je l\u2019ai prise??? Tu me l\u2019as lanc\u00e9e, tu as oubli\u00e9, ou quoi?<\/p>\n<p>&#8211; Mam, vous avez pris la fleur, maintenant il faut la payer. Cette fleur est sacr\u00e9e. Vous devez l\u2019acheter.<\/p>\n<p>&#8211; Je ne dois rien! Prend-la maintenant, sinon je la jette, &#8211; je fais un geste fulminant pour lui montrer que je vais lancer la fleur loin dans l\u2019eau, mais j\u2019ai eu peur de le faire \u2013 et si elle se casse? Elle demanderait de l\u2019argent deux fois plus \u00e9nergiquement.<\/p>\n<p>J\u2019appelle le gondolier au secours, mais ce porc me dit, l\u2019air presque d\u00e9daigneux, que comme j\u2019ai pris la fleur, je dois payer, &#8211; telles sont les m\u0153urs locales. En commen\u00e7ant \u00e0 lui expliquer que je n\u2019ai rien pris, je me sens comme une idiote qui cherche \u00e0 se justifier devant un grand monsieur. J\u2019aurais pu leur faire peur en \u00e9voquant la police, car c\u2019est un vrai braquage, mais j\u2019\u00e9tais toute d\u00e9sorient\u00e9e\u2026 Bon d\u00e9barras, je vais payer le minimum\u2026 un dollar te suffira? Tiens cinquante roupies et d\u00e9gage. On m\u2019a eue quand m\u00eame comme une imb\u00e9cile, comme une conne\u2026 Et en plus, il s\u2019y ajoute le malaise restant \u00e0 la tra\u00eene \u2013 vis-\u00e0-vis le gondolier et m\u00eame les fillettes qui m\u2019ont grug\u00e9e!<\/p>\n<p>Ras-le-bol. J\u2019en ai assez. J\u2019exige du gondolier qu\u2019il ait affaire aux marchands lui-m\u00eame sans les laisser m\u2019approcher, ne serait-ce qu\u2019un tout petit peu, en mena\u00e7ant de me plaindre au \u00abchef\u00bb si encore une fois j\u2019ai \u00e0 me battre pour mon espace personnel, et lorsqu\u2019une demi-heure plus tard des flibustiers botanistes suivants brillent pas loin de nous, il gesticule vivement avec ses bras en criant quelque chose, et leur barque nous contourne.<\/p>\n<p>Le clapotement des rames, l\u2019eau coulant dans mes paumes, les mains immobiles au dessus de l\u2019eau, les pens\u00e9es glissant hors des mains\u2026 le temps coule par \u00e0-coup, tant\u00f4t se figeant comme un nuage transparent, tant\u00f4t se frayant le chemin comme un ruisseau. Ils parlent cependant \u2026 c\u2019est certain, ils se parlent! \u2013 les corbeaux qui volent au dessus de ma t\u00eate. Dans une heure ou deux un grand jardin, grimpant le versant avec ses larges marches, appara\u00eet \u00e0 droite. Il faut se d\u00e9gourdir les jambes\u2026 je descend du sikara et tout mouvement sur le rivage se calme un peu se retournant pour me voir. Je longe le quai, paralys\u00e9e par l\u2019attention d\u00e9raisonnable et inhabituelle de tous les sexes et \u00e2ges. Pourquoi les t\u00eates des femmes sont couvertes de foulards? Pourquoi en me voyant cachent-elles leurs visages toutes g\u00ean\u00e9es? Certaines me tournent m\u00eame le dos, en souriant soit par l\u2019embarras, soit parce que mon apparence leur parait ridicule. Qui sait\u2026 Mais non, je ne dirais pas que j\u2019aie quel que chose de marrant sur moi, &#8211; un pantalon et une chemise en tissu l\u00e9ger, mais opaque, tout est propre <i>(peut-\u00eatre la raison est l\u00e0?:)<\/i>,<i> <\/i>tout est conforme aux coutumes locales, d\u2019apr\u00e8s ce que j\u2019en sais\u2026 Mais enfin, pourquoi je me prends la t\u00eate! Qu\u2019est-ce que j\u2019en ai \u00e0 faire que ces gens rient\u00a0pour une raison quelconque? J\u2019essaye obstin\u00e9ment de me persuader que tout \u00e7a est sans importance, et je continue mon chemin<i> <\/i>en repoussant mon inqui\u00e9tude en arri\u00e8re plan.<\/p>\n<p>Le long des rangs de marchandise les indiens appartenant au \u00abmiddle class\u00bb extr\u00eamement peu nombreux de ce pays se pavanent langoureusement. Qu\u2019est-ce qu\u2019ils sont habill\u00e9s de fa\u00e7on ridicule! Sur le fond des foules de clochards, dont l\u2019Indes est pleine, ils ont l\u2019air imposant en faisant la d\u00e9monstration sur tous les coins de leur dignit\u00e9 ventrue. Tels les enfants\u2026 ils ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 jouer aux adultes et tout ce qu\u2019ils peuvent c\u2019est afficher de mani\u00e8re caricaturale leur propre importance, pourtant \u00e7a se voit que c\u2019est de l\u2019emprunt\u00e9, rien de valable derri\u00e8re. Aucun polissage de cette autosuffisance sociale qui est propre \u00e0 la plupart d\u2019europ\u00e9ens issus de la classe moyenne ne s\u2019observe pas chez eux, que le d\u00e9sir infantile de frimer. Quels visages vides\u2026 quels yeux d\u00e9plaisants\u2026<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a comme camelote rarissime! Tous les rang\u00e9es en sont bourr\u00e9es jusqu\u2019au plafond \u2013 des jouets en plastique, breloques, miroirs, colliers, barrettes, tongs, cassettes, stylos, cadenas, robes en acrylique pour des petites filles, des plumes de paon, et ainsi de suite, et tout \u00e7a est de pire qualit\u00e9 qu\u2019on puisse imaginer. Je d\u00e9visage b\u00eatement une indienne dodue, habill\u00e9e en sari de couleur rose tr\u00e8s vif, avec un gilet bien us\u00e9 aux motifs turcs, mis par dessus. Elle tripote affectueusement toute cette pacotille, ayant l\u2019air de grande dame dans un salon joaillier. Ses cheveux noirs sont plaqu\u00e9s contre la t\u00eate avec quelque chose de gras <i>(c\u2019est d\u00e9go\u00fbtant\u2026)<\/i> et tress\u00e9s, des dizaines de bracelets fins, claquant \u00e0 chaque mouvement, sont pendus \u00e0 ses poignets. Et alors \u2013 elle claque toute sa vie comme \u00e7a?? Le vernis de couleur tr\u00e8s vive sur ses ongles p\u00e8le, des bagues en m\u00e9tal jaune brillent sur ses gros doigts\u2026 Qu\u2019est-ce que je fais? La contrari\u00e9t\u00e9 troublante c\u2019est que, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, c\u2019est d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 regarder, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, c\u2019est curieux. Et ce n\u2019est pas que je prenne plaisir \u00e0 noter tout \u00e7a, mais\u2026 c\u2019est marrant quand m\u00eame \u2013 le point rouge sur son front est un peu desquam\u00e9 et \u00e0 l\u2019air de la peinture qui se d\u00e9tache, elle a du mal \u00e0 bouger, quoi qu\u2019elle soit encore jeune. Mais non, c\u2019est qu\u2019elle aime bouger ainsi! Zut, elles sont toutes ici comme \u00e7a! Sa d\u00e9marche, c\u2019est quelque chose \u2026 Tout comme des pingouins et non des femmes \u2013 en \u00e9cartant les pointes des pieds, elles oscillent d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, comme si elles essayaient de laisser pendre le bidon devant elles entre les jambes. Et m\u00eame les jeunes indiennes ais\u00e9es, qui n\u2019ont pas encore eu le temps d\u2019accumuler du gras et des enfants, bougent de fa\u00e7on pareille. Une sensation tout \u00e0 fait irrationnelle de la rencontre de l\u2019avenir in\u00e9vitable avec le pr\u00e9sent \u2013 le ventre n\u2019y est pas encore, mais il existe d\u00e9j\u00e0 dans la virtualit\u00e9, il y a quelque chose de l\u2019ordre de condamnation, et lorsque maintenant on me parle de l\u2019h\u00e9ritage des g\u00e9n\u00e9ration, de la culture indienne qui date des milliers d\u2019ann\u00e9es, la premi\u00e8re chose qui surgit dans mon esprit n\u2019est pas un yogi, ni une statue de Siva, mais ce ventre l\u00e0 inexistant. Je n\u2019arrive pas \u00e0 imaginer une telle femme en train de courir ou danser, ou, en g\u00e9n\u00e9ral, faire quel que chose de mani\u00e8re naturelle et spontan\u00e9e. Apparemment, les pauvres se sont tellement greff\u00e9es au seul endroit (la cuisine) o\u00f9 elles peuvent se sentir ma\u00eetresses au moins de quelque chose, que tout ce dont elles ont besoin dans la vie c\u2019est apprendre \u00e0 bouger entre la cuisini\u00e8re et la table.<\/p>\n<p>L\u2019image d\u2019une belle fille indienne en sari a\u00e9rien, venue des \u00e9crans de la salle obscure de mon enfance, n\u2019existait en r\u00e9alit\u00e9 que sur des emballages de savon.<\/p>\n<p>&#8211; Mam\u2026<\/p>\n<p>Quoi encore? Un indien avec moustache en chemise d\u00e9lav\u00e9e, laquelle, de toute \u00e9vidence, a \u00e9t\u00e9 blanche auparavant. Il me regarde servilement, et moi, de nouveau, je ne peux pas tourner le dos \u00e0 une personne aussi inoffensive et souriante.<\/p>\n<p>&#8211; Est-ce possible de vous prendre en photo avec nous? Ma famille serait heureuse si vous consentez.<\/p>\n<p>Que faire? Je n\u2019ai pas envie de me faire prendre en photo, mais faute d\u2019avoir le temps d\u2019inventer une excuse, je c\u00e8de. Maintenant sa journ\u00e9e n\u2019est pas perdue\u2026 tout excit\u00e9, en gesticulant avec ses mains, il saisit par l\u2019\u00e9paule une personne passant \u00e0 c\u00f4t\u00e9, lui explique o\u00f9 et quand il faut appuyer, rassemble toute sa famille \u2013 la femme et deux enfants bien en chair <i>(qu\u2019est-ce que les enfants sont laids en Indes!), <\/i>les positionne autour de moi de sorte sue je reste au premier plan, l\u00e8ve sa t\u00eate tr\u00e8s haut en tordant sa bouche en un grand sourire et donne le signe \u2013 appuie sur le bouton! Apr\u00e8s le clic, il me supplie de rester encore une seconde et, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9 pour embobiner la pellicule, reprend sa pose. Et le m\u00eame tableau surr\u00e9aliste, que la vue des silhouettes immobiles sur des barques s\u2019approchant l\u2019une de l\u2019autre, survient \u2013 la femme et les enfants restent sans bouger tout ce temps l\u00e0, tels les \u00e9l\u00e9ments en carton faisant partie du d\u00e9cor, comme s\u2019ils se fichaient compl\u00e8tement de moi et de tout en g\u00e9n\u00e9ral. Peut \u00eatre dorment-ils? Cette fois ci l\u2019indien a tendu son bras gauche pr\u00e9somptueusement et mis sa main droite sur son flanc, ressemblant \u00e0 une caricature guerri\u00e8re des BD dans de vieux journaux sovi\u00e9tiques. Peut \u00eatre souhaite-il faire rire quelqu\u2019un, en faisant une photo rigolo? Mais non\u2026 c\u2019est s\u00e9rieux, les gens qui nous entourent ne sourient pas\u2026<\/p>\n<p>En rigolant et r\u00e9fl\u00e9chissant sur le sujet de leur connerie, je m\u2019installe dans un caf\u00e9 pour prendre du lassi \u2013 une sorte de boisson \u00e0 base de yaourt battu dans l\u2019eau.<\/p>\n<p>Non merci, pas de sucrerie \u2013 j\u2019ai go\u00fbt\u00e9 les friandises sur la route de Delhi\u2026 mes dents s\u2019en souviennent encore. De la glace, je n\u2019en veux pas non plus, l\u2019inscription \u00abcr\u00e9dible \u00e0 cent pourcent\u00bb ne m\u2019inspire gu\u00e8re. Tout ce qui n\u2019a pas eu de traitement thermique peut mettre dans un lit hospitalier avec la typho\u00efde ou pneumonie pour un mois. On n\u2019arr\u00eate pas de me mater\u2026 &#8211; deux indiens, apparemment, ils envisagent faire connaissance avec moi. Rien que d\u2019y penser me remue les tripes, je finis ma boisson et je m\u2019en vais.<\/p>\n<p>Le jardin n\u2019est pas beau d\u2019ailleurs\u00a0: de rares fleurs monotones et moches sont parsem\u00e9es un peu partout. Le conduit en pierre orn\u00e9 de reliefs, dont s\u2019\u00e9coule l\u2019eau, est couvert de la mousse verte gluante et d\u00e9go\u00fbtante. Du gazon coup\u00e9 \u00e0 ras sur lequel des paons se prom\u00e8nent ayant l\u2019air des personnages humains, et aucun \u00e9tranger. Ce n\u2019est pas dr\u00f4le tout \u00e7a\u2026 ils ne font pas l\u2019impression des gens en vacances, l\u2019air est lourd. Et cet endroit ne me plait pas, je suis fatigu\u00e9e \u2013 soit de cette observation ininterrompue et appliqu\u00e9e, soit du fait que dans tout le Cachemire je suis la touriste unique. J\u2019en ai assez \u2013 je reviens dans ma barque.<\/p>\n<p>Je rejette vivement la proposition du gondolier de m\u2019amener \u00e0 la plantation des lotus. Une plantation \u2026 et des lotus\u2026- encore un heurt de mes repr\u00e9sentations fantaisistes de l\u2019Indes avec l\u2019iceberg du quotidien. Le plus fantaisistes sont mes attentes, le plus banal est la r\u00e9alit\u00e9. Peut-\u00eatre ces attentes l\u00e0 g\u00e2chent-elles tout?<\/p>\n<p>Je refuse en m\u00eame temps l\u2019usine des mahatmas, l\u2019entreprise de Kama-Sutra et le symposium des derviches, je veux tout simplement d\u00e9jeuner et me promener l\u00e0 o\u00f9 il y a le moins de monde et le plus de nature.<\/p>\n<p>Dix ans en arri\u00e8re, lorsque les foules de touristes enfum\u00e9s faisaient l\u2019assaut de Cachemire, mon Virgile a d\u00fb entendre quelque chose et, vu ses yeux brillants, il a ressenti une sorte de compr\u00e9hension naturelle puisqu\u2019il m\u2019a amen\u00e9 sur un \u00eelot minuscule o\u00f9 se trouvaient un temple, un immense arbre et un petit resto arrang\u00e9 en bateau.<\/p>\n<p>Je grimpe sur le toit <i>(depuis mon enfance j\u2019adore les toits!)<\/i> et je m\u2019installe \u00e0 l\u2019ombre du grand arbre \u00e0 la ramure luxueuse. C\u2019est le moment le plus chaud de la journ\u00e9e et, naturellement, une lassitude apathique me saisit, j\u2019ai envie de me d\u00e9lasser dans un fauteuil en d\u00e9tendant le cerveau jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat de bouillie. Parfois, si l\u2019on ne c\u00e8de pas en continuant \u00e0 se tenir comme si l\u2019on avait la plus grande p\u00eache de la journ\u00e9e on r\u00e9ussit \u00e0 se d\u00e9faire de cette paresse, mais maintenant je n\u2019y arrive pas. Pas de force pour quoi que ce soit, c\u2019est la chaleur\u2026<\/p>\n<p>On flotte quelque part encore\u2026 rien \u00e0 dire \u2013 le coin est tr\u00e8s pittoresque\u2026 \u00ables rues\u00bb entre les maisons p\u00e9niches sont si \u00e9troites que les cimes pendantes des arbres s\u2019entrelacent, en formant au dessus de la t\u00eate un chapiteau vert \u00e9trangement tiss\u00e9, avec la lumi\u00e8re du soleil passant \u00e0 travers. De grands lotus roses se font entrevoir parmi des algues \u00e9paisses et de larges feuilles charnues et convexes\u2026 Apparemment, il y en a \u00e0 peu pr\u00e8s cinq. La partie ensoleill\u00e9e de la journ\u00e9e s\u2019ach\u00e8ve, \u00e0 six heures il commence \u00e0 faire nuit en Indes. A ce moment, avant le cr\u00e9puscule, une placidit\u00e9 particuli\u00e8re ondoie dans l\u2019atmosph\u00e8re, provoquant l\u2019\u00e9tat qu\u2019on a tellement envie de saisir en s\u2019immobilisant, mais il file \u2013 entre les arbres, dans les vaguelettes sur l\u2019eau, dans la fra\u00eecheur du soir\u2026<\/p>\n<p>Shafi\u2026 bien s\u00fbr, il est d\u00e9j\u00e0 plant\u00e9 sur le quai, le visage rayonnant de l\u2019impatience d\u2019entendre mes commentaires joyeux, mais aujourd\u2019hui je ne suis plus une fille polie. Jouer en r\u00e9ponse \u00e0 sa physionomie contente?\u2026non, c\u2019est odieux\u2026 je ne comprends pas comment il arrive \u00e0 vivre comme \u00e7a\u2026 en marchant sur leurs propres pieds, en affectant tout le temps quelque chose\u2026 Mais est-ce possible que ce ne soit plus d\u00e9go\u00fbtant? Peut-\u00eatre aiment-ils mener toutes ces conversations semblables au m\u00e2chement du papier toilettes? Deviendrais-je moi-m\u00eame un jour comme \u00e7a, pour que ce soit \u00e9gal pour moi \u2013 avec qui et de quoi parler? Brrr\u2026, j\u2019ai m\u00eame sursaut\u00e9 en y pensant\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&#8211; C\u2019est un endroit formidable pour la m\u00e9ditation! \u2013 la voix \u00e0 Shafi m\u2019attrap\u00e9 m\u00eame sur le toit.<\/p>\n<p>C\u2019est curieux que de savoir ce qu\u2019il comprend sous le nom de m\u00e9ditation?<\/p>\n<p>&#8211; Et toi, tu fais la m\u00e9ditation?<\/p>\n<p>&#8211; Non, mam, je suis musulman, mais je sais que la m\u00e9ditation fait du bien.<\/p>\n<p>&#8211; Hein, comment tu le sais si tu ne le fais pas toi-m\u00eame?<\/p>\n<p>&#8211; Beaucoup de personnes saintes le font ici, je sais donc que c\u2019est tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p>&#8211; OK, Shafi, c\u2019est ce que je vais faire maintenant, tu peux t\u2019en occuper, que personne ne mette son nez ici, entendu?<\/p>\n<p>Je n\u2019arr\u00eate pas de m\u2019\u00e9tonner que les gens soient infiniment loin de la lucidit\u00e9 quelconque, et m\u00eame n\u2019y aspirent gu\u00e8re\u2026 D\u2019ailleurs, qu\u2019est-ce qu\u2019il y en a d\u2019\u00e9tonnant? Des \u00eatres illumin\u00e9s n\u2019errent pas du tout en grandes quantit\u00e9s aux alentours, il ne faut pas m\u2019\u00e9tonner alors que je n\u2019ai rencontr\u00e9 encore personne qui pourrait m\u2019expliquer plus au moins intelligiblement ce qu\u2019il entend en parlant de l\u2019illumination, nirvana, Samadhi et du reste qui fait partie de \u00abl\u2019au-del\u00e0\u00bb.<\/p>\n<p>Je suis enfin en s\u00e9curit\u00e9 sur le toit, &#8211; personne de l\u2019ext\u00e9rieur ne viendra ici. C\u2019est qu\u2019ici que je me permets d\u2019enlever la pression, comme si elle me d\u00e9fendait de quelque chose!<\/p>\n<p>Le chant monotone au loin ressemble \u00e0 un appel d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et triste\u2026 Mais oui, c\u2019est une f\u00eate religieuse aujourd\u2019hui \u2026 mais quelle importance? Pourquoi je m\u2019en suis souvenu?\u2026 Je ferme les yeux en essayant de calmer les pens\u00e9es, je veux qu\u2019elles disparaissent compl\u00e8tement pour un moment.<\/p>\n<p>M\u00eame un court laps de temps dans l\u2019immobilit\u00e9 absolue peut amener des sensations assez \u00e9tranges \u2013 la perception habituelle du corps physique commence \u00e0 fondre. En ce moment je me sens en masse r\u00e9sistante, sans aucune forme, en mouvement constant \u2013 quelque chose s\u2019enroule quelque part, s\u2019\u00e9coule lentement d\u2019un endroit \u00e0 l\u2019autre, chancelle d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, oscille en pendule, coule en bas\u2026 Le toit sous mes pieds se penche dans tous les sens et je suis sur le point de glisser\u2026 Et maintenant je suis sous le toit de mani\u00e8re qu\u2019elle exerce de la pression sur moi\u2026<\/p>\n<p>De tels ph\u00e9nom\u00e8nes sont habituels pour moi, &#8211; \u00e7a m\u2019arrive depuis le plus bas \u00e2ge. J\u2019ai essay\u00e9 d\u2019en parler avec mes parents, mes copines, et j\u2019ai compris que personne ne ressent rien de tel. Tout \u00e7a ne me plaisait gu\u00e8re, car emp\u00eachait de dormir en mettant mal \u00e0 l\u2019aise, j\u2019\u00e9tais m\u00eame en col\u00e8re du fait que j n\u2019arrivais pas \u00e0 m\u2019endormir normalement comme tout le monde, contrainte de faire partie des jeux bizarres de la nature. Puis, un int\u00e9r\u00eat de la recherche a apparu\u2026 Et si j\u2019allais dans la montagne demain?<\/p>\n<p>&#8211; Shafi! Je veux aller dans la montagne demain!<\/p>\n<p>&#8211; C\u2019est parfait, mam. Je vais \u00eatre votre guide.<\/p>\n<p>Un rebondissement inattendu. Le gars est, bien s\u00fbr, serviable, mais la perspective de passer toute la journ\u00e9e avec lui ne me sourit pas.<\/p>\n<p>&#8211; Aurai-je besoin d\u2019un guide par l\u00e0? \u2013 j\u2019essaye de poser cette question de mani\u00e8re qu\u2019il ne comprenne pas pourquoi je la pose, et de nouveau un haut-le-c\u0153ur sp\u00e9cifique provenant de l\u2019intoxication de l\u2019insinc\u00e9rit\u00e9 survient.<\/p>\n<p>A quel point c\u2019est \u00e9c\u0153urant de me pr\u00e9occuper de l\u2019opinion que chacun, rencontr\u00e9 par hasard ou pas, fait de moi! Je d\u00e9teste cette impuissance, cela g\u00e2che tellement la vie\u2026 comme si une \u00e9pine angulaire se coince quelque part \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et apr\u00e8s, essaie de la cracher, qu\u2019avec du sang\u2026 et de plus, \u00e0 cause de \u00e7a, je tombe in\u00e9vitablement dans des situations qui ne me plaisent gu\u00e8re!<\/p>\n<p>&#8211; Mais, bien s\u00fbr, c\u2019est la montagne, vous pouvez vous perdre par l\u00e0.<\/p>\n<p>Le mot \u00abmontagne\u00bb m\u2019impressionne de la sorte voulue par Shafi et me permet de justifier mon manque de volont\u00e9, &#8211; maintenant je peux m\u2019y r\u00e9concilier en me disant que je n\u2019avais pas de choix \u2013 c\u2019est la montagne quand m\u00eame\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Alors, demain, \u00e0 six heures <i>(six heures??? m\u00eame ici on m\u2019a attrap\u00e9 avec ces griffes impitoyables!)<\/i> un petit d\u00e9jeuner vous attendra. Bonne nuit, mam.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Des pas qui s\u2019\u00e9loignent, le grincement de l\u2019escalier, quelqu\u2019un a fait kwa, on a ri quelque part \u2013puis, silence\u2026 Quatre jours en Indes et il ne se passe rien! O\u00f9 sont des sages, des ma\u00eetres, des lieux de force, des temples myst\u00e9rieux? Le m\u00eame quotidien que toujours, en plus de la pression constante\u2026 Les montagnes&#8230; Tout sera diff\u00e9rent dans les montagnes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019odeur du petit matin me saisit en m\u2019enlevant de l\u2019entassement chaotique des r\u00eaves, et \u00e7a devient tout de suite calme. 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