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Quelque chose

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Charles Darwin est né en 1809. C’était un scientifique éminent, la théorie de l’évolution fut formulée et exposée pour la première fois dans son ouvrage « L’origine des espèces ». Publiée en 1859, cette théorie fut violemment contestée par les serviteurs de dieu malgré le soutien de la pensée scientifique de l’époque. D’autres travaux scientifiques lui appartiennent également. Il fut enterré dans le Westminster Abbey. Dieu me préserve de devenir un tel paragraphe dans une encyclopédie.

Lorsque ce matin je sortais de chez moi, j’ai tout de suite senti une odeur de matin remarquable – cette odeur témoignait, elle me rappelait quelque chose et me demandait de répondre.

Une sagesse unissant est la non raison, le non sens et la bêtise. Le moralisme, piétisme, solipsisme, automatisme, un hache-viande, un rebord de fenêtre, une télé scintillante – cette rangée est interminable, cette ligne hypnotise, cet ordre est meurtrier. Compte l’argent avant de quitter le guichet. Le client a toujours raison. La loi est sévère, mais c’est la loi. Ne lui donne pas de prétexte, ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas, il y a loin de la coupe aux lèvres, n’éveille pas le chat qui dort. Sois prêt. Tourne ta langue sept fois. J’aime la vie, j’aime la tendresse, j’aime m’étirer dans mon lit le matin, j’aime ressentir la solitude comme une souffrance libératrice dont la coquille laisse scintiller de temps en temps un fil argenté amenant vers le mystère.

Regardez comment les abats jour jaunes, des meubles anciens, des tableaux ovales dans les cadres de la même forme et un bouquet de fleurs fraîches dans un vase japonais vont bien ensemble. Voici est ma chambre, mettez-vous à l’aise.

Je creuserais ces murs en béton avec mes dents. Donnez-moi ce vase, ce peignoir avec les pantoufles, ce jardin paradisiaque, je vais les manger. La rage déguisée en parures d’humilité. Un fol acharnement. Que pense le chien, comment pousse le sapin, où habite l’hérisson – la nature humanisée nous entoure, d’ignobles fantômes de la faiblesse sentimentale nous encerclent.

Je vois autrement. Le chien – le nez humide, ses côtés se soulèvent, sa queue est à point de s’envoler, les yeux malins. Le sapin – le nez humide, ses côtés se soulèvent, sa queue est à point de s’envoler, les yeux malins. Je vois tout ça autrement. Je regarde, et l’essence de l’instant y est. Je ne vis pas, et la vie y est, je ne respire pas, et ma respiration y est. Comment faire autrement? L’esquisse d’un sourire s’envolant des yeux pénètre tant la fumée de feu de camp – en faisant mal et en purifiant.

Nous seront, nous deviendront, nous sommes nombreux, peu nombreux, il faut les…, sept par huit, pourquoi si compliqué, mais quoi, n’est-ce pas? Non. Je crois que non. Nous laissons des traces. Nous laissons toujours des traces, et nos traces sont empuanties, leur puanteur nous rattrape et nous enveloppe. Un cri est instantané, mais son odeur agite encore longtemps dans le cerveau moisi, la sensation est morte avant d’être née – pourquoi auraient-ils besoin d’elle – ils ont leur puanteur. Et c’est assez pour eux. Qu’ils puent. Et moi, je vais ressentir. Une idée, si elle est née dans une sensation passionnée, doit vivre sa vie tranquillement et en prenant son temps et mourir, se dissiper, et s’il lui est donné un instant de vie, que ce soit un instant, si c’est une journée, que ce soit une journée. Elle va mourir sans laisser de traces en moi, sans bloquer le passage des autres, elle ne s’élèvera pas tel un mausolée, ne se nouera pas en un nœud.

« Cette étincelle ne se contente pas du père, ni du fils, ni du saint esprit, ni de la trinité, le temps que chacun des trois est emprisonné dans sa particularité. Je dis sincèrement que cette lumière ne se contentera pas de naissance fertile de l’essence divine. J’rajouterai ce qui sonnera encore plus étonnant: je jure par la vérité vertueuse que la simple immobilité de l’essence divine ne suffit pas à cette lumière, l’immobilité, qui ne donne ni s’approprie rien, et encore: la lumière désire savoir d’où vient cette essence, elle désir une simple raison, un désert muet, là où aucune différence ne se voit jamais, là où il n’y a pas de père, ni de fils, ni de saint esprit. Dans les tréfonds intérieurs, dans la demeure de personne, là cette lumière trouve de la satisfaction, et là elle est plus unie que dans elle-même, en raison d’un simple calme, immobile en lui-même. Par ceci l’esprit purifié, illuminé plonge dans les ténèbres divines, dans le silence, dans l’unification inouïe et inconcevable ; et lors de cette plongée il perd tout ce qui est semblable et pas, dans ce néant l’esprit perd lui-même et ne sait plus rien ni du Dieu, ni de lui-même, ni de semblable ni de différent, ni de rien ; car maintenant il est plongé dans l’unité Divine et a perdu toutes les différences ».

On me dit – tu est un salaud, tu es une ordure, il faut t’écraser, te découper, et il ne me reste que écouter, écouter et comprendre – le néant est infini. Un ciel superbe avant crépusculaire, des nuages denses, des frondaisons fraîches d’épicéa, la neige sur des feuilles tombées. Tu es maintenant une beauté pareille, dont on peut rêver, qu’on peut parfois entrevoir, ressentir mais pas fusionner avec. Comme la forêt – elle est tout près, mais elle n’est pas à moi, comme les montagnes – elles font partie de mon âme, mais je suis loin d’elles, tu es maintenant pour moi la mer, et les montagnes, et la forêt, tout ça est toi – une toute petite fillette.

Et il y a des fleurs sur la branche sèche.

Dans le clapotis d’un ruisseau, le grincement des wagons, le bruissement des feuilles une mélodie des instruments merveilleux se ferait entendre à des moments, une mélodie sans air, sans aucuns accessoires habituels pour l’homme. Il existe encore une autre mélodie – un ensemble de perceptions momentanées qui ne sont pas chargées de choses humaines (des choses trop humaines) s’accordant en une mélodie grandiose, presque insoutenable pour l’oreille interne de l’homme, du destin. Celui qui a entendu ces sons sait qu’il n’existe pas un chœur plus majestueux accompli par l’univers de milliards de voix, il sait qu’ici il touche un mystère des plus sacrés – il prend le cœur du monde dans ses mains.

Par moment il me semble que je n’existe pas. C’est-à-dire pas du tout. Il me parait qu’un léger coup de vent peut disperser la poussière de mon existence et tel un balayeur chasse les feuilles du trottoir, ainsi serait épousseté tout ce qui était moi. Et je reviendrais dans ce dont j’ai été créé – dans la terre, le vent, la neige, la curiosité. Un tableau suivant se dévoile inopportunément devant mes yeux: dans une cabane, loin dans les montagnes, hors du temps, des vieux, dont le sort est inconcevable, gisent dans la profondeur de leurs cœurs, une idée fantaisiste est passée par leurs têtes, notamment de réunir des courants invisibles de conscience afin de créer un être vivant, en lui donnant tout ce qui permet à l’homme de dire qu’il existe. Chacun a attribué à ce jouet ce qu’il a pu, à savoir: des sensations, impressions, idées, l’amour, chacun a donné quelque chose et un homme a apparu. Restera-il quelque chose après que leur fantaisie ait filé et l’intérêt porté au jouet soit épuisé? Les courants reviendront en arrière, et je disparaîtrai aussitôt. Il me semble qu’ils me donnent une chance de résoudre cette question moi-même– serais-je assez intéressant pour eux? Est-ce que j’arriverais à les passionner par la force de ma sincérité?

Lorsque j’écoute Matia Bazar, une attirance douce de la mort me saisit. Mais peut-être ne s’agit-il pas de la mort du tout? Il se peut que ce soit la vie? Le cœur me serre, et je vois un reflet de soleil quelque part au fond de moi. L’amour et la mort suprêmes – ils s’avancent main dans la main vers un éclat ardent du bonheur.

Peut-être suis-je ridicule. Peut-être ai-je l’air d’un chercheur d’un remède contre la solitude et le désespoir, d’un preneur des âmes, mais comment dire, comment expliquer que je ne veux que montrer à quel point tout près, tout à côté se trouve Quelque chose…

Un cheval et un hérisson se promenaient dans le brouillard de Kronstadt et là ils n’avaient qu’une feuille pour eux, cette feuille s’approchait et s’envolait tel un Louis de Broyle de mes rêves d’enfant – elle est comme une éternité folle de Berdiaev – comme le symbole phallique des hindous, insinuant l’insinuable, c.-à-d. dans ce tableau désolant de la feuille fibrillaire il y avait la malléabilité du corps et la cruauté du cœur. J’ai fait un rêve: une grosse araignée était assise, les pattes en l’air. Il y a quelques mois j’ai fait connaissance d’une jeune fille qui avait une adresse masculine. Je l’ai notée à ce moment-là et maintenant c’est survenu. Une nuance du goût androgyne. Un stéréo de sexe. Une bête gloussante. Une soude délicieuse. Comme cette araignée se moquait de nous, elle se moquait de cette structure laide que les gens appellent le sens moral. Il est comme un champignon boisé – de vue c’est un champignon, mais en réalité c’est de la pure cellulose. Il parait faire une partie du psychisme, en réalité – rien que de la simple cellulose. C’est à quoi je pense sérieusement. Tout à fait sérieusement. « Et tu t’appelles comment? » – lui ai-je demandé. Et surtout – où? Puisque si l’on appelle, c’est forcément quelque part. Que doit ressentir une personne appelée à la mort de manière pathétique? Je me souviens de la neige glissant sous mes pieds et de la glace brisée et de ma décision ferme – « Si mon grappin ne me retient pas, je m’accrocherais à la glace avec mes dents ». Et en levant mon piolet comme un drapeau, j’allais là où personne ne m’a appelé – là j’étais heureux. Un océan de granatiers en fleuraison dans la vallée de Tsinandali. Une marée de sakoura en fleurs sur le versant de Fuji – est-ce que cet escargot rampe toujours ou bien il est arrivé et là l’époque formidable des vers instantanés et de l’amour éternel est finie?

Etre comme un courant, comme un ruisseau – couler tout simplement.

Quand je regarde un vieux qui traîne dans la rue avec un sceau sale dans la main, en vieilles bottes en caoutchouc, malgré la chaleur, je vois dans ses yeux la compréhension du fait que rien n’est plus accessible, qu’aucun objectif n’arrive à pénétrer dans sa tête – il n’y a plus de forces, ni de temps pour le réaliser. Rien, que ce qu’il y a maintenant – cette rue, cette chaleur brûlante, le monde se reflète dans sa tête sans laisser de traces, comme la lune dans une flaque d’eau. Il y a quelque chose dans ça qui donne envie de s’arrêter. S’arrêter complètement. S’arrêter de façon que le monde entier s’arrête. Et le vivre maintenant – lorsqu’il y a encore des forces pour l’emporter sur ça, pour le prendre comme une force de vie, et pas comme un cauchemar d’abattement.

Risquer la vie – quel importance. Tout le monde autour ne fait que ça, comment peut-on appeler autrement leur subsistance nulle. Mais risquer la mort – risquer la mort – ça, c’est impressionnant!

Des éclats de rire, des coups de fouet, des cris, des gestes, des nuages déchirés, l’odeur de l’herbe moisie – ainsi j’ai calmé mon esprit.

Quand il n’y pas de musique – naît la mélodie de Samadhi, quand il n’y pas de passion – naît la passion de Samadhi, quand il n’y pas d’esprit – naît l’esprit de Samadhi. Lorsque tous les trois naissent, ils meurent, et Samadhi naît. Quand Samadhi naît, il n’y a plus rien à dire.

Quand je sortais de chez moi ce matin, j’ai senti une certaine odeur – c’était l’odeur d’une ombre d’un oiseux, l’odeur de bruissement d’un arbre à côté, l’odeur d’une fissure dans l’asphalte.

Les aveugles ne voient que des aveugles, les sourds n’entendent que des sourds. Moi, j’aurais plus rien à attendre ici. Tous les jours de plus en plus loin. Quelque chose échappe sans retour, et je le ressens avec tout mon corps, tout mon âme, avec tout ce qu’il y a en moi. En tout cas il n’est pas possible de percer des trous dans les yeux pour commencer à voir. On commence à voir de l’intérieur, ainsi faut-il venir – de l’intérieur, c’est à dire de l’intérieur de soi, pour ça faut-il partir – pour revenir. Alors, adieu.

Un état d’esprit qui ne se trouve nulle part. Un état d’esprit où la pensée ne voit pas le jour, une surface pure de l’océan, une profondeur manifestée. Une pierre lancée plonge immédiatement au fond et disparaît, et les eaux se ferment derrière elle sans produire des vagues. Le visage d’une personne penchée au dessus de l’eau n’aperçoit que son reflet derrière lequel luit l’abysse sans fond.

J’essaye de trouver des sensations hors du commun. Par exemple, imaginer que je vais me faire tuer à cet instant même et le froid qui me saisit, le sous-bois qui devrait alors prendre mon corps acquiert une tonalité d’effluve inexplicable de l’éternité. Est-ce qu’il en y a tout simplement du déchaînement de l’imagination de consommateur? Je ne crois pas. Ce serait plutôt un moyen de toucher de nouvelles cordes de la perception du monde, d’échapper aux perceptions stéréotypées. Les sensations deviennent plus fraîches et plus translucides – à travers je commence à voir le fond éternel, couleur argent, de l’existence. Ou bien imaginer que je suis assis sous un arbre en Samadhi, avec ceci part toute sensation de fausse responsabilité, et peut-être Samadhi survient-il. Certains ensembles de sensations semblent déplacer la perception dans une dimension inconnue. Le savoir faire de composition de tels ensembles est un grand art, certes, mais de l’autre côté, ne serait–il pas le sens de tout art. Bien sûr, chacun le découvre pour soi, ce qui est plus étonnant c’est que parfois beaucoup de personnes différentes y trouvent le même effet. Il m’est très proche la forme d’art qui trouve son expression dans les hokkus et les tankas japonais. Un alignement des images qui produit une explosion de passage à un autre type de perception. Une question – à quel point les univers où va ma perception sont-ils divers? Il y en a au moins un point commun entre eux – le ravissement même du fait que je perçois le monde autrement. L’habitude de déplacer la perception me prépare à trouver le chemin vers ce qui m’est le plus proche – vers Samadhi.

Le bruit qui empêche de se concentrer et de plonger en soi se fait entendre seulement lorsque l’esprit est alourdi pas les pensées. Quand l’esprit redevient ce qui l’est selon sa nature avant l’apparition des pensées, il n’y a pas d’entraves. Une entrave elle-même est quelque chose qui se dresse au milieu du courant et l’obstrue. S’il n’y a pas de courant – il n’y a pas d’entrave. S’il n’y a pas de courant, ni d’entraves, il n’y a alors pas d’absence de courant, ni d’entraves. Et c’est à ce moment là que le courant a lieu. Celui qui le sait, comprendra. Pourquoi ne suis–je pas en ce moment en Samadhi? C’est la seule question que je veux me poser au moment où il y a des questions.

Lorsque je sortais de chez moi ce matin, j’ai senti une certaine odeur – c’était l’odeur de la mort.

Ce qui m’atteint au fond du cœur, c’est la fugacité de tout ce qui se passe. Rien n’est solide dans mon monde. Mais dans le monde des gens où tout est solide et durable, et défini d’avance, et relié par le sentiment d’obligation et de peur, c’est encore pire. Là tout est moisi. L’ouverture du cœur envers des cœurs ouverts engendre un éclat d’amour incroyable, il est fou dans le sens où il ne se rend compte de rien, même de lui-même. Cet éclat est hors de temps, car à tout instant il se reproduit, et n’est plus nulle part – ni dans le passé, ni dans le future, ni même au présent, il est entre les temps, hors de la continuité. Quand une situation est venue à son terme et les évènements d’une soirée récente se sont couverts d’une couche de poussière légère, un nouveau monde s’élève devant les yeux, un monde qui ne contient plus les deux cœurs, il ne reste qu’une tendre couche de souvenirs, tel un fil de brouillard destiné à se dissiper sous le soleil levant du matin… La vie et la mort se rejoignent au moment de la séparation inévitable – la vie et la mort y trouve une ligne neutre, là où elles font la paix sur le sang écoulé des sentiments, et leurs mains se rejoignent au dessus des nôtres, et nos regards s’enlacent dans la lumière sombre des flamboiements exquis de l’aube éternelle. C’est l’aube d’une nouvelle humanité, c’est une tempête de transformations dans l’espace et le temps, et chaque grain de sable emporté gémit et grince dans le moulin de Kali. Dans ce cercle il y a une cabane délabrée où gisent des vieux décrépits, leurs barbes sont des jets de l’éternité, et leurs cœurs sont ailleurs. Mais je ne veux pas de ça. Je préfère entrer dans l’œil du cyclone et attendre jusqu’à ce que je sois déchiré en morceaux et dispersé au dessus de l’océan, au moins, ainsi mon âme serait libre dans l’étendu du cosmos.

Je ne lis jamais ce que j’écris.

Autour, des centaines de kilomètres de la neige blanche, le ciel blanc, les cimes blanches, le vent fulminant dénude les rochers, et les recouvre de neige. Je suis seul au milieu de cette éternité cauchemardesque, et il n’est pas possible de faire un pas envers la personne aimée, les tas de neige profonds engloutiront tout effort. C’est un cauchemar, un cauchemar purifiant. Je l’accepte avec gratitude, je sais qu’il balayera sans pitié tout ce qui est futile et vaniteux, il ne restera qu’un besoin ardent d’amour, qu’une passion cruelle, aspirant tout mon corps, tout mon âme, et quand ce typhon sera saisi et emporté dans le néant au dessus des hauts pics des montagnes, une pureté cristalline prendra place à travers laquelle se voit ce qui est inconcevable par l’esprit, ni la raison, ni le cœur. Une note féroce du vent d’automne. Je ne t’oublierai le temps que je suis vivant. Les vagues dans les yeux. Des fragments de poésies. La froidure. Le battement du cœur. Les poings sont fermés. Le regard perce tout, et même le vide n’est pas un obstacle pour lui.

J’ai 30 ans. J’ai déjà des cheveux blancs. Je les regarde en me disant que les vrais soucis se font payer. Un jour le stock de solidité s’épuisera. Un jour j’abandonnerai cette terre, ces gens que j’aime plus que ma vie, ces animaux que j’aime plus que la plupart des gens, ces montagnes au cauchemar infini, cette mer aux hautes eaux. Je partirai et ils partiront, où nous tous nous rencontreront-nous? Où nous retrouverons-nous? Mon amour, où nous retrouverons-nous?

Les occupations qu’on se trouve – je me souviens du temps où je m’intéressais vraiment à quelque chose. J’étais intéressé par les langues, les maths, la physique, je cherchais quelque chose dans des études psychologiques et dans la philosophie des néoplatoniciens, je mastiquais des histoires des gens inconnues et lointains, je pleurais le malheur des héros de fiction, et j’étais heureux lorsque ça finissait bien pour eux. Je connais une multitude des gens qui faisaient tout ça pour moi et continuent à le faire. Je ne compte pas ceux qui le font par nécessité – ceux qui en font un métier. Je parle de ceux qui y trouvent la délivrance. Et je ne comprends pas. Puisque si l’on observe ces occupations avec sincérité, ils se transforment en cendres. Les personnages, imaginaires ou pas, ne sont que des personnages. La science n’est que la science. Tout est limité par la matière même de son étude. Toute activité est limitée par son domaine lui-même. Et, tôt ou tard, l’âme s’appauvrit. Bien sûr qu’il est possible de faire certains efforts pour cultiver et maintenir ses intérêts, mais seulement pendant de rares instants de détente spirituelle. Et une fois la période de descente d’énergie passée, on est alors de nouveau porté au sommet même des vagues et exposé à tous les vents et emporté de nouveau quelque part. Il se peu que je sois tout simplement malade? Mais non, je vois toutes les étapes de mon chemin, et que tout était sincère et qu’il n’y a pas d’autre issu, et que j’aurais à passer tout ça si je commençais dès le début. Si c’est une maladie, que ça s’appelle ainsi. Ca veut dire que j’aime être malade de CETTE MANIERE. Ca veut dire qu’il ne faut pas regarder en arrière. Ca veut dire qu’il faut se lever et avancer. Vers la rencontre avec moi-même. Vers une rencontre nulle part. Je voulais toujours aimer. C’est la vérité, bien que j’en aie eu honte dans mon enfance, bien que je le cache des yeux étrangers maintenant. Je voulais toujours aimer. Et j’avançais toujours à la rencontre de ça. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui pourrait dire la même chose de soi? Je voudrais voir cette personne. Je déteste les hypothèses de ces théoriciens qui sont capables de tout ramener au complexe misérable d’autoprotection. Il se trouverait toujours un volontaire qui expliquerait facilement mon besoin d’aimer par un simple besoin d’amour envers moi-même, par une simple accumulation d’attention portée à moi, par une simple circulation des biens où le capital principal est l’attention et le sentiment de dignité. Qu’il le fasse.

Mais qui lira ça? Qui, à part de moi? Moi, à vrai dire, je ne le lis pas moi-même – alors, personne ne le lira? Pourquoi je l’écris donc? Par l’espoir que la feuille de papier trouvera quand même son destinataire, par un misérable espoir que le vide insondable peut être traversé par une feuille de papier. La feuille, emportée par le vent des évènements, traversera calmement des espaces inouïs et atterrira dans LES mains, devant LES yeux, et deviendra accessible pour LE cœur.

Un jour quand elle était petite, elle se baignait et, soudainement, elle a senti un bout glissant d’un tronc d’arbre sous ses pieds. Depuis, quoi qu’elle n’ait pas peur de nager, elle a peur du fond. Essayez de comprendre cette histoire simple, essayez de la relire, de la revivre – et vous verrez que le monde d’inconcevable pénètre nos vies et nous fuit – qui oserait se dresser sur le chemin de ce torrent? Qui oserait se faire emporté par lui? On plie discrètement les ailes sur le dos – car le vent peut y souffler et comment arriverait-on alors à nous tenir sur terre? Comment y rester? Montrez-moi celui qui pourrait se tenir, même en sachant que devant il y a quelque chose indéfinissable, impensable et inexistant. Lorsqu’il y a du vent dans les ailes, il ne reste que voler. Une histoire simple qui est arrivée à la petite fille, savait-elle à l’époque que cette histoire la suivra toute sa vie, tel un chien fidèle? Pressentons-nous lorsqu’il nous arrive à vivre une histoire qu’elle influencera toute notre vie de manière incompréhensible et inévitable? Parfois, par hasard, un regard soudain, une parole lente, une rencontre presque fatigante, un arrêt presque inremarquable, et l’on comprend – il s’est passé QUELQUE CHOSE. Il n’y a plus aucun signe. Quoi qu’on regarde profondément, on voit rien, mais l’on sait tout de même – CA s’est passé. C’est un mystère. Un vrai mystère, et l’approcher – brrr, le sang gèle dans le corps et le souffle est coupé.

Je me double quand je suis dans les montagnes – moi et la montagne, la montagne qui devient moi. Je deviens deux, quand le désir de la vie et l’attirance de la mort luttent en moi, ils dialoguent en tant que moi et moi. Je suis deux quand j’aime, je suis celui qui aime et celui que j’aime.

Il existe une faiblesse qui n’est pas un but en soi, qui est une faiblesse au point où elle évite la force en tant qu’un élément, remplaçant la transparence de perception – cette faiblesse ne rend rien, ni perd rien, cette faiblesse est la force de flexibilité d’une branche résistante. C’est une faiblesse, c’est un revers flexible de la force. Je donne naissance aux pensées différentes, lorsque je me regarde tout simplement. Je les détruirais – elles sont embrouillées et non constructives, mais…j’ai envie de dire à haute voix. Je ne dirais pas que j’expose, je vis en paroles, quand je les prononce pour celui qui me plait.

Toute chose incompréhensible produit des pousses ambiguës. Toute chose ambiguë mène à une multitude de sens, une multitude de sens donne une symphonie, une symphonie aboutit à une harmonie, à une pénétration, à une dissolution et la disparition – rien n’est éternel de telle manière que ce qui a disparu.

Il vient le temps où les rêves deviennent profonds, grandioses dans leur multitude de sens, lorsque, en se réveillant, on se rend compte que c’était de la vrai réalité, et cette pseudo réalité qui avait été une telle, oui, elle contient aussi une fraction de réalité, mais la fraction de déchets est si grande que… On peut utiliser de divers carburants pour le moteur. En tout cas, afin de pouvoir bouger d’une place tous les moyens sont bons, notamment: et l’élan sexuel, et les tourments de solitude, etc. Mais le vrai saut en avant est produit par l’énergie de l’amour. En tant qu’un expérimentateur sincère, en tant qu’une personne qui jette l’artificiel à la poubelle sans regrets, qui inflige des souffrances à soi et même aux autres sans pitié dans son agonie de recherches de la vérité, je témoigne, que l’amour est la chose la plus surprenante de tout ce que j’ai rencontré jusqu’à aujourd’hui. Et quand le tournant se produit, il se produit un jour, l’attention devient alors un ami proche de l’amour, et tout mon être tremble et vibre dans l’anticipation de la vie nouvelle, et les rêves deviennent une partie de la réalité, et beaucoup, beaucoup d’autres choses… Bien sûr, je parle de l’amour qui est si différente de l’amour ordinaire, l’amour–possession. Je me dit en tant q’un ingénieur de mon âme que c’est ce moteur là que je prend pour ma voiture. Comme un magicien, je vois une profondeur incroyable venir à ma rencontre, comme un individu, je ressens – ma réalité est dans ça, mon bonheur y est.

Je peux voir beaucoup et, en effet, je vois beaucoup, mais je n’y regarde pas – dans l’avenir, dans ce qui se passera et comment. Car je ne suis pas un dieu, je ne suis qu’un enfant qui vient de naître en Samadhi. Et il m’est difficile de rester neutre par rapports à ce que je vois, il me semble souvent que je ne peux pas restreindre mon esprit, mon instinct humain maudit qui me pousse à « faire le mieux possible », et je me mêle du sacré en rompant le courant. C’est pourquoi j’ai décidé de tout simplement reporter ma voyance jusqu’à ce que je sois absolument sûr de ne pas s’en mêler, ne pas essayer de FAIRE quelque chose avec ce que j’ai vue, sinon tout se perd, se vulgarise, ce non hasard s’en va.

Après un accès de toux, je me suis relevé de la terre et, en m’enveloppant dans ma veste, me suis dirigé vers la clairière. L’herbe bleue, les arbres poussant des racines en l’air, le lac m’oppressant avec son rivage – tout m’accompagnait, tout grinçait, et braillait, et clapotait. La vie dépassait les bords, le monde se multipliait, le cœur avait mal. Il faut faire un pas. Il faut faire seulement un pas. Je ne sais pas dans quelle direction, mais il le faut. Il y a un pas qu’on ne peut pas faire quelque part. Si ce pas est dirigé quel que part – c’est nulle part d’avance. Je radotais ces paroles comme une formule magique, comme un appât. Un pas ne peut pas être fait quelque part. Un pas doit être fait, point. Tout simplement fait. Un simple pas. Voila un paradoxe. Voila une incompréhensibilité maudite et pourrie des actes simples. J’aime des paroles simples, j’apprécie des sentiments simples, j’entrevois la simplicité originelle de l’amour, et maintenant je dois faire un effort pour apprendre à faire des pas simples.

Pour la première fois cette idée m’est venue il y très longtemps, lorsqu’elle n’était qu’un conte de fée rose – et là j’étais plutôt celui qui subi que celui qui expérimente. Les années passaient, le conte de fée restait un conte de fée, et le moment est venu où je ne pouvait plus me considérer un participant passif des évènements imaginés par moi. Et puis, j’avais une vie quotidienne longue et monotone, qui oppressait mon unicité de façons diverses. Mais un beau jour mon vieux rêve déjà mort a ressuscité sous un nouvel aspect, il m’a couvert les yeux et je ne pouvais plus penser à autre chose.

Ainsi, entre le petit déjeuner et le déjeuner j’ai pris une décision de construire un nouveau monde. L’émotion est une chose durable, durable dans le temps, et un ressenti est une chose momentanée, il ne vit toujours que ici et maintenant. Un ressenti est un point avec une durabilité zéro. C’est une catharsis. Telle la puissance d’un poignard de guerre est concentrée sur son bout – un point sans durée, ainsi la puissance d’un ressenti est concentrée dans le moment, là où il n’y a ni le passé, ni l’avenir.

Devant une éternité sacrée quelconque tout ça est de la poussière. En tout cas, tôt ou tard – aujourd’hui, demain, après demain – il faudrait se poser vis-à-vis de soi et comprendre que maintenant je vais me poser et compter non les heures mais les minutes. Et alors tout finira très vite. Il y a une limite à tout.

Si l’on ne s’attache pas à un moment concret de la vie, les émotions laissent alors la place aux ressentis, puisque les émotions sont toujours des conséquences, toujours un produit de la prise de conscience des ressentis, même si cela se passe inaperçu. Mais un ressenti pur est très différent des émotions, c’est une essence même de la vie, et il n’y a qu’un pas d’un ressenti pur jusqu’à Samadhi. Le passage vers un ressenti pur est senti comme si, tout à coup, le souffle est coupé et l’on tombe dans un espace d’une profondeur particulière et d’une plénitude de vie particulièrement remplie. La qualité principale de ce ressenti est la plénitude. On est submergé par le sentiment de plénitude, l’on sent que c’est une réalisation ultime. Le monde découvre sa profondeur incroyable.

Il y a une chance qu’un amour non partagé contient. Elle est accessible lorsqu’on va à la rencontre de ses sentiments sans peur ni regrets. Au fin fond du désespoir venant de l’amour non partagé il y a un grand trésor, destiné aux personnes fortes et passionnées, capable de descendre le chercher si loin. C’est une occupation pour les personnalités fortes, mais de l’autre côté, c’est de ça que la force grandit.

Quand j’entends un cri d’une jeune fille dans la rue, venant de loin, presque indiscernable et sourd, un cri soit d’espièglerie soit d’appel, il me semble toujours qu’on m’appelle, que quelqu’un n’en peut plus de se morfondre, et voilà elle est sortie à la rue pour crier tout simplement, en espérant que j’entendrai. Je baisse alors le son de la musique et des pensées, suspendu à l’intérieur, et j’attend en essayant d’entendre mieux, et j’ai envie de me couvrir vite et courir dehors pour crier en réponse – je suis là!!

Les montagnes m’ont pris l’air, l’amour m’a pris la terre, les gens m’ont pris la foie, la douleur m’a pris l’espoir. Quand, lassé, on desserre le poing, et tout ce qu’on tenait s’en va des mains, en regardant les mains vides l’on voit que tout est perdu, les mains commencent à sentir alors de nouveau le perdu revivre en moi. Il existe ce quelque chose qu’on ne peut pas perdre, mais à chaque fois en le perdant je l’oublie. Et à chaque fois je m’en souviens en me retrouvant sur cette terre.

J’ai remarqué, que Akutagava mettait la particule « no » (mais) à chaque fois qu’il voulait exprimer la cohésion impensable des évènements. « Arou sigure-no fourou ban-no koto dais ». Et moi, en relisant ce que j’ai écrit, je vois que j’exploite la conjonction « et » et néglige les virgules – la cohésion est plus importante pour moi que la grammaire. Le plus j’avance le plus les virgules me gênent, à moins qu’ils incarnent une pause naturelle.

La première fois j’ai pu tourner le dos et partir. Et tout ça n’aurait pas existé. Il y airait eu tout simplement une nostalgie sourde de l’inaccompli, comme une trahison de soi-même, mais ça n’aurait probablement pas fait si mal. Mais ce choix-ci n’est pas pour moi. Et celui-là est pour moi, de toute évidence.

Quand je suis dans la forêt à côté d’un feu de camp, après y être venu camper avec ma tente de toile pour quelques jours ou heures, pour me poser sous des arbres bourdonnants et lire un livre dans la nature ou réfléchir à ma vie dans une solitude calme, lorsque mes pensées se concentrent sans revenir en ville à mes soucis, dans ces moments là je suis serein, je sens l’odeur du vent frais, je sens les sapins se dresser si verticalement et la mousse tapisser le sol si rapidement, et la fraîcheur à l’extérieur devient celle à l’intérieur. Quand je rentre, je l’emporte avec moi. Je ne veux rien ressentir comme le mien, et c’est pourquoi là où les autres n’arrivent pas à sortir du stress quotidien, ne serait-ce que pour une minute, je me sens un voyageur à côté d’un feu de camp – libre, concentré, rempli de fraîcheur, serein.

Une rangée de noms, qui me restent proches quoi qu’il arrive – les noms des créateurs de ce qui vit en moi et de ce qui m’abrite: Akutagava, Kôbô Abé, Cavabata, Fowls, Castaneda, Nikoll, Liosa, Frisch, Krishnamurti, Suso, Towler, Osho, Nitsche, Ramakrishna, Milarepa, Gazdanov. C’est une rangée hypnotique des noms en prononçant lesquels je m’arrête, et une rosée chaude recouvre mon cœur, je ressens mon intérieur, je vois une file interminable, j’entends le silence tonnant, venant du cœur au cœur, j’entends ce tonnerre sonner en silence cristallin, il est de couleur rouge sang.

Parfois, au moment du réveil, le sommeil laisse une sensation bizarre, et si ne pas toucher la tête avec les mains, ni ne bouger pendant un temps en se lassant sommeiller à moitié, il est possible de permettre à cette sensation de ressortir plus pleinement. Elle semble ne pas être liée au sujet du sommeil, ni à rien du tout – elle est étrange, venant de la profondeur même, elle est ressentie quelque peu avec inquiétude et se différencie beaucoup de tout dont on se retrouve confronté dans la réalité de la veille et celle du sommeil. Elle semble venir de la profondeur. Une sensation terrifiante, qui fait peur et attire en même temps. Elle terrifie en portant une menace pour tout ce qui est en dehors d’elle, la plus forte est la sensation d’individualité le plus elle parait un ombre écrasé. Elle attire, puisque ma voie mène là en me permettant de ressentir le vide directement, le vide qui remplit tout.

Un voyageur solitaire dans les univers dissociés.

On croit que la femme vit par des sentiments. En réalité, ce sont les sentiments qui vivent par la femme. On croit que l’homme doit être fort. En réalité, la force demande l’homme sur sa table – elle a besoin de la nourriture. La force prend la fourchette-honneur et le couteau-dignité dans sa main, le place dans l’assiette-préférence et mastique avec plaisir. La force, les sentiments veulent vivre et ont besoin de la nourriture pour ça. Mais moi, je ne souhaite pas me sacrifier, je quitte l’assiette et, en y laissant mes vêtements, je m’en vais. Que le vent soigne mes blessures, qu’il efface mon nom tracé sur le sable, la force alors ne me trouvera pas. Je joue au cache-cache. Je suis un enfant de nouveau. Je bave en faisant des bulles, fixe le soleil et bouge mes doigts dans la neige fondue. Sa surface miroitante et clapotante me dit quelque chose, mais je m’en fiche.

La rage, voilà mon ami fidèle. Je ne comprends pas des gens désespérément polis, qui construisent leurs relations avec des autres comme une hyène considère la viande, quoi qu’elle soit pourrie – mais ça reste la viande. Je n’accepte pas la politesse pour la politesse, la communication pour la communication. Je peux être brute, ou tendre, ou enragé, quand la rage est portée à la destruction du mur entre moi et ma stupidité. Où sont passé des gens enragés? Où sont tes couilles, l’homme? Où sont tes griffes, la femme? La rage n’est pas une agressivité, ni haine et agacement, la rage n’est pas compatible avec toute cette ordure. La haine, l’agressivité, l’agacement sont destructifs, ils affaiblissent, rendent vulnérables, car ils sont l’envers de l’avidité de possession et incarnent les prétentions consommatrices portées à l’égard du monde. Si le monde n’est pas comme je le veux, je deviens agacé et agressif. La rage est autre chose. La rage est une tension surhumaine de toutes les forces dans la tentative de rompre le voile, c’est une aspiration vers la lumière, vers la vivacité. La rage est une sensation positive. C’est un dernier saut désespéré en pleine concentration des forces d’amour et de tendresse. Celui qui ne peut pas être infiniment tendre ne peut non plus être vraiment enragé ; ne peut pas être enragé celui qui n’est pas capable de donner sa vie pour une vie. Celui qui n’est pas capable de se sacrifier pour un passant inconnu dans le regard duquel se voit le reflet de son destin. La rage est un sentiment dont n’est capable que celui qui est passionné, qui met tout son âme dans la capacité et le besoin d’amour, tout le reste est trop médiocre pour pouvoir provoquer la rage, et le médiocre ne peut pas être en rage. Ne peut être enragé non plus celui qui ne peut être concentré. La rage n’est pas raisonnable, c’est pourquoi elle est capable de m’arracher au-delà des limites de la mort. Un bouddha en rage. La rage engloutit tout ce qui est vain et incertain, une personne en rage ne se souci pas de la décence et la politesse, elle creuse un mur avec ses dents, il n’est pas question de la politesse! La rage ne peut pas être dirigée vers quelque chose vide et imaginaire, elle se tournera et partira. Elle est sélective elle-même, elle naît dans la confrontation avec la mort. C’est pour ça qu’elle ne peut pas être dirigée contre un autre, mais elle le peut contre la stupidité, qui est meurtrier pour l’âme et ravageur pour le cœur, et là il n’importe si cette stupidité est à moi ou à toi.

Dans ce cercle il y a une cabane délabrée où gisent des vieux décrépits, leurs barbes sont des jets de l’éternité, et leurs cœurs sont ailleurs. La vieillesse leur est favorable, elle ne peut pas atteindre l’impeccabilité de leurs cœurs simples, elle n’est pas capable de vieillir ce qui ne tient pas à la jeunesse, l’énergie ne peut pas les quitter, puisqu’ils l’ont renvoyée eux-mêmes, les forces ne peuvent pas les trahir, car ils les ont trahi eux-mêmes il y a longtemps, en se laissant emporter par la faiblesse impérissable. Les limites de la force sont contenues dans la faiblesse initiale – qui peut vaincre cette force torrentielle de la faiblesse absolue? Quand une personne a tout donné, elle devient inaccessible, comme sont inaccessibles la forêt et les fleurs des champs. Devant ce fait les montagnes tombent et les rochers qui ont des milliers d’années se décomposent.

Les étendus de couleur bleu ciel de la terre de Bodhi – de quoi aurait-on besoin en plus?

C’est étrange – je mange et je bois – mais la vie s’en va quand même. Qui restera après moi? Bien sûr, bien sûr, oui… C’est moi qui souris et réponds à la mémoire, qui me demande servilement:

Qui restera après moi?

Des fleurs – au printemps,

Un coucou – en été,

De la neige pure et froide – en hiver.

De l’anesthésie naturelle – un désert froid et impassible – il existe à l’intérieur de chacun, et lorsque les souffrances deviennent insupportables, l’âme trouve lui-même le chemin et glisse en direction de ce silence froid. En y plongeant on est presque en état d’euphorie – plus de douleur, plus rien. Presque une euphorie. Vide et cristallin – mais presque le bonheur. Un rien cliquetant. Et seulement ce « presque » reste, tel un nuage unique sur le ciel placide. Puis-je me contenter de ce « presque »?

Chacun a un endroit faible. C’est cet endroit là qui le rend fort.

Autour, des fantômes et des fantômes… Comment ne pas devenir misanthrope? Tout le monde tremble de peur de faire un pas là où l’inconnu l’attend, par conséquent, ils restent tous dans leurs flaques d’eau. Je suis sorti de ma flaque – et alors? N’aurai-je pas un dilemme maintenant, à savoir que soit je devrait devenir ermite soit rentrer dans la flaque? L’homme peut penser qu’il construit un pont entre la vie ancienne et la vie nouvelle, mais ce précipice ne se surmonte pas par des ponts, n’importe quel pont mène en arrière, il n’est jamais fini, le vide entre le connu et l’inconnu est trop large – ce ne sont que des modes de vie différents. Et toutes ces constructions des ponts ne sont qu’une façon remarquable de se calmer et s’endormir. Le vide n’est surmontable que par un saut, un saut audacieux et désespéré. Qui dira – je suis prêt? Qui sautera parmi ceux qui l’ont dit? Chacun qui saute atteint, mais tu ne le sais pas tant que tu n’as pas sauté. Je ne pourrai plus revenir en arrière, et où… en prison de mon plein gré… je me sens alors partir lentement, mais sans retour, de plus en plus loin. Ce qui me passionne, les horizons devant moi – je n’ai même plus personne à qui je pourrai les montrer, puisque pour les voir il faudrait au moins lever les yeux et cesser de scruter le trottoir avec les bordures. Avec chaque heure je m’éloigne désespérément – il n’y a que l’amour qui puisse construire un lien inouï entre les vides impensables, je ne crois qu’au coup de foudre sans regret.

Quand je regardais dans ses yeux en y voyant un amour infini, qu’est-ce que c’était en réalité? Maintenant je dois me poser cette question – non, maintenant je dois me répondre à cette question. Quand je regardais dans ses yeux – qu’est-ce que j’y voyais en réalité? Il se peut que ses yeux aient été seulement un miroir, en regardant lequel je ne voyais que le reflet de ma folie? Les yeux couverts d’un miroir – il y en a quelque chose dans ça – si tu es ennuyé, tu verras l’ennui, si tu es passionné, tu verras la passion. Mais mon cœur, il y est pour quelque chose – ne cherche-il pas à sortir dehors, n’enlève-t-il pas les couvertures miroitantes? Sans doute, non, peut-être la peur et la mort y ont-elles dansé à leur fête?

Ca NE se casse PAS là où c’est fragile. Si seulement c’est un sentiment fragile d’amour profond.

Je n’aime pas ramener le sentiment à la compréhension. Car la compréhension rend étroit, découpe et concrétise. D’une manière ou d’une autre, la compréhension rejette le monde entier pour son bien à soi. Le sentiment, au contraire, porte le monde entier en soi en reniant la particularité. Toute chose vient d’un vide inconnu, et le vide peut se faire voir à travers toute chose. Je préfère regarder le précipice à travers l’amour, non, c’est plutôt que l’amour lui-même est un précipice. Lorsqu’un sentiment atteint son point culminant, on se tait. Mais il se trouve qu’il existe encore plus haut, et encore, et encore…

« Si l’on te demande – tu diras,

Sinon – tu ne diras pas,

Qu’est-ce qui est caché dans ton âme,

Noble Bodhidharma? »